Professions financières / Sfil / Phlippe Mills
Professions financières
Sfil / Phlippe Mills
Sfil confirme la puissance de son modèle de financement / La défense gagne du terrain dans le crédit export
La filiale du groupe Caisse des Dépôts spécialisée dans le financement du secteur public local et du crédit-export a franchi en 2025 un seuil inédit. « Pour la première fois dans l’histoire de Sfil, nous nous sommes financés globalement à des conditions de financement équivalentes à celles de l’État », souligne son directeur général, Philippe Mills. Une première tout court pour une institution financière publique française.
Dans un environnement décrit comme « très perturbé et très volatil », l’établissement a levé l’an dernier un volume record de 9,2 milliards d’euros, tout en allongeant la maturité moyenne de ses émissions à huit ans et demi. Un jalon important pour un établissement dont le modèle repose précisément sur sa capacité à transformer des conditions d’emprunt optimales en levier de financement pour l’économie publique française.
Le levier clé du financement
Le nerf de la performance réside dans la structure duale du financement de Sfil. D’un côté, sa filiale Caffil, émettrice de covered bonds notés AAA, qui représente les trois quarts du programme et se finance systématiquement en dessous du niveau de l’OAT. De l’autre, les émissions « agence » de Sfil elle-même, adossées à la signature souveraine française et donc plus exposées à la volatilité du spread. « Nous sommes un peu plus tributaires des fluctuations du spread de l’OAT, puisque cet instrument est pricé directement par rapport à l’OAT », a reconnu Florent Lecinq, directeur financier, lors de la présentation des résultats à la presse. C’est précisément la combinaison des deux canaux qui a permis en 2025 un coût global nul par rapport à l’OAT - quand les autres agences françaises restaient à environ 14 points de base au-dessus.
La dynamique se prolonge déjà en 2026. Une partie du programme de l’année a en effet été préfinancée dès l’automne sur des souches longues, à hauteur de 700 millions d’euros. Une anticipation qui s’avère payante : à mi-février 2026, les 2,6 milliards déjà émis le sont à des conditions inférieures de 13 points de base à celles observées en 2025.
La base d’investisseurs obligataires témoigne elle aussi d’une reconnaissance croissante de la signature. « On voit qu’à l’intérieur de l’Europe on a une plus grande diversification avec une demande plus forte qui émane d’investisseurs nordiques et d’investisseurs du sud de l’Europe », observe Florent Lecinq, notant que la géographie historique, centrée sur l’Allemagne, les Pays-Bas et le Benelux, s’élargit. L’émission benchmark de Caffil en janvier 2026, à dix ans, a ainsi attiré un livre d’ordres de 10,1 milliards d’euros, le plus important jamais enregistré pour un covered bond en euros.
Sizewell marque un tournant dans le crédit export
Ce levier de financement a soutenu une activité opérationnelle qui, pour la troisième année consécutive, a dépassé les 9 milliards d’euros injectés dans l’économie française. Avec un événement majeur côté crédit-export : l’exercice écoulé a été marqué par le financement de la centrale nucléaire Sizewell C au Royaume-Uni, où Sfil s’est imposée comme premier prêteur sur la tranche crédit-export assurée par Bpifrance Assurance Export.
L’établissement « a ouvert pour le crédit export […] un nouveau domaine, une nouvelle filière », insiste Philippe Mills. Ce financement structuré a impliqué treize banques et a été sursouscrit trois fois, pour un projet de 38 milliards de livres sterling mobilisant quatre industriels majeurs de la filière nucléaire française, Arabelle Solutions, EDF, Edvance et Framatome. En tout pour le crédit-export, l’année s’est traduite par quatre opérations pour 3,6 milliards d’euros, portant à plus de 20 milliards le volume financé depuis le lancement de cette activité en 2015.
Sur le secteur public local, la dynamique est plus contrastée. Les collectivités locales enregistrent leur deuxième meilleure année à 5,3 milliards d'euros, portées en particulier par les grandes structures, métropoles, départements et régions, qui représentent 53 % de la production, un record. Les prêts thématiques atteignent 36 % du total, dont 0,8 milliard de prêts verts et 1,1 milliard de prêts sociaux. À l'inverse, les hôpitaux publics reculent de 28 % à 0,4 milliard, un secteur dont la situation financière reste structurellement dégradée, avec un déficit attendu proche de 3 milliards d'euros en 2025. « Nous restons des banquiers et continuerons d’accompagner le secteur, en examinant la capacité des établissements à faire face à leurs remboursements », indique Stéphane Costa de Beauregard, responsable du secteur public local.
Des résultats solides malgré la surtaxe
Au compte de résultat, la trajectoire reste solide. Le PNB récurrent progresse de 2 % à 221 millions d’euros et le coût du risque affiche une reprise nette de 4 millions, reflet de la qualité exceptionnelle d’un portefeuille où les expositions non performantes représentent moins de 0,1 % des actifs. Le résultat avant impôts atteint 104 millions (+3 %).
Seul bémol, la contribution exceptionnelle à l’impôt sur les sociétés, qui ampute de 10 millions le résultat net récurrent, ramené à 67 millions (-10 %). « Si le résultat net récurrent n’est que le troisième meilleur (depuis la création de Sfil), c’est évidemment parce que nous avons, entre guillemets, bénéficié de la surtaxe d’impôt sur les sociétés, qui n’était pas prévue lorsque nous avons élaboré le budget », reconnaît Philippe Mills avec une ironie mesurée.
Le ratio de solvabilité CET1, principal indicateur de solidité financière des banques, progresse fortement à 46,8 % fin 2025, contre 42,2 % un an plus tôt, sous l’effet conjugué de l’entrée en vigueur de CRR3, la nouvelle réglementation européenne sur les exigences de fonds propres bancaires, et du renforcement des fonds propres prudentiels.
La défense monte en puissance
Pour 2026, Sfil table sur un volume d’activité globalement équivalent, autour de 9 milliards d’euros, pour la quatrième année consécutive. Du côté du crédit-export, 39 % du montant des dossiers actifs concernent la défense, un secteur en nette montée en puissance sous l’effet des réorientations budgétaires européennes. « La base industrielle et technologique de défense française est la seule en Europe à être véritablement autonome », note Philippe Mills, voyant dans cette singularité un puissant levier de compétitivité pour les exportateurs français sur les marchés internationaux. La banque travaille par ailleurs à l’élargissement de son activité avec d’autres assureurs-crédit européens. Euler Hermes et Sace sont explicitement cités sur des dossiers présentant une composante française, qu’il s’agisse de sourcing industriel, de sponsors ou de débouchés stratégiques.
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