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Bank of America, la double peine / Sanctionnée par ses régulateurs, la banque cale sur les marchés de taux

Une sanction réglementaire de 1,2 milliard de dollars et un recul de 17 % du trading obligataire ont éclipsé la bonne tenue des activités bancaires traditionnelles de Bank of America au troisième trimestre. Le titre a perdu près de 5 % à Wall Street.
Brian Moynihan, le président-directeur général (CEO) de Bank of America. (Photo by TASOS KATOPODIS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)
Brian Moynihan, le président-directeur général (CEO) de Bank of America. (Photo by TASOS KATOPODIS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

Bank of America a payé ce trimestre deux factures à la fois, celle de ses régulateurs et celle de sa spécialisation obligataire, et la Bourse ne lui a fait aucun crédit. A Wall Street, son action a chuté mercredi de 4,76 %, à 51,39 dollars, après avoir perdu jusqu'à près de 9 % en séance. Le bénéfice net du troisième trimestre a reculé de 17 % à 6,9 milliards de dollars et le bénéfice par action est tombé à 0,91 dollar, contre 1,04 dollar un an plus tôt. En cause, une charge de 1,2 milliard de dollars, non déductible fiscalement. Sans elle, le résultat aurait atteint 8,1 milliards de dollars et le bénéfice par action 1,08 dollar, en légère hausse sur un an.


Le prix de la conformité


Cette charge correspond aux sanctions financières prononcées le 13 octobre contre Bank of America par deux régulateurs américains : l’OCC, chargé de la supervision des banques nationales, et le FinCEN, la cellule antiblanchiment du Trésor. Ces sanctions concernent des défaillances dans la surveillance des transactions et le signalement d’opérations suspectes. Déjà pointées par le régulateur en décembre 2024, elles n’avaient toujours pas été suffisamment corrigées, selon les autorités américaines, qui ont dévoilé mardi l’ampleur des manquements. « Nous comprenons ce qu’ils attendent de nous. Nous sommes en plein processus de remédiation », a assuré Brian Moynihan, président-directeur général de Bank of America, lors de la présentation des résultats aux analystes. Plus de deux cents millions de dollars ont été consacrés à ces travaux sur le seul trimestre.

Combien coûtera encore la mise en conformité ? Brian Moynihan affirmait déjà en janvier 2025 que ces dépenses étaient intégrées aux charges courantes, a rappelé Vivek Juneja, analyste chez JPMorgan, lors de cette même présentation. « Ces coûts sont intégrés à nos dépenses courantes », a réaffirmé le dirigeant, en expliquant que la banque réaffectait à ces travaux des collaborateurs jusque-là employés dans d'autres divisions, grâce aux gains de productivité réalisés dans ces dernières. Les charges ajustées sont restées proches de 18,5 Md$ au cours des trois derniers trimestres. Les sanctions ne devraient pas non plus entraver le développement de la banque. « Nous ne sommes soumis à aucun plafond limitant la taille de notre bilan », a précisé le directeur financier Alastair Borthwick. Contrairement à Wells Fargo, dont la Réserve fédérale avait limité la croissance du bilan pendant sept ans, de 2018 à 2025, à la suite du scandale des faux comptes bancaires, Bank of America peut continuer à développer son activité de crédit.


Le talon d’Achille obligataire


Sur les marchés, Bank of America a également souffert de sa spécialisation. La hausse de 85 points de base des taux d’intérêt au cours du trimestre a pénalisé le trading de crédit, de titres hypothécaires et d’obligations municipales, trois activités dans lesquelles elle est particulièrement présente. Les revenus du trading de taux, devises et matières premières (FICC) ont reculé de 17 %, à 2,5 milliards de dollars. « Quand les taux montent de 85 points de base en un trimestre, ce n'est généralement pas bon pour ces activités. Les clients ont tendance à réduire leurs opérations », a expliqué Alastair Borthwick. Le trading d’actions a pourtant signé un troisième trimestre record, en hausse de 10 %, à 2,5 milliards de dollars. Mais les revenus de l’ensemble des activités de marché ont diminué de 5 %, à 5,1 milliards de dollars, tandis que les commissions de banque d’investissement ont baissé de 11 %, à 1,8 milliard de dollars.

Faut-il renforcer les activités de taux, de change et de matières premières pour réduire cette dépendance, comme l’a suggéré Glenn Schorr, analyste chez Evercore ? « Nous pensons pouvoir développer davantage nos activités auprès des clients dans ces domaines, partout dans le monde », a répondu Alastair Borthwick, en rappelant les investissements déjà engagés dans les effectifs et la technologie.


La marge d'intérêts à la rescousse


La banque peut toutefois compter sur la croissance de ses revenus nets d’intérêts, qui ont progressé de 8 %, à 16,6 milliards de dollars, tandis que le rendement net d'intérêts a gagné 15 points de base sur un an, à 2,16 %, se rapprochant de l'objectif de 2,3 %. Cette progression s'explique notamment par la croissance des crédits et le renouvellement d'actifs à taux fixe à des conditions plus rémunératrices. Les encours de prêts ont augmenté de 34 milliards de dollars en un trimestre, à 1 250 milliards de dollars, une hausse financée notamment par la réduction du portefeuille de titres. La banque prévoit toujours une hausse d’environ 8 % de ses revenus nets d'intérêts en 2026 et vise une progression d'au moins 8 % en 2027, au-delà de la fourchette de 5 à 7 % annoncée lors de sa journée investisseurs. Cette dernière prévision suppose trois hausses de taux de 25 points de base, en décembre, en mars et en juin. 

Une autre question reste en suspens : celle de la succession de Brian Moynihan. Interrogé par Mike Mayo, analyste chez Wells Fargo, alors qu’il entame sa dix-septième année à la tête de la banque, le dirigeant n’a rien laissé filtrer. « C’est la décision du conseil d’administration », a-t-il répondu, avant d’assurer avec humour à son interlocuteur qu’il serait « le premier informé ».

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