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Fusions, Acquisitions / M&A / Centerview / bank of america

Fusions, Acquisitions
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Le M&A français aborde la trêve estivale sans lever le pied / Les corporates entretiennent l’élan

L’été n’a pas encore mis le M&A français en pause. À la jonction des deux semestres, Schneider Electric et Thales ont prolongé un début d’année porté par quelques méga-deals et par le retour en force des corporates. Le marché entre toutefois dans une nouvelle séquence, plus sélective, où les fonds restent freinés par les valorisations et où le risque politique pourrait peser différemment selon l’exposition des dossiers à la France.
(Photo by Lost Horizon Images / Connect Images / Connect Images via AFP)
(Photo by Lost Horizon Images / Connect Images / Connect Images via AFP)

Les banquiers d'affaires n'ont pas encore posé le stylo avant l'été. Fin juin, Schneider Electric dévoilait l'acquisition de Cognite, pépite de l'IA industrielle, pour 3,1 milliards de dollars, une opération sur laquelle le groupe était conseillé par Centerview. Une semaine plus tard, Thales annonçait le rachat du bloc de 35,51 % détenu par la famille Gorgé dans Exail Technologies, prélude à une offre publique sur la totalité du spécialiste des drones et de la robotique autonome. Un deal qui illustre le dynamisme du M&A français à la jonction des deux semestres, et sur lequel on retrouvait à la fois Centerview, conseil financier de Thales, épaulé sur le plan juridique par Cleary Gottlieb, avec Pierre-Yves Chabert, et Bank of America, conseil d'Exail, la société et la famille Gorgé étant accompagnées par Jones Day, avec Florent Bouyer, sur les aspects juridiques.

 

Un marché tiré par les méga-deals

 

Ces annonces prolongent un premier semestre en forte accélération. Selon LSEG, les opérations annoncées impliquant un acteur français ont atteint 106,6 milliards de dollars à fin juin, en hausse de 57 % sur un an, alors même que le nombre de transactions reculait d’un quart. L’équation résume à elle seule la physionomie du marché : moins de deals, mais beaucoup plus gros. Le rebond est porté par quelques très grandes opérations stratégiques, au premier rang desquelles la reprise de SFR par Orange, Bouygues Telecom et Iliad pour 20,35 milliards d’euros, ou l’acquisition de UK Power Networks par Engie. « Le début d’année a été marqué par des transactions stratégiques de taille très significative », observe David Ecot, responsable du M&A France de Bank of America. A ce rythme, poursuit-il, « l’année 2026 pourrait voir des volumes totaux se rapprochant du pic de 2021 ».

Chez Centerview, Yann Krychowski partage ce constat d’un marché redevenu porteur. « Les chiffres indiquent que nous sommes sur un excellent millésime », souligne-t-il. Mais la lecture reste à manier avec prudence : « quelques très grands deals peuvent aussi masquer un marché plus contrasté ».

 

Les corporates imposent leur tempo

 

Ce sont bien les corporates qui mènent la danse. Les opérations adossées au private equity sur des cibles françaises ont fondu de près de moitié, à 6,9 milliards de dollars, soit 13 % du total contre 43 % un an plus tôt, toujours selon LSEG. Le renversement est spectaculaire : en un an, les fonds sont passés du statut de premier moteur du marché à celui de force d’appoint, laissant aux groupes industriels le soin d’animer la cote.

Pour ces derniers, l’acquisition redevient un outil central. « La logique de ces opérations est assez constante : diversifier les risques et sécuriser la croissance, en l’appuyant sur plusieurs géographies, plusieurs métiers ou plusieurs technologies », décrypte Jérôme Morisseau, co-responsable de la banque d’investissement de Bank of America en France. Cette logique vaut d’autant plus que le creusement de l’écart de taille et de croissance avec les Etats-Unis interdit, selon lui, l’attentisme : « Pour un dirigeant d’une grande entreprise européenne ou française, la question de la stratégie américaine est devenue absolument centrale. » Chez Centerview, Yann Krychowski fait le même constat, en y ajoutant l’effet d’entraînement d’une Amérique où « l’administration Trump a allégé certaines contraintes antitrust et donné une impulsion très pro-business ».

