WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Fusions, Acquisitions / M&A / Fusions et acquisitions

Fusions, Acquisitions
M&A / Fusions et acquisitions

Le M&A franco-allemand bat tous ses records / Les acquéreurs français en première ligne

Les transactions entre la France et l’Allemagne ont atteint en 2025 leur plus haut niveau depuis près de vingt ans. Porté par le retour de dossiers mis en attente, le marché profite aussi de moteurs plus structurels, du renouvellement du Mittelstand aux grands programmes d’investissement lancés outre-Rhin.
(Photo by Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Le couple économique franco-allemand n’a jamais autant acheté. Dans un environnement pourtant marqué par une croissance atone outre Rhin et des incertitudes géopolitiques persistantes, les opérations de fusions acquisitions entre les deux pays ont atteint en 2025 un niveau inédit depuis près de vingt ans.

Selon l'étude annuelle publiée par PwC, 239 opérations transfrontalières ont été recensées entre les deux pays l'an dernier, un niveau record depuis 2008, date à partir de laquelle le cabinet suit cet indicateur. Le chiffre agrège 152 acquisitions d'entreprises allemandes par des groupes français, en hausse de 19 %, et 89 reprises de cibles françaises par des acquéreurs allemands, en progression de 24 %.

La prédominance des acquéreurs français n'est pas nouvelle. Elle reflète notamment l'attrait exercé par le Mittelstand allemand, cet écosystème de PME et d'ETI industrielles réputées pour leur capacité d'innovation, leur présence à l'export et la solidité de leur positionnement technologique. Pour de nombreux groupes français, ces entreprises constituent des portes d'entrée privilégiées sur le premier marché industriel européen.

 

Le retour des dossiers en attente

 

Ce rebond s'inscrit dans un mouvement plus large. Au total, les marchés français et allemand du M&A enregistrent un volume cumulé en hausse de 10 % par rapport à 2024, avec 4 435 opérations en France et 4 749 en Allemagne. La progression est sensiblement plus marquée côté français (+16 %), qui rattrape une partie du retard accumulé lors des années d'attentisme. L'Allemagne, pour sa part, affiche une hausse plus contenue (+5 %), dans un contexte de croissance économique attendue à +0,2 % selon Destatis.

Olivier Lorang, directeur au sein des équipes Deals de PwC France et responsable du German Business Group Transaction Services, identifie plusieurs ressorts à cette reprise. « Nous avons vu revenir sur le marché un certain nombre de transactions qui étaient restées en suspens en 2024 », observe-t-il auprès de WanSquare. La baisse des taux, une meilleure stabilité macroéconomique et des attentes de valorisation davantage alignées entre vendeurs et acquéreurs ont progressivement permis de débloquer des dossiers restés en attente.

 

Technologie, énergie et grands deals

 

Ce regain d'activité comporte toutefois une contradiction notable. Les opérations de capital-investissement ont reculé des deux côtés du Rhin : de 7 % en France (1 225 opérations) et de 13 % en Allemagne (1 043 opérations). Un paradoxe que l'étude éclaire en partie : si les volumes baissent, la valeur des transactions s'oriente à la hausse, portée par un nombre restreint de méga-deals. « Le marché est plus concentré, avec moins d'opérations mais davantage de très grandes transactions », résume Olivier Lorang. Les équipes Deals de PwC ont ainsi été impliquées en France en 2025 sur dix-huit opérations dépassant le milliard d'euros.

Sur le plan sectoriel, environ 50 % des transactions franco-allemandes se concentrent dans les nouvelles technologies et l'industrie. En valeur, trois opérations structurent le paysage : la levée de fonds de Trade Republic et le rachat des activités allemandes de HSBC Private Banking par BNP Paribas Wealth Management (600 millions d'euros) dans les services financiers ; les tours de table de Flowdesk et Nabla dans les nouvelles technologies ; et l'acquisition par TotalEnergies du groupe VSB, spécialisé dans l'éolien, pour 1,57 milliard d'euros, qui constitue le principal deal franco-allemand de l'année. « Ce sont des secteurs qui sont globalement aujourd'hui porteurs. Les nouvelles technologies, les énergies, du structurel, des tendances de fond », observe Olivier Lorang.

Au classement des pays investissant le plus en Allemagne, la France gagne une place et se hisse en troisième position, avec 152 opérations, devançant désormais la Suisse. Elle reste néanmoins loin derrière les États-Unis (673 opérations) et le Royaume-Uni (562 opérations), qui conservent leurs deux premières places de manière constante. Le mouvement est symétrique côté français : l'Allemagne remonte également à la troisième place du classement des pays investissant le plus en France, avec 89 transactions, dépassant le Luxembourg.

 

Le Mittelstand en ligne de mire

 

Au-delà du constat sur 2025, PwC identifie plusieurs moteurs susceptibles de soutenir durablement les transactions franco-allemandes. Le premier concerne les carve-outs industriels. Dans un contexte où de nombreux groupes réévaluent leur portefeuille d’activités, les cessions d’actifs non stratégiques devraient alimenter le marché. « Nous observons un nombre croissant d'entreprises qui s'interrogent sur la composition de leur portefeuille et envisagent des carve-outs pour recentrer leurs activités », souligne Olivier Lorang.

Le second moteur est démographique. Selon les données reprises dans l’étude, environ 560 000 PME allemandes devraient changer de génération ou de propriétaire au cours des dix prochaines années. Un vivier considérable de cibles potentielles pour les industriels et les investisseurs étrangers.

S’y ajoute la transformation industrielle engagée outre-Rhin. La modernisation des infrastructures, l’électrification de l’économie et la décarbonation de l’appareil productif continuent d’alimenter les besoins d’investissement dans de nombreux secteurs.

Ces dynamiques pourraient désormais bénéficier d’un environnement plus favorable. Le vaste fonds de 500 milliards d’euros consacré aux infrastructures et à la défense, le retour de l’amortissement accéléré sur les investissements productifs entre 2025 et 2027 ainsi que le projet de baisse progressive de l’impôt sur les sociétés à partir de 2028 témoignent de la volonté du nouveau gouvernement allemand de relancer l’investissement.

Alors même que son économie peine encore à retrouver un véritable rythme de croissance, l’Allemagne dispose désormais de plusieurs moteurs susceptibles de soutenir durablement l’activité transactionnelle : renouvellement générationnel du Mittelstand, réorganisation des portefeuilles industriels, transition énergétique et réarmement des infrastructures. Autant de facteurs qui alimentent déjà les anticipations des investisseurs sur le prochain cycle du M&A allemand.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article