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Thales / Jérémie Papin

Chez Thales, le réarmement passe à la vitesse supérieure / Le groupe revoit ses ambitions à la hausse

Les ventes militaires de Thales ont bondi de 12,8 % au troisième trimestre, portées par l'accélération des cadences de production. Avec des commandes toujours soutenues et une croissance organique de 8,1 % sur neuf mois, le groupe envisage de dépasser la borne haute de ses prévisions annuelles.
Présentation du système de défense antimissile SkyDefender sur le site de production de Thales à Herstal, en Belgique, le 28 mai 2026. © Eric Lalmand / Belga / AFP.
Présentation du système de défense antimissile SkyDefender sur le site de production de Thales à Herstal, en Belgique, le 28 mai 2026. © Eric Lalmand / Belga / AFP.

Les commandes militaires continuent d'affluer chez Thales, mais les capacités de production suivent de mieux en mieux. Au troisième trimestre, les ventes de son pôle Défense ont progressé de 12,8 % en organique, à 3 milliards d’euros, malgré une base de comparaison déjà élevée. Elles entraînent tout le groupe, dont le chiffre d’affaires trimestriel a atteint 5,47 milliards (+8,7 % en organique). Sur neuf mois, la hausse organique ressort à 8,1 %, un rythme supérieur à l’objectif annuel de 6 à 7 % que Thales s’était fixé. Fort de cette avance, le groupe vise désormais le haut de cette fourchette, « voire au-delà », sans chiffrer davantage. « Nous n’avons aucune raison de nous inquiéter pour le quatrième trimestre », a assuré Jérémie Papin, directeur général Finance et Systèmes d’information, lors de la présentation des chiffres d’activité aux analystes jeudi matin.

Cette accélération est d’abord industrielle. Depuis janvier, la Défense a facturé 9,36 milliards d’euros, en hausse de 13 %, grâce aux capacités de production supplémentaires qui permettent au groupe d’exécuter son carnet de commandes. Une montée en cadence qui s'observe « en particulier dans le domaine de la défense aérienne », relève le bureau d’études Oddo BHF, qui n’attendait que 10,5 % de croissance au troisième trimestre. Et l’effort n’est pas achevé. Thales continue d’investir pour augmenter ses propres capacités de production, tout en veillant à ce que ses fournisseurs puissent également monter en puissance, dans le respect des délais et des exigences de qualité. « C’est un effort continu, et des capacités supplémentaires doivent encore être mises en service l’an prochain », explique Jérémie Papin.


Une demande qui ne laisse aucun répit


Car la demande ne faiblit pas. Les prises de commandes atteignent 19,1 milliards d’euros sur neuf mois, en croissance organique de 15 %, soit près de 1,2 fois le chiffre d’affaires. Les contrats de plus de 100 millions en représentent 7,57 milliards, 42 % de plus qu’un an plus tôt. Sur les onze signés au troisième trimestre, neuf relèvent de la défense, du radar de nouvelle génération du Rafale aux sous-marins nucléaires de troisième génération, en passant par douze radars commandés par la Roumanie grâce au dispositif européen de prêts SAFE (Security Action for Europe). Certes, les commandes du pôle Défense ont reculé de 6 % sur le seul troisième trimestre. Mais cette baisse s'explique notamment par une base de comparaison élevée : un an plus tôt, Thales avait enregistré une commande britannique portant sur 5 000 missiles de défense aérienne. « J’invite toujours à la prudence, surtout dans la défense, lorsqu’on regarde la performance d’un seul trimestre, car ces contrats prennent souvent beaucoup de temps à être discutés », a rappelé Jérémie Papin aux analystes.

Le Proche et Moyen-Orient illustre le mieux cette avance des commandes sur les ventes. Le groupe y a enregistré 1,9 milliard d’euros de contrats depuis janvier, trois fois plus qu’un an plus tôt, dans la défense comme dans le spatial. La région pèse désormais 10 % des commandes, mais seulement 8 % d’un chiffre d’affaires pourtant en hausse de 49 %. « Je dirais donc qu’elle devrait continuer à tirer et à surperformer en termes de ventes », anticipe Jérémie Papin. Le relèvement des perspectives annuelles pourrait d’ailleurs être soutenu par « d’éventuelles livraisons d’urgence au Moyen-Orient », estime Oddo BHF.


Le spatial reprend de la hauteur


Les autres activités ont avancé à des rythmes plus inégaux. Dans l’Aérospatial, qui regroupe l’avionique et les activités spatiales, ces dernières ont retrouvé de la vigueur, avec une nette progression des ventes et des commandes soutenues par la demande institutionnelle. Les ventes de l’ensemble du pôle ont progressé de 7,8 % en organique au troisième trimestre. Thales Alenia Space a notamment enregistré une commande d’environ 500 millions d’euros pour IRIS², la future constellation européenne de satellites destinée à assurer des communications sécurisées et souveraines, dont les premiers lancements sont prévus en 2029. Cette commande constitue une tranche d’un contrat global IRIS² dont le montant devrait dépasser 3 milliards d’euros pour Thales Alenia Space.

La dynamique est plus contrastée dans Cyber & Digital. Au troisième trimestre, la cybersécurité a confirmé son retour à la croissance (+4,3 %), mais l’identité numérique a encore reculé de 3 %. Dans cette dernière activité, le développement des solutions dématérialisées, notamment les cartes de paiement numériques et les portefeuilles électroniques, ne suffit pas à compenser la faiblesse des volumes de produits physiques. Le recul tient aussi à une base de comparaison élevée, liée à une commande exceptionnelle enregistrée en 2025 dans la connectivité mobile. Sur le trimestre, le pôle « ressort globalement à l’équilibre », note Invest Securities. Jérémie Papin n’attend sur l’année qu’une « croissance de quelques pourcents » pour l’ensemble de cette division.

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