Claire Waysand : une inspectrice des finances « peu averse au risque »
Lorsqu’elle a quitté la direction du cabinet du ministre des Finances l’an passé, Claire Waysand a tenu la promesse qu’elle avait faite à sa famille. Accompagnée de son mari et de ses deux adolescents, cette Polytechnicienne, qui avait passé près de trois ans à un poste nécessitant un véritable engagement, s’est envolée pour le Pérou et la Bolivie. Pendant environ quatre semaines, elle y a goûté à la nature, à des modes de vie différents et plus précaires. Elle a également tâché de transmettre cette appétence pour la diversité à ses enfants. « Nous avons tous plusieurs facettes. J’aime l’opérationnel, l’adrénaline et les situations complexes ; mais je suis aussi ancrée à la nature, j’aime la montagne, les grands horizons et la plongée », explique l’intéressée, qui se dit également « peu averse au risque ».
Depuis qu’elle a changé de bureau à Bercy, Claire Waysand profite de son rythme un peu moins effréné pour redécouvrir d’autres joies, comme le sport ou l’enseignement. Ainsi est-elle intervenue à Sciences Po, l’ENA ou encore l’X, toujours avec cette volonté de transmission. « Je suis très heureuse de donner à mon tour à des jeunes le goût de la politique économique et l’envie de s’engager pour l’intérêt général », commente-t-elle.
Bercy, d’un poste à un autre
Actuellement, cette dernière s’exprime à l’Inspection générale des finances, corps qu’elle a rejoint l’an passé. A l’instar de ses confrères, Claire Waysand, 47 ans, poursuit des missions de courte durée (3/4 mois) dont le but est de contrôler et de conseiller les ministres de Bercy et de Matignon sur des sujets variés. Elle a ainsi écrit un rapport sur les frais de fonctionnement des tribunaux. Un travail, depuis, rendu public et qui lui a permis d’échanger avec la Place Vendôme et de se rendre sur le terrain. Actuellement, sa mission consiste à se pencher sur les dispositifs d’incitation pour les ménages à la rénovation thermique de leur habitat. Ces petites équipes de l’Inspection des finances peuvent plancher sur des sujets encore plus variés, comme cela a été le cas avec la médiation entre taxis et VTC ou l’enquête et les recommandations sur les faux fauteuils Louis XVI achetés par Versailles.
Initialement, Claire Waysand est une polytechnicienne férue de mathématiques et de latin. Elle a également connu les bancs de l’ENSAE et de la London School of Economics. « J’avais envie de voir d’autres systèmes éducatifs. J’aime périodiquement changer d’horizons. C’est aussi ce que j’avais fait quand j’étais allée faire mon service militaire à Djibouti», précise celle qui est par ailleurs l’auteur d’une thèse sur la réallocation de main d’œuvre dans la transition en Russie.
Claire Waysand a ainsi connu plusieurs postes. Elle a passé quatre ans au sein des départements recherche puis conjoncture à l’INSEE, avant d’intégrer le Trésor, où lui seront confiés des postes européens et internationaux. Elle y travaillera sur la réécriture du pacte de stabilité et de croissance et participera à la gestion de la crise financière de 2008. Claire Waysand se souvient que la veille de l’annonce de la faillite de Lehman Brothers, un Ecofin (réunion informelle des ministres des Finances de la zone euro) s’était tenu à Nice. « Le sujet d’intérêt était alors les prix du pétrole ! », rapporte-t-elle. Puis, quelques heures plus tard, Xavier Musca, alors directeur du Trésor, a reçu un coup de téléphone lui annonçant la catastrophe. La période qui a suivie a été « humainement et intellectuellement exaltante ». Il fallait stabiliser le système financier. Ce qui n’a pu être fait que grâce à un travail collectif entre institutions, qu’elles soient françaises ou européennes, rapporte Claire Waysand.
La vie en cabinets
Notre interlocutrice a ensuite été rappelée par son sens du devoir alors que l'Hexagone et l'Europe n'allaient pas bien. Alors qu’elle était au FMI depuis deux ans et demi, Claire Waysand devient directrice adjointe du Trésor, aux côtés de Ramon Fernandez (DG). Elle accepte par la suite la proposition qui lui est faite de remplacer Odile Renaud-Basso en qualité de directrice adjointe du cabinet de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre. Quitter Washington, et le cadre de vie qui allait avec, était un véritable choix. D’autant que ses enfants profitaient alors de la vie au pays de leur père, l’économiste, David Margolis. « Une personne à qui j’en ai parlé m’a dit qu’ils étaient en âge de comprendre l’engagement de leur maman et qu’ils devaient aussi s’approprier ce choix. »
Un an plus tard, Claire Waysand rejoint Michel Sapin, et devient la première femme à occuper le poste de directrice de cabinet d’un ministre des Finances. Leur feuille de route ? Réduire les déficits creusés notamment par la crise et relancer la compétitivité. Alors que la croissance n’a pas donné d’elle ce qu’on attendait, Claire Waysand a dû toquer à la porte de Bruxelles pour expliquer le sens des initiatives de Bercy. « Finalement, en 2015 et en 2016, nous avons été en capacité de réduire les déficits, de faire baisser à la fois les prélèvements obligatoires et la dépense publique, et de retrouver de la croissance. C’est une forme de réussite pour un économiste », souligne-t-elle.
La crise grecque a également fait partie de ses thèmes, et ce sur plusieurs de ses postes. A l’été 2015, on se disait « faut-il préserver l’intégrité de la zone euro ?». La réponse française a été « oui » et l’Hexagone s’est attelé à faire partager sa vision à ses partenaires. « Il fallait que la Grèce trouve un équilibre entre croissance, emploi et réduction du déficit. » Si aujourd’hui l’euroscepticisme a gagné une partie des peuples du Vieux Continent, c’est notamment, selon notre experte, parce qu’il n’y a pas eu une véritable compréhension de la gravité de la situation et de ses conséquences économiques et sociales.
Claire Waysand a également apporté son concours à la loi Sapin 2, sur l’amélioration de la transparence de la vie économique. « C’est un beau sujet - la transparence et la lutte contre la corruption internationale -qui marie l’économie et le respect des valeurs qui fondent la société. » L’un de ses derniers dossiers a, en outre, été le prélèvement à la source, afin notamment d’éviter qu’une personne gagnant moins bien sa vie d’une année sur l’autre ne se retrouve à avoir à payer un impôt qui ne serait pas en adéquation avec ses moyens. « Il y a une augmentation de la mobilité. Il faut donc que l’impôt soit en mesure de s’adapter aux changements de situations », précise Claire Waysand. Pour ce qui est de sa propre mobilité, cette dernière s’imagine volontiers revenir un jour vers des postes ouverts vers l'Europe ou l'international.
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