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Le redressement du Spatial change le profil de Thales / La Défense accélère encore, le Digital reste sous pression

Thales élargit ses moteurs de croissance. Tandis que la Défense poursuit sa montée en puissance, le Spatial commence à récolter les fruits de son redressement. Des commandes en hausse de 22 %, un cash-flow presque quadruplé et des objectifs jugés prudents confortent la trajectoire du groupe.
Présentation de trois satellites sur le site de Thales Alenia Space à Cannes, en avril 2026, avant leur départ vers leur site de lancement. (FREDERIC DIDES / AFP)
Présentation de trois satellites sur le site de Thales Alenia Space à Cannes, en avril 2026, avant leur départ vers leur site de lancement. (FREDERIC DIDES / AFP)

« Le ton concernant le spatial est clairement beaucoup plus positif qu'il y a deux ou trois ans. » Devant les analystes jeudi, Patrice Caine, président-directeur général de Thales, a ainsi mis en lumière le principal enseignement des résultats semestriels du groupe. Longtemps, la croissance de l'entreprise d'électronique de défense s'est racontée au singulier, portée par la seule accélération de la Défense. Le premier semestre 2026 dessine un profil différent : le redressement du Spatial commence à fournir un second moteur, de croissance comme de marge.

L'ensemble des indicateurs progresse. Les prises de commandes atteignent 12,5 milliards d'euros, en hausse de 22 % en organique, soit un ratio de book-to-bill de 1,14. Le chiffre d'affaires ressort à 10,9 milliards d'euros, en croissance organique de 7,8 %, et même de 9,6 % hors éléments non récurrents. L'EBIT ajusté s'élève à 1,37 milliard d'euros, en hausse de 11,4 % en organique, pour une marge de 12,5 %, en progression de 0,4 point, et le résultat net ajusté part du groupe gagne 13 %, à 990 millions d'euros. Chez Deutsche Bank, on relève des commandes supérieures de 19 % au consensus et souligne que « les activités Spatial et Défense se sont distinguées comme de solides performeurs, tant sur les prises de commandes que sur la rentabilité ».


La Défense ajoute l’Europe à ses moteurs


La Défense reste de loin le premier moteur du groupe. Son chiffre d'affaires progresse de 13,1 % en organique, à 6,3 milliards d'euros, après un deuxième trimestre encore marqué par une croissance à deux chiffres, tandis que sa marge gagne un point, à 13,8 %. Les commandes bondissent de 28 %, avec treize grands contrats, dont deux notifiés par la direction générale de l'Armement (DGA) pour le standard F5 du Rafale. « Dans le passé, nous avions deux moteurs de croissance, le Moyen-Orient et l'Asie du Sud-Est. Un troisième moteur de croissance s'y est ajouté, l'Europe, et pas seulement la France, mais l'Europe dans son ensemble », a expliqué Patrice Caine. La dynamique conduit même le groupe à relever ses attentes opérationnelles pour l'activité. « La perspective pour nous cette année est passée d'une croissance élevée à un chiffre du chiffre d'affaires à un potentiel de croissance faiblement à deux chiffres », a précisé le directeur financier Jérémie Papin, qui estime la marge soutenable « au-dessus de 13,5 % », portée par le levier opérationnel et la bonne exécution des programmes.


Le redressement du Spatial se traduit enfin dans les marges


La nouveauté du semestre se situe toutefois dans l'Aérospatial. Le secteur a engrangé cinq grandes commandes spatiales, de Copernicus à ExoMars en passant par des satellites de télécommunications pour le Luxembourg et le Qatar, témoignant de la vigueur de la demande institutionnelle. Surtout, sa marge s'établit à 10,4 %, contre 9,1 % un an plus tôt, une progression presque entièrement portée par le redressement du Spatial, qui commence à récolter les fruits du plan d'adaptation engagé depuis 2024. L'annulation de deux satellites géostationnaires a certes retranché environ 150 millions d'euros au chiffre d'affaires du semestre. « La croissance sous-jacente est néanmoins solide, nous progressons bien dans l'achèvement des programmes et nous bénéficions aussi du retour des plans d'ajustement des coûts », a détaillé Jérémie Papin. Une fois cet effet ponctuel neutralisé, l'activité aérospatiale affiche une croissance de 8,8 %.

Le redressement du Spatial constitue désormais le principal moteur de l'amélioration des résultats de l'Aérospatial. Il expliquerait plus de 95 % de la progression de l'EBIT du segment entre 2025 et 2026, selon le bureau d'analystes Oddo BHF, qui estime qu'une marge supérieure à 7 % pourrait être atteinte dès 2027. L'environnement budgétaire conforte cette trajectoire, entre le budget de l'Agence spatiale européenne relevé de 30 %, à 22,1 milliards d'euros, et un cadre financier européen en discussion autour de 70 milliards pour le spatial. « Ce que nous visons, c'est une forme de progression linéaire vers environ 7 % d'ici 2027, et il n'y a aucune raison de ne pas continuer à nous améliorer au-delà », a confirmé Patrice Caine, qui se dit par ailleurs « optimiste » sur la concrétisation de la constellation Iris², susceptible de représenter « une part très significative de notre activité pour les années à venir ».


Cyber redémarre, Digital reste sous pression


Le tableau conserve une ombre : Cyber & Digital, dont l'EBIT ajusté recule à 195 millions d'euros contre 267 un an plus tôt, pénalisé par les services de paiement et l'identité, après une base 2025 gonflée d'éléments exceptionnels. « DIS a de nouveau surpris négativement », note Deutsche Bank. Les difficultés restent toutefois concentrées dans Digital Identity and Security. Le Cyber a retrouvé le chemin de la croissance au deuxième trimestre, à 4,5 %, tandis que sa marge s'est maintenue à 14 %. Thales attend désormais un rattrapage de Digital au second semestre, sans vouloir sacrifier la croissance au rétablissement de la rentabilité.


Le cash-flow presque quadruplé


Reste une génération de trésorerie hors norme. Le free cash-flow opérationnel atteint 1,87 milliard d’euros, près de quatre fois son niveau d’il y a un an. Il ramène la dette nette à 519 millions d’euros, contre 3,4 milliards en juin 2025, et renforce les moyens dont dispose le groupe pour financer notamment l’acquisition annoncée d’Exail. Cette performance tient principalement à l’amélioration du besoin en fonds de roulement et à un calendrier favorable des paiements clients. Jérémie Papin a toutefois prévenu qu’il ne fallait pas extrapoler mécaniquement ce niveau sur l’ensemble de l’année, les dépenses d’investissement étant appelées à augmenter au second semestre.

Fort de cette dynamique, Thales confirme l'ensemble de ses objectifs 2026, dont les deux relèvements annoncés le 3 juillet : un book-to-bill supérieur à 1,1 et une conversion en cash comprise entre 100 % et 110 %. Le groupe maintient par ailleurs une croissance organique attendue entre 6 % et 7 % et une marge d'EBIT ajusté comprise entre 12,6 % et 12,8 %, portée principalement par l'Aérospatial et la Défense. Des objectifs prudents au regard de la performance du premier semestre et qui, selon Oddo BHF, « ménagent un potentiel de relèvement ». Thales aborde ainsi le second semestre « avec confiance », avec pour principaux enjeux la poursuite des montées en cadence dans la Défense, le rattrapage attendu de Digital et la confirmation du levier opérationnel retrouvé dans le Spatial.

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