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Arkema ajuste encore ses ambitions, sans dévier de sa trajectoire / Des relais de croissance et un appel à la compétitivité

Face à une conjoncture américaine plus molle et à un bas de cycle sur plusieurs segments, Arkema ajuste ses objectifs mais maintient sa ligne : discipline financière et sélectivité des investissements. Le groupe de chimie de spécialités continue de miser sur ses marchés porteurs et sur l’émergence de nouveaux relais, notamment les data centers.
Thierry Le Hénaff, le président-directeur général d'Arkema
Thierry Le Hénaff, le président-directeur général d'Arkema

Il est des avertissements mieux accueillis que d’autres. En présentant des résultats en retrait et un nouvel abaissement de sa cible d’EBITDA pour 2025, Arkema, premier groupe français de chimie de spécialités, n’a pas pris le marché à revers. La fourchette visée, désormais comprise entre 1,25 et 1,3 milliard d’euros, acte une demande américaine plus faible qu’escompté.

"La demande s’est révélée plus faible que prévu aux États-Unis durant l’été, reflet des incertitudes persistantes liées aux droits de douane et aux tensions dans les chaînes d’approvisionnement. L’Europe demeure à un niveau d’activité bas, tandis que l’Asie affiche toujours une belle dynamique, en particulier la Chine, où nous réalisons de très bons résultats", a commenté Thierry Le Hénaff, le président-directeur général d'Arkema, lors de la présentation à la presse des résultats du troisième trimestre. Dans ce contexte, les Adhésifs et les Matériaux avancés démontrent leur résilience, quand les activités plus amont subissent un effet de cycle plus marqué.

 

Des activités amont sous pression

 

Au troisième trimestre, l’EBITDA s’est établi à 310 millions d’euros pour une marge de 14,2 %. Le recul des ventes tient d’abord à deux ressorts industriels bien identifiés. Le "cycle acrylique" renvoie au segment amont de l’acide acrylique et de ses dérivés, très sensible à l’équilibre entre l’offre et la demande mondiale : lorsque les capacités sont excédentaires, les prix reculent et tout l’aval des revêtements et adhésifs en subit les effets. Les "gaz réfrigérants d’ancienne génération", eux, sont des fluides fluorés à fort potentiel de réchauffement global, progressivement remplacés par des spécialités plus vertes, ce qui pèse temporairement sur volumes et prix des gammes traditionnelles.

L’action gagnait 2,5 % vendredi après-midi, à 50,4 euros - une réaction positive qui illustre combien les mauvaises nouvelles étaient déjà intégrées, le titre évoluant tout près de ses plus bas niveaux depuis mars 2020, au déclenchement de la crise du Covid. Dans ce contexte, les investisseurs ont davantage retenu le message stratégique de la direction : replacer le débat sur la gestion serrée du court terme et la consolidation des relais de croissance.

 

Une discipline financière réaffirmée

 

La réponse opérationnelle mise en œuvre par le groupe s’articule autour d’un double mouvement. D’abord, un serrage de vis sur les coûts et le cash, avec environ 100 millions d’euros d’économies cette année et la volonté d’absorber l’inflation des frais fixes sur 2025–2026, tout en maintenant une génération de trésorerie récurrente d’environ 300 millions. Ensuite, une sélectivité accrue des investissements. "On revoit nos investissements à la baisse pour s’adapter à la conjoncture, mais en aucun cas on ne sacrifie notre potentiel de croissance. Nos grands projets ont été financés et mis en place en 2023–2024, nous disposons des capacités nécessaires pour accompagner la demande sans investissements excessifs", a rappelé Thierry Le Hénaff.

La feuille de route privilégie les extensions ciblées et rapidement rentables. Comme le souligne le dirigeant, "dans les polymères fluorés destinés aux batteries et aux semi-conducteurs, la courbe de croissance se décale en Europe comme aux États-Unis". D’où une approche mesurée, avec des investissements "plus modestes et très rentables, notamment aux États-Unis et en Chine", pour soutenir la demande sans multiplier les projets lourds. L’approche s’appuie sur des marchés qui, eux, avancent : batteries, sport, impression 3D, santé, spécialités fluorées nouvelle génération. "Malgré ce contexte macroéconomique difficile pour la chimie mondiale, ce que nous maîtrisons - nos actions de coûts et nos relais de croissance - continue à bien fonctionner. Nos ventes ont progressé de 20 % sur plusieurs marchés clés."

 

Cap sur les data centers

 

Le groupe prépare aussi le prochain étage, avec l’agrégation de ses solutions pour les data centers - câblerie, refroidissement, étanchéité, gaz de nouvelle génération - sous une bannière unique. L’ambition : passer d’une dizaine de millions d’euros aujourd’hui à plus de 100 millions à l’horizon 2030, tout en poursuivant les travaux amont en France sur la prochaine génération de batteries.

"L’industrie en France souffre du manque de compétitivité. Nous voyons des différences de dynamique très fortes avec l’Asie ou les États-Unis, et les nouvelles taxes qui pourraient s’ajouter arrivent à un moment particulièrement mal choisi. Il faut absolument éviter de nouveaux surcoûts pour que nos sites puissent continuer à exister." Le constat vaut aussi à l’échelle européenne. "La Commission européenne a enfin reconnu la chimie comme une industrie stratégique, ce qui est une première. Mais le rythme reste trop lent par rapport aux défis actuels. Les intentions sont là, mais il faut désormais qu’elles se traduisent rapidement en décisions concrètes", plaide le directeur général d’Arkema.

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