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Pernod Ricard protège ses marges dans un contexte encore délicat / Les vents contraires sont concentrés aux États-Unis et en Chine

Au terme d’un exercice marqué par le recul de son chiffre d’affaires, en raison de difficultés sur ses marchés aux États-Unis et en Chine, Pernod Ricard a préservé sa rentabilité et renforcé sa génération de cash, tout en témoignant d’une amélioration de sa trajectoire en deuxième partie d’exercice. Le géant français des spiritueux aborde les douze mois à venir avec l’intention de stabiliser ses revenus et de continuer à défendre ses marges, porté par l’avance de l’exécution de son programme d’économies, mais reste encore prudent quant à ses perspectives de moyen terme, eu égard à la faiblesse du marché américain.
Cette photographie montre différentes bouteilles de boissons alcoolisées commercialisées par la société française de spiritueux et de vins Pernod-Ricard, à son siège parisien le 28 janvier 2025. (Photo : JOEL SAGET / AFP)
Cette photographie montre différentes bouteilles de boissons alcoolisées commercialisées par la société française de spiritueux et de vins Pernod-Ricard, à son siège parisien le 28 janvier 2025. (Photo : JOEL SAGET / AFP)

Pernod Ricard avait prévenu. Dans un contexte délicat pour l’industrie des spiritueux, marqué par un ralentissement de la consommation et de nouvelles barrières tarifaires et tensions commerciales, la période allant de juillet 2025 à juin 2026 constituerait un exercice de « transition ». Sa publication de résultats annuels a ainsi rendu compte d’un déclin, en organique, de 3,9 % de son chiffre d’affaires, à 9,4 milliards d’euros. En dehors des États-Unis et de la Chine, il progresse de 0,5 %. En données publiées, le recul s’accentue à 14,2 %, lié à un impact de change et un effet de périmètre négatif, principalement lié aux cessions de marques.

 

Des disparités mondiales

 

Les difficultés se lisent donc plus particulièrement aux États-Unis et en Chine. Outre-Atlantique, où le groupe a discuté cette année d’un rapprochement avec son homologue Brown-Forman, avant que le projet ne soit abandonné, l’activité a reculé de 14 %. Le contexte est resté délicat : le marché des spiritueux n’y a pas encore repris de couleur, en lien avec une modération économique et une confiance morose de la part des consommateurs, explique Pernod Ricard. La performance « sell-out » (vente des produits par les distributeurs et commerçants) continue de son côté de se rapprocher de celle du marché, grâce à une accélération des réponses aux changements de demande des consommateurs. Elle reste néanmoins en recul d’environ 7 % sur l’ensemble de l’exercice, le chiffre d’affaires ayant été touché par des ajustements de stocks. Le groupe présidé par Alexandre Ricard souligne notamment s’être adapté à l’évolution des conditions de marché, en ayant mis l’accent sur le recrutement et l’activation des consommateurs, l’innovation, les boissons prêtes à boire ou les petits formats, entre autres.

Dans l’Empire du milieu, la correction de l’activité a été plus sévère, en baissant de 19 %. En cause, un environnement macroéconomique difficile, la persistance de la faiblesse de la confiance des consommateurs ainsi que des mesures réglementaires qui ont joué sur la demande. Le recul a été particulièrement marqué sur les catégories de prestige, notamment les ventes de Martell. Un recul de la part de marché du groupe sur le cognac, en raison de son exposition à certains canaux de distribution, est aussi à noter. En revanche, la croissance des marques premium a été soutenue par divers facteurs, dont celui d’une pénétration grandissante des spiritueux de cette catégorie auprès d’une classe moyenne en expansion.

Ces dynamiques américaines et chinoises ont été partiellement atténuées par l’amélioration de la tendance dans le reste du monde, en dépit du conflit au Moyen-Orient. L’Europe a limité son recul annuel à 3 %, tout comme le « global travel retail » : des parts de marché ont été gagnées, la suspension des ventes de cognac en Chine a été résolue, une forte reprise des ventes dans les réseaux duty-free du pays s’est observée, l’Europe bénéficie des flux de touristes américains et les Amériques de la croissance du secteur des croisières. Dans l’ensemble, l’Asie et le reste du monde restent stables de leur côté. L’Inde continue d’ailleurs tout particulièrement de témoigner de sa vigueur : le chiffre d’affaires y a progressé de 7 % sur un an, grâce à une forte demande sous-jacente des consommateurs, aux tendances de premiumisation et aux gains de parts de marché, profitant en outre de la cession d’Imperial Blue.

