Macro-économie / Taux
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Les États raccourcissent la maturité de leur dette / Un choix guère sans danger face à la flambée des taux
Les Etats repensent le financement de leur dette. Depuis quelques années, les gouvernements doivent emprunter davantage alors même que le coût de leur financement a fortement augmenté. Dans une analyse consacrée à la gestion de la dette publique, les économistes de l’OCDE, Jakob Shida et Luca Policino, montrent que cette combinaison de volumes d’émission élevés et de taux obligataires importants constitue une situation exceptionnelle au regard des deux dernières décennies.
Une partie importante de la remontée des rendements s’explique par la hausse de la prime de terme, c’est-à-dire la rémunération supplémentaire exigée par les investisseurs pour détenir une obligation à long terme, plutôt que de placer successivement leur argent sur des instruments de court terme. À la fin de 2025, la prime de terme moyenne estimée sur les obligations à dix ans des principaux émetteurs de l’OCDE dépassait 0,8 %. Il s’agissait de son niveau le plus élevé depuis plus de dix ans. « Cela reflète, entre autres facteurs, une plus grande incertitude concernant l’inflation et les taux d’intérêt, ainsi qu’une demande limitée pour les obligations à longue duration et, dans certains cas, une dégradation de la perception du risque de crédit », soulignent les deux économistes.
Pour ceux qui gèrent la dette de l’Etat, cela peut impliquer de réévaluer l’équilibre entre coût et risque. «Une part plus élevée d’obligations à long terme réduit le risque de devoir refinancer la dette à des taux plus élevés dans un avenir proche », expliquent Jakob Shida et Luca Policino. Reste que, lorsque les primes de terme augmentent, cette réduction du risque devient plus coûteuse. Dans de telles conditions, il peut être optimal de privilégier les émissions à plus courte maturité afin de réduire les coûts d’emprunt, même si cela accroît les besoins de refinancement à moyen terme.
La maturité moyenne résiduelle des émissions souveraines dans la zone OCDE a diminué au cours des dernières années, s’établissant en 2025 à environ un an de moins qu’en 2021. Et le ratio entre les obligations émises avec une maturité d’au moins 30 ans et celles d’une maturité comprise entre 1 et 5 ans est tombé à son niveau le plus bas depuis, au minimum, la crise financière mondiale. Des travaux économétriques de l’OCDE montrent qu’en moyenne, une hausse d’un point de pourcentage de l’écart de taux entre les obligations d’État à 10 ans et à 2 ans est associée à une diminution de la maturité moyenne des émissions d’environ 0,9 année.
"Le récent mouvement vers des maturités plus courtes peut être considéré comme une réponse pragmatique à un environnement de taux d’intérêt durablement élevés, permettant de contenir les coûts d’emprunt alors que les niveaux d’endettement et les besoins de financement restent élevés", soulignent Jakob Shida et Luca Policino, qui expliquent qu'il n’existe pas d’approche universelle en matière de gestion de la dette publique. "L’équilibre optimal entre coût et risque dépend de facteurs propres à chaque pays, notamment du niveau et de la structure de la dette, de la capacité d’absorption du marché, de la base d’investisseurs, de la liquidité du marché secondaire sur l’ensemble de la courbe des taux et des conditions macroéconomiques", estiment-ils.
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