Macro-économie / Taux
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Le MES alerte sur la résilience de la zone euro / Les marges de manœuvre budgétaires s'amenuisent face aux nouveaux chocs
Une résilience sous pression. Après avoir surmonté la crise financière, la pandémie puis le choc énergétique provoqué par la guerre en Ukraine, la zone euro aborde une nouvelle phase d'incertitude. « La résilience ne peut être tenue pour acquise », avertit Rolf Strauch, chef économiste du Mécanisme européen de stabilité (MES), à l'occasion de la publication du premier Euro Area Stability Watch, un rapport annuel destiné à évaluer les risques pesant sur la stabilité économique et financière de l'union monétaire.
Le rapport identifie deux risques majeurs susceptibles de se renforcer mutuellement. Le premier est une aggravation durable des tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, qui provoquerait de nouvelles perturbations d'approvisionnement, alimenterait la hausse des prix de l'énergie et renforcerait les effets de second tour sur l'inflation. Le second est une correction brutale des actifs financiers américains, favorisée par les incertitudes entourant la politique économique des États-Unis et des valorisations boursières jugées élevées. Un tel choc provoquerait un regain d'aversion au risque et un durcissement des conditions de financement à l'échelle mondiale.
Le MES souligne que ces risques pourraient être amplifiés par les interconnexions financières. Les investisseurs européens détiennent d'importants volumes d'actifs américains, tandis que les marchés obligataires souverains de la zone euro deviennent progressivement plus dépendants d'investisseurs sensibles aux variations de prix, notamment des fonds spéculatifs. En revanche, les banques, les entreprises et les ménages apparaissent, à ce stade, relativement solides.
Le scénario adverse retenu par le rapport combine précisément ces deux chocs. Dans cette hypothèse, la zone euro frôlerait la récession : la croissance tomberait à seulement 0,1 % en moyenne en 2026-2027, tandis que l'inflation atteindrait 3,6 %. Dans l'analyse détaillée du rapport, une aggravation plus sévère des tensions pourrait même conduire à une véritable récession et porter temporairement l'inflation à près de 5 %. À plus long terme, l'incertitude persistante et le maintien de prix élevés de l'énergie pèseraient durablement sur l'investissement, la compétitivité et le potentiel de croissance, avec un produit intérieur brut qui resterait environ 2 % inférieur à son niveau de référence.
Les conséquences seraient également lourdes pour les finances publiques. Si la poussée d'inflation amortirait dans un premier temps l'impact sur les déficits, les trajectoires de dette se dégraderaient progressivement dans la quasi-totalité des États membres. À long terme, le ratio moyen de dette publique de la zone euro pourrait dépasser d'une vingtaine de points de PIB celui attendu dans le scénario central, obligeant de nombreux gouvernements à engager des ajustements budgétaires d'une ampleur rarement observée.
Le rapport souligne que les vulnérabilités souveraines ont changé de nature. Contrairement à la crise des dettes publiques du début des années 2010, elles dépendraient désormais moins de la situation budgétaire initiale des États que de leur exposition aux chocs extérieurs, qu'il s'agisse de leur dépendance énergétique, de leur ouverture commerciale ou de leurs liens financiers internationaux.
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