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Arkema / Thierry Le Hénaff

Arkema ne voit toujours pas de reprise, mais continue d'améliorer ses résultats / Les spécialités tirent profit de leurs débouchés industriels

Malgré une demande toujours déprimée en Europe et un ralentissement en Chine, le chimiste français a fait progresser son EBITDA de 7 % au troisième trimestre. Sa transformation de longue date vers les matériaux à forte valeur ajoutée lui permet de mieux résister aux difficultés du secteur, même si la conjoncture freine encore le rendement de ses grands investissements.
06/11/2026 - 10:00
Le siège d'Arkema à La Défense. © Arkema
Le siège d'Arkema à La Défense. © Arkema

« Nous avons toujours une communication prudente [...]. Mais les faits sont les faits, et les résultats sont là. » Interrogé, lors de la présentation de ses comptes trimestriels aux analystes, sur son ton plus réservé que celui de ses concurrents, Thierry Le Hénaff, PDG d’Arkema, a préféré renvoyer aux chiffres. L’EBITDA du chimiste a progressé de 7 % au troisième trimestre, à 332 millions d’euros, et le chiffre d’affaires de 8,1 %, à 2,36 milliards, dans un environnement que le PDG ne cherche pas à embellir : demande faible, aucun signe de reprise en Europe, ralentissement en Chine, flambée de l’énergie et des matières premières après les nouvelles tensions au Moyen-Orient. Seuls les États-Unis, qui pèsent 36 % des ventes, se montrent mieux orientés.

Cette croissance des ventes doit toutefois beaucoup à l’inflation. L’effet prix apporte 6 points de hausse, les volumes à peine 0,6 point. Les relèvements de tarifs répercutent l’envolée des coûts : ils gonflent le chiffre d’affaires sans accroître d’autant l’EBITDA, abaissant mécaniquement la marge d’environ un point selon la direction. Arkema est néanmoins parvenu à compenser presque entièrement cet effet grâce à l’amélioration de son mix de produits et à ses économies de coûts. Sa marge d’EBITDA est ainsi restée quasi stable, à 14,1 % contre 14,2 % un an plus tôt.


La chimie de volume prisonnière du cycle


Les Matériaux de base, qui regroupent les activités de chimie de volume du groupe, à commencer par les monomères acryliques destinés aux peintures et aux adhésifs, restent particulièrement pénalisés par la faiblesse de la demande. Leurs tarifs ont bondi de 9,6 %, mais leurs volumes ont reculé de 5,1 % et leur EBITDA de 9,5 %. Le léger rebond observé au deuxième trimestre sur les marges des acryliques, soit l’écart entre leur prix de vente et le coût du propylène dont ils sont issus, s’est dissipé, et le segment s’est recalé sur « une “nouvelle normalité” plus basse », relèvent les analystes de la banque franco-allemande Oddo BHF. Même l’usine de Carling, en Moselle, où Arkema a inauguré en octobre une unité de purification d’acide acrylique dont le nouveau procédé place le site dans le premier quartile mondial de compétitivité, n’y change rien pour l’instant : « Tant que nous restons en bas de cycle, l’EBITDA du site ne dépasse pas 10 millions d’euros », reconnaît le dirigeant.


Des adhésifs portés par l’industrie, pas par le bâtiment


Le contraste est net avec les Matériaux de spécialités, cœur de la stratégie du groupe, qui réunissent ses trois métiers à plus forte valeur ajoutée : adhésifs, matériaux avancés et solutions de revêtement. Ils représentent désormais 90 % de l’EBITDA et leurs volumes ont progressé de 1,7 %. Dans les adhésifs, l’EBITDA a gagné 8,6 % et la marge s’est maintenue à 13,7 %, alors que les hausses de prix la rognaient mécaniquement d’environ 0,8 point. « Notre croissance dans les adhésifs vient vraiment de l’industrie, pas de la construction, qui est restée stable mais certainement pas en reprise », précise Thierry Le Hénaff, citant l’aéronautique et les transports en Amérique du Nord. Les solutions de revêtement ont fait mieux encore, avec un EBITDA en hausse de 22,7 % et une marge passée de 11,4 % à 12,9 %. « Portée par l’électronique, l’impression 3D, le médical et les semi-conducteurs, notre activité de polymérisation UV a nettement accéléré sa croissance cette année », souligne le PDG. Avec ces applications développées au plus près des clients, des batteries aux centres de données, Arkema s'affirme comme un acteur de l'aval de la chimie, davantage tourné vers l'innovation et les solutions sur mesure, relève le bureau de recherche indépendant AlphaValue.

Ces performances ont permis au groupe de confirmer son objectif d’un EBITDA 2026 en légère hausse à changes constants, fixé avant le conflit au Moyen-Orient. Maintenu malgré ces vents contraires, l’objectif ne repose sur aucune amélioration de la conjoncture au quatrième trimestre. En attendant, la direction continue d'actionner les leviers qui dépendent d’elle : 55 millions d’euros d’économies depuis janvier, des effectifs réduits de 2,1 % à fin septembre par départs naturels et des investissements contenus sous 600 millions d’euros.


De grands investissements qui paient au ralenti


Les grands projets industriels progressent, mais leur contribution aux résultats reste en deçà du rythme initialement espéré. La nouvelle capacité américaine de PVDF, polymère utilisé dans les batteries, est entrée en service fin juin, à point nommé pour accompagner la croissance de la demande. L’usine de Singapour, qui produit du polyamide 11, un plastique de haute performance issu de l’huile de ricin, et que le groupe présente comme le plus gros investissement de son histoire, a atteint un record de production. Ces projets devaient initialement apporter environ 100 millions d’euros d’EBITDA supplémentaire par an dans des conditions économiques normalisées. Mais « dans le contexte actuel, nous sommes plutôt à 50 ou 60 millions », explique Thierry Le Hénaff, qui envisage un montant comparable en 2027 si la conjoncture ne change pas. L’ambition de 400 millions d’euros supplémentaires par rapport à fin 2024 est maintenue. « Seul le rythme est plus lent que prévu, mais la contribution reste solide année après année », assure le PDG.

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