L’agilité aurait même changé de camp. Longtemps apanage des fonds, elle se trouve aujourd’hui plutôt du côté des corporates capables de saisir une fenêtre en quelques semaines, comme Thales sur Exail. Les sponsors, eux, avancent avec davantage de précautions. « Les comités d’investissement posent aujourd’hui beaucoup plus de questions, demandent davantage de diligences et poussent leurs équipes à regarder plus de sujets, notamment l’impact de l’intelligence artificielle », constate Stéphane Courbon, chairman des activités de banque de financement et d’investissement de Bank of America en France.

 

Les fonds butent encore sur les multiples de 2021

 

Cette prudence tient aussi à une équation de prix toujours difficile à résoudre. Les millésimes 2020 et 2021 ont laissé dans les portefeuilles des actifs acquis sur des multiples que le marché actuel ne valide plus. Résultat : tant que l’écart ne se referme pas, nombre de cessions restent bloquées. « Il reste un écart important entre les valeurs retenues par les vendeurs dans leurs livres et les prix que les acheteurs sont prêts à payer aujourd’hui », explique Nicolas Constant, chez Centerview. L’ajustement pourrait toutefois se rapprocher : « A un moment, les vendeurs devront accepter que le marché a changé. Ce moment ne devrait plus tarder. »

D’ici là, les process ont déjà changé de nature. Ils sont plus sélectifs, plus préparés, et moins favorables aux enchères larges qu’au pic du marché. « On n’est plus dans des process où l’on envoie cinquante informations mémos en attendant que les acheteurs se battent les uns contre les autres », résume Nicolas Constant.

 

L’échéance présidentielle en ligne de mire

 

Reste l’inconnue du second semestre, alors que l’échéance présidentielle se rapproche. Pour Yann Krychowski, les grands groupes internationaux, dont l’activité et la valorisation dépendent peu du seul marché hexagonal, se sont largement immunisés contre le risque français. Le sujet pourrait en revanche peser davantage sur les dossiers midcaps ou très exposés à l’économie domestique. « La dichotomie habituelle entre private equity et corporates n’est probablement plus la meilleure grille de lecture », résume-t-il, préférant opposer exposition française et exposition internationale.

L’incertitude politique ne joue d’ailleurs pas seulement comme un frein. Elle peut aussi accélérer certains calendriers. « Certaines opérations se font aussi pour éviter de se retrouver en suspens en 2027 », observe Jérôme Morisseau. De quoi relativiser le risque d’un coup d’arrêt général. « Je ne crois pas à un arrêt brutal du marché du M&A », tranche Pierre Pasqual, chez Centerview.

Dans ce marché resserré autour de quelques grands dossiers, les classements donnent aussi une lecture de la recomposition entre conseils. Bank of America ressort en tête du classement Dealogic des opérations finalisées en France au premier semestre, un type de palmarès moins scruté que celui des deals annoncés, mais qui traduit une montée en puissance que la banque fait remonter à 2024. Elle est portée par une équipe dont les figures de proue cumulent plusieurs décennies de métier : Stéphane Courbon est entré dans la banque en 2000, Jérôme Morisseau l'a rejointe en 2015, après Morgan Stanley et Citi, tandis qu'Emmanuel Regniez, co-responsable de la banque d'investissement en France, est arrivé de Citi en 2021, fort de plus de vingt-cinq ans de banque d'affaires. Une stabilité qui fait la différence au moment où d'autres équipes de la place traversent des phases de transition, entre départs et remplacements. « C'est le reflet des investissements réalisés, de la qualité du conseil et du dialogue noué avec les clients », avance Emmanuel Regniez.

Plus récente dans l’Hexagone, la trajectoire de Centerview obéit elle aussi à une logique d’ancrage progressif. Ouvert en 2020 par Matthieu Pigasse, arrivé de Lazard avec Nicolas Constant et Pierre Pasqual, le bureau parisien s’est renforcé en 2022 avec le recrutement de Yann Krychowski, transfuge de Barclays. Six ans après ses débuts, l’équipe poursuit son installation dans le haut du marché français et consolide ses positions auprès des grands groupes. « Cette année est de loin notre meilleure année », glisse Pierre Pasqual. « Elle montre que nous continuons à gagner des parts de marché. »

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