 

Faire montre de prudence aux États-Unis

 

Pour l’exercice désormais en cours, Pernod Ricard table sur un scénario de stabilisation, avec un chiffre d’affaires organique globalement en ligne avec celui de l’exercice clos, dans un environnement qui restera incertain. Les États-Unis et la Chine devraient rester en recul, et la dynamique positive dans le reste du monde devrait se poursuivre (ceci incluant le maintien d’une croissance soutenue en Inde). À moyen terme et compte tenu de la faiblesse du marché américain, l’entreprise anticipe en moyenne, sur la période 2026/2027 à 2028/2029, une croissance organique proche du bas de la fourchette de 3 % à 6 %. Un ensemble qui a reçu un accueil mitigé sur les marchés, le titre Pernod Ricard ayant terminé la séance boursière du jour en recul de 4,6 %. 

 

Signal de reprise et marge défendue

 

La publication contient, pour autant, plusieurs messages favorables. Le premier réside dans l’amélioration de la tendance entre la première et la deuxième moitié de l’exercice. Après avoir atteint près de 6 % au premier semestre, le recul organique du chiffre d’affaires a été ramené à 1,3 % au second. De plus, le groupe a défendu ses marges. Alors que le résultat opérationnel courant est en recul de 5,2 % (17,9 % en publié), à 2,4 milliards d’euros, la marge opérationnelle courante s’est maintenue à 25,8 %, en recul organique limité de 35 points de base sur un an. Ceci s’explique par l’accélération du programme d’efficacité opérationnelle d’1 milliard d’euros, dont la moitié a été réalisée dès l’exercice clos fin juin. Son déploiement entier est désormais attendu en 2027/2028. Les coûts de structure ont aussi été en recul de 8 % (contre une baisse de 4 % sur l’exercice précédent), « reflétant la mise en œuvre du modèle opérationnel Fit For Future et une gestion disciplinée des coûts », précise le groupe.

Enfin, le free cash-flow a progressé de 6 %, à 1,2 milliard d’euros, « avec une génération de cash renforcée et une amélioration significative de la conversion cash de 17 points, à 91 %, grâce à une gestion disciplinée des investissements et du besoin en fonds de roulement », précise Pernod Ricard.

Parallèlement à une activité qui devrait donc demeurer stable pour l’exercice à venir, Pernod Ricard indique que sa marge opérationnelle organique sera « fermement » préservée, grâce au contrôle des coûts et à la mise en œuvre des initiatives d’efficacité opérationnelle, tout en poursuivant les investissements dans la transformation digitale. Les investissements stratégiques devraient être d’environ 700 millions d’euros. Une gestion stricte du besoin en fonds de roulement et le maintien d’une conversion cash d’environ 90 % sont aussi prévus. À moyen terme, la progression de la marge opérationnelle organique sera aussi au rendez-vous. Elle sera portée par l’accélération des efficacités opérationnelles, avec des investissements dans les marques qui seront tenus. Un renforcement de la génération de cash est également anticipé à cette échéance.

Tout en maintenant une notation de crédit Investment Grade, le groupe prévoit ainsi de poursuivre ses investissements dans la croissance organique future, ainsi que la gestion active de son portefeuille, incluant des opérations de fusions-acquisitions, et de maintenir une politique de dividende progressive, visant un taux de distribution d’environ 50 % du résultat net courant, part du groupe. Les rachats d’actions seront envisagés, une fois les priorités précédentes satisfaites. Au titre de l’exercice 2025/2026, le dividende de 4,70 euros par action qui sera proposé lors de la prochaine assemblée générale du groupe, en novembre, est stable par rapport à 2024/2025.

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