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Sfil / Philippe Mills

La banque publique qui emprunte moins cher que la France / Sfil publie un semestre contrasté

Le premier semestre a été marqué par un creux d’activité attendu, mais aussi par une exécution record du programme de financement et par des perspectives très favorables dans le crédit-export.
Philippe Mills, directeur général de Sfil, souligne la résistance de ses conditions de financement. © Sfil
Philippe Mills, directeur général de Sfil, souligne la résistance de ses conditions de financement. © Sfil

« La nouvelle dégradation des conditions financières de l'État, de la République française n'a eu aucun impact, je dis bien aucun impact sur nos conditions de financement sur notre véhicule de covered bond », a souligné Philippe Mills, directeur général de Sfil, en présentant le 10 septembre les résultats semestriels de la banque publique de développement. La capacité de la filiale de la Caisse des Dépôts à amortir les à-coups de la signature souveraine constitue l'enseignement central d'un premier semestre par ailleurs marqué par un creux d'activité largement anticipé.

Sfil a bouclé au 30 juin 96 % de son programme de financement 2026, contre 70 % un an plus tôt, avec 7,5 milliards d'euros levés pour une durée de vie moyenne de 8,6 ans. Ce niveau d'avancement, record pour un premier semestre, intègre 0,7 milliard préfinancé dès l'automne 2025. Une performance réalisée malgré le conflit entre les États-Unis et l'Iran, qui a fait remonter les prix de l'énergie et les anticipations de taux.


Caffil amortit le risque souverain


Pour la deuxième année consécutive, le groupe s'est financé à un coût global équivalent à celui de l'État. Une moyenne qui masque deux réalités très différentes. Sur le format agence, où les investisseurs se réfèrent à la courbe souveraine, Sfil a émis 2,3 milliards d'euros à OAT plus 19 points de base. À l’inverse, Caffil, sa filiale spécialisée dans les covered bonds adossés à des actifs publics, a placé 4,5 milliards d'euros dix points de base en dessous de l'État. Notée AAA par Moody's et DBRS, elle conserverait cette note malgré un nouvel abaissement souverain, ses investisseurs étant davantage attentifs au collatéral qu'au risque France. Son émission inaugurale de l'année, un milliard d'euros à dix ans, a attiré plus de 10 milliards de demande, un record pour un covered bond en euros. Au total, 85 % des émissions publiques ont été souscrites par des investisseurs étrangers.


Le cycle électoral pèse sur les prêts


L'activité commerciale, elle, a nettement ralenti. La production de prêts au secteur public local s'établit à 1,3 milliard d'euros, en repli de 37 % sur un an, mais au même niveau qu'au premier semestre 2020, au même stade du cycle électoral. Les élections municipales et intercommunales expliquent l'essentiel de ce retrait, auquel s'ajoute un facteur de concurrence. « Aujourd'hui, vous avez une compétitivité forte du livret A. Ça n'a pas été le cas pendant des années », relève Philippe Mills, qui rappelle que Sfil affronte les banques commerciales avec une offre largement à taux fixe, qui représente 80 % de son encours de plus de 47 milliards d'euros, face à des financements indexés sur le Livret A aujourd'hui particulièrement attractifs.


La défense gonfle le pipeline export


Le crédit-export n'a, lui, donné lieu à aucune opération sur la période. « C'est presque du financement de prototype, puisque, comme vous savez, on fait quelques dossiers par an », explique le directeur général, une signature décalée de quelques semaines pouvant suffire à faire basculer une opération d'un semestre à l'autre. L'opération angolaise de Quilonga Grande, conclue en juillet pour 350 millions d'euros, aurait ainsi pu être comptabilisée au premier semestre. Première intervention de Sfil dans les réseaux d'eau, elle doit donner accès à l'eau potable à 5 millions d'habitants de l'agglomération de Luanda et associe pour la première fois Sfil à Saint-Gobain Pont-à-Mousson et à deux nouvelles banques partenaires. Le portefeuille de projets atteint pour sa part un potentiel record de 82 milliards d'euros pour 169 dossiers, dont 39 % des montants relèvent de la défense, avec cinq contrats susceptibles de dépasser chacun le milliard d'euros.


Des relais de croissance pour la fin d’année


Les comptes reculent eux aussi, sans remettre en cause la dynamique des métiers cœur. Le produit net bancaire récurrent baisse de 9 %, à 103 millions d'euros, sous l'effet de revenus ponctuels enregistrés en 2025, alors que les revenus de l'activité de prêt progressent de 5,5 %. Les frais généraux baissent de 3 %, à 58 millions, mais le recul du PNB fait remonter le coefficient d'exploitation à 57 %, contre 53 %. Le résultat net récurrent ressort à 26 millions d'euros, grevé de 7 millions par la contribution exceptionnelle à l'impôt sur les sociétés. En normes comptables, le résultat net tombe à 24 millions, contre 43 millions un an plus tôt, l'absence des éléments positifs de juste valeur enregistrés en 2025 accentuant le recul.

La solidité du bilan reste, elle, hors norme, avec un ratio CET1 de 46,5 % pour une exigence de 8,56 %, un LCR de 2 014 % et des expositions non performantes limitées à 61 millions d'euros. « Vous pouvez faire le tour de la place de Paris, même des places financières européennes, vous allez avoir du mal à trouver une institution bancaire qui a des prêts non performants qui représentent moins de 0,1 % de son bilan », souligne Philippe Mills.

Le second semestre devrait être plus porteur sur le secteur public local, avec l'enclenchement des projets de mandat du bloc communal et des besoins croissants d'adaptation climatique après les canicules et incendies de l'été. Il restera toutefois tributaire de la capacité d'investissement des départements et de la contribution demandée aux collectivités au redressement des comptes publics en 2027. Trois à quatre dossiers de crédit-export pourraient encore se conclure d'ici décembre, ce qui pourrait porter l'exercice jusqu'au record historique de six opérations, tandis que des mémorandums sont en cours de négociation avec les assureurs-crédit allemand, italien, belge et espagnol.

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