Macro-économie / Taux
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Salaires : les gagnants et les perdants de cinq années de crises en France / Les cadres décrochent
En cinq ans, les salaires réels ont plus ou moins résisté en France. Une étude publiée par l'Insee montre que le pouvoir d'achat du salaire net n'a progressé que dans 121 des 343 professions et catégories socioprofessionnelles du secteur privé hors agriculture. Si le salaire net moyen a augmenté de 15,7 % entre 2019 et 2024, cette hausse est presque entièrement absorbée par l'inflation (+14,9 %). Au final, le gain moyen de pouvoir d'achat ne s'élève qu'à 0,8 %.
Cette moyenne masque toutefois des écarts considérables entre les métiers. La période a en effet été marquée par deux chocs successifs : la crise sanitaire, entre 2020 et 2021, puis la poussée inflationniste de 2021 à 2024. Deux épisodes qui ont redistribué les cartes selon les secteurs d'activité et les mécanismes de revalorisation salariale.
Les professionnels de santé sont les principaux bénéficiaires. Leur pouvoir d'achat progresse de 3,7 % en moyenne sur cinq ans, porté par les mesures du Ségur de la santé et les tensions de recrutement qui ont favorisé les hausses de rémunération. Les dentistes, vétérinaires et psychologues salariés enregistrent les plus fortes progressions (+5,7 %), devant les médecins et pharmaciens (+4,6 %). Chez les professions intermédiaires de santé, les sages-femmes (+15,6 %), les infirmiers (+5,9 %) ou encore les puéricultrices (+7,3 %) figurent également parmi les gagnants.
Les employés et les ouvriers ont, eux aussi, mieux traversé la période que ne le laisse penser la seule inflation. Leur pouvoir d'achat est resté quasiment stable (-0,3 %), grâce aux revalorisations automatiques du Smic, relevé à plusieurs reprises face à la hausse des prix. Les métiers comptant une forte proportion de salariés rémunérés autour du salaire minimum ont ainsi été relativement protégés, notamment dans les transports ou certains métiers peu qualifiés.
À l'inverse, les cadres et les professions intermédiaires, hors santé, sortent perdants de la séquence. Leur pouvoir d'achat recule de 2 % entre 2019 et 2024. Peu concernés par les hausses du Smic, ils ont subi de plein fouet l'inflation sans bénéficier de mécanismes de compensation comparables.
L'Insee souligne toutefois qu'une partie de cette baisse s'explique par un phénomène statistique : l'« effet de noria ». Les départs de salariés expérimentés, mieux rémunérés, remplacés par des entrants plus jeunes et moins payés, tirent mécaniquement le salaire moyen vers le bas. Ce phénomène est particulièrement marqué chez les cadres, où il représente une contribution négative de 4,4 points sur la période.
Cette lecture est confirmée lorsqu'on observe uniquement les salariés restés dans la même profession entre 2019 et 2024. Leur situation apparaît bien plus favorable : le pouvoir d'achat progresse dans quasiment tous les groupes socioprofessionnels. Chez les cadres, par exemple, il augmente de 3 % pour ceux qui sont restés dans le même métier, alors que la moyenne de l'ensemble de la profession affiche un recul de 2 %.
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