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Dassault Systèmes défend sa vision de l’IA industrielle / Le groupe assume une transformation encore incomplète

Entre ralentissement visible de la croissance et promesse encore largement prospective autour des “3D Universes”, Dassault Systèmes devait rassurer. Lors de l’assemblée générale du 20 mai, Pascal Daloz a cherché à repositionner le groupe comme un acteur clé de l’IA industrielle, loin des modèles génératifs grand public.
Pascal Daloz (au centre) lors de l'assemblée générale de Dassault Systèmes, le 20 mai 2026.
Pascal Daloz (au centre) lors de l'assemblée générale de Dassault Systèmes, le 20 mai 2026.

Le mercredi 20 mai 2026, au siège de Dassault Systèmes à Vélizy-Villacoublay, Pascal Daloz avait rendez-vous avec ses actionnaires. Pas exactement une formalité. Depuis plusieurs trimestres, le groupe de logiciels industriels voit le marché douter à la fois du rythme réel de sa croissance et de sa capacité à transformer en revenus tangibles sa promesse autour de l’intelligence artificielle et des “3D Universes”.

Le traumatisme du décrochage boursier de plus de 20 % du 11 février, après des résultats annuels 2025 décevants à tous les étages, reste présent. Même si la publication du premier trimestre 2026, fin avril, a marqué une rupture symbolique en évitant cette fois une nouvelle sanction violente du marché, la sous-performance demeure lourde : environ 40 % de baisse sur un an et près de 50 % sur trois ans.

 

Le temps de la bascule vers l’abonnement

 

Face à ces interrogations, Pascal Daloz a choisi une ligne de défense consistant à replacer le ralentissement actuel dans une phase de mutation volontaire du modèle économique et technologique. “Oui, nos performances ont été contrastées en 2025, et c'est normal dans une phase de transformation profonde comme celle que nous conduisons aujourd'hui”, a-t-il plaidé devant les actionnaires. Le directeur général, devenu également président du conseil depuis février, a insisté sur une idée centrale : le groupe accepte aujourd’hui une forme de transition financière afin de préparer une nouvelle phase d’expansion fondée sur les revenus récurrents, le cloud et l’IA industrielle.

Le cœur du raisonnement consiste à expliquer que la bascule vers le SaaS et les abonnements masque temporairement une partie de la dynamique sous-jacente. “Au lieu de reconnaître un contrat en une fois, nous étalons désormais cette valeur sur plusieurs années”, a rappelé Pascal Daloz, comparant cette évolution “au passage de la vente d'un film à un abonnement à une plateforme de diffusion”.

Le dirigeant a d’ailleurs beaucoup insisté sur les indicateurs destinés à étayer cette analyse. “Aujourd'hui, 82% du chiffre d'affaires est récurrent”, a-t-il souligné, tandis que les revenus liés aux abonnements dépassent désormais 50 % du total. Or « à partir de ce seuil, chaque année qui passe, mécaniquement, la croissance s'accélère. » Ce mouvement, ajoute-t-il, « n'est pas encore totalement visible dans nos chiffres » et « n'est pas encore pleinement intégré par les marchés ».

 

Une IA soumise aux lois du réel

 

Le véritable enjeu de cette assemblée générale se jouait toutefois sur l’IA. Pascal Daloz a cherché à déplacer le débat loin des modèles génératifs grand public pour ramener les investisseurs sur le terrain des usages industriels critiques. “L'avion, il doit voler. La batterie, elle ne doit pas s'enflammer. Elle ne doit pas exploser. Le médicament, il doit soigner avec certitude.”

Toute sa démonstration a consisté à opposer les grands modèles de langage généralistes à une IA conçue pour l’industrie. Les premiers peuvent produire du texte, synthétiser des informations ou générer des formes plausibles. Mais, dans les métiers visés par Dassault Systèmes, une réponse approximative n’a pas de valeur opérationnelle si elle ne respecte pas les lois de la physique, les contraintes de fabrication ou les exigences de certification. “Dans notre monde, 60%, 70% ou même 80% du résultat, c'est pas suffisant. Il faut 100%.”

C’est dans ce cadre que Pascal Daloz a replacé la notion de “3D Universes”, encore jugée abstraite par une partie du marché. Il les a définis comme “une nouvelle génération de jumeaux virtuels”, capables non seulement de reproduire un objet ou une usine, mais aussi de capturer les savoir-faire accumulés dans les organisations