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La stratégie de dévaluation de l'euro de Monsieur Draghi
L’euro poursuit sa chute entamé depuis maintenant plus de quatre mois : il a atteint aujourd’hui un plus bas de 1,2708 contre le dollar, alors qu’il se traitait à 1,38 au début du mois de mai soit une baisse de près de 10%. Un recul qui résulte directement de la divergence de politique monétaire entre la Fed, qui prépare une remontée de ses taux directeurs, et la BCE, qui au contraire intensifie ses mesures d’assouplissement. Et même si le président de la Banque de Francfort répète que le taux de change ne fait pas partie de ses prérogatives, la stratégie qu’il mène depuis le printemps est clairement destinée à faire baisser la monnaie unique. Du moins est-ce un des objectifs non avoués de sa politique, et qui a pour le moment plutôt fonctionné. « Lorsque Mario Draghi a expliqué que le bilan de la BCE allait augmenter de 1000 milliards d’euros, je pense qu’il espérait secrètement influencer le taux de change euro/dollar », explique ainsi Martin Van Vliet, analyste chez ING à Amsterdam. « Je suis sûr qu’il se réjouit de la baisse de la monnaie unique. Car il sait très bien que le taux de change est un outil important de transmission de sa politique monétaire». Même son de cloche de la part des analystes de Nomura qui estiment que le taux de change est également le meilleur moyen de vérifier que sa stratégie fonctionne.
Si le président a pour l’instant refusé de parler de déflation, la baisse des prix, qui ont atteint en août un plus bas historique (à 0,3%) est pour le moins inquiétante et justifie l'inflexion de Draghi concernant le taux de change. Le chiffre de septembre, révélé demain à 11 heures, sera donc suivi de près par les membres du Conseil des gouverneurs qui se réunissent ce jeudi pour leur réunion de politique mensuelle. Or, selon les analystes les prix pourraient encore avoir baissé en raison de la chute du coût du pétrole. La baisse de l’euro est donc un bon moyen de lutter contre l’inexorable recul des prix : selon le président de la BCE lui-même, une appréciation de 10% du taux de change entraîne une baisse des prix de 40 à 50 points de base. L’inverse est donc logiquement valable, ce qui signifie que la baisse de l’euro dollar devrait finir par porter ses fruits. L’intervention de la BCE est d’autant plus importante pour faire remonter les prix et soutenir la croissance que la confiance des consommateurs européens est encore très faible. Ce matin, la Commission européenne a dévoilé un indice du climat des affaires à 99,9 contre 100,6 en août, soit un plus bas depuis février 2013. « Avec des niveaux de confiance au plus bas et une croissance à plat, le taux de change est pour l’instant le seul outil pour faire remonter les prix », explique un analyste de Nomura.
Jeudi, Mario Draghi devrait donner les détails sur les programmes d’achats d’ABS et de covered bonds et notamment la date de mise en œuvre et la durée du programme. Le président de la BCE devrait également, comme lors les deux réunions précédentes, laisser ouverte la possibilité d’instaurer un programme d’achat massif de titres souverains, sur le modèle du QE américain. Une telle option ne sera en revanche sans doute pas instaurée avant de connaître les effets des autres mesures d’assouplissement monétaire sur l’économie réelle. Les hedge funds et spéculateurs parient en tous cas sur une poursuite de la baisse de la monnaie unique : selon les chiffres de la Comodity Futures Trading Commission (CFTC), les paris à la baisse sur l’euro sont au plus haut depuis deux ans et supérieurs de 141.965 à ceux qui parient sur une hausse de la monnaie unique. Les analystes de Nomura eux, estiment que l’euro atteindra 1,20 contre le dollar d’ici à juin 2015, soit une baisse de 6% d’ici à la-mi 2015 par rapport à aujourd’hui.
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