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Les fonds d’investissement, « too big to fail » ?
Le poids grandissant de la gestion d’actifs pousse les régulateurs à se demander si celle-ci ne poserait pas un risque systémique. Le secteur a en effet été porté par la montée en puissance des pays émergents et la multiplication des ressources pour financier les retraites. Ainsi, les encours sous gestion représentent 87 000 milliards de dollars, soit une année de PIB mondial. Et la tendance devrait s’intensifier puisque les gérants pourraient peser 400 000 milliards de dollars d’ici à 2050, selon les estimations d’Andy Haldane, directeur exécutif pour la stabilité financière à la Banque d’Angleterre (BoE). Ce qui l’a poussé à se demander, à l’occasion d’un discours à la London Business School, si cette industrie ne flirterait pas avec une caractéristique jusque-là propre au secteur financier : le « too big to fail ». La gestion d’actifs aurait-elle engendré « de tels monstres ? ».
Et ce n’est pas la première fois que la comparaison est établie. Le secteur de la gestion d’actifs se bat actuellement contre un projet du Conseil de stabilité financière (FSB) et de l'Organisation internationale des commissions de valeurs (IOSCO) qui envisage dans une consultation, qui vient de s'achever, de qualifier les fonds de plus de 100 milliards de dollars d’actifs d’entités d’importance systémique. Une caractéristique, qui pour les banquiers et les assureurs en tout cas, rime avec des exigences réglementaires plus strictes. A l’image de la gestion d’actifs, les assureurs se sont démenés, en vain, pour ne pas être rattachés à cette catégorie. Jusqu’ici les réglementations pour les fonds les ont plutôt distingués des acteurs systémiques. Par exemple, les législateurs européens n’ont finalement pas plafonné les rémunérations des gestionnaires dans le texte UCITS V sur lequel ils se sont mis d’accord en début d’année. Ils lui ont préféré un encadrement, plus souple.
Qu’est-ce qui pourrait bien faire des gérants des acteurs « too big to fail » ? « Deux facteurs significatifs sont d'une part le degré relatif de concentration du secteur de la gestion et la taille de ses principaux acteurs », a expliqué Andy Haldane. « Les dix premières sociétés de gestion représentent un peu moins de 30% de leur secteur et les dix plus grandes banques un peu plus de 20%. Leurs bilans sont d'une taille similaire, respectivement 25 000 et 20 000 milliards de dollars. Celui du premier gestionnaire au monde (BlackRock) est supérieur d'un tiers à celui de la plus grande banque (ICBC) », a-t-il ajouté. Et de préciser que les comportements de moutons de Panurge que peut épouser le secteur pèsent négativement sur la stabilité du système financier.
Mais la masse des encours sous gestion est-elle un risque en soi ? D’abord les gestionnaires se servent bien moins de l’effet de levier que les banquiers. D’autre part, ils mettent en jeu l’argent que leur ont confié des investisseurs, c’est-à-dire qu’en cas de faillite, le conflit reste de l’ordre du privé et non pas du public comme cela est le cas pour les banques. Cela étant, il est peu probable que des fonds survivent à des pertes comme l’ont fait des grandes banques, notamment celles renflouées par les Etats. A noter également que les fonds ne portent pas le risque de crédit comme le font les banques. Pour le moment, Andy Haldane ne propose pas de prendre de nouvelles mesures pour encadrer les fonds. Il demande toutefois à ce que les dirigeants prennent pleinement conscience du rôle que cette industrie joue dans l'environnement économique.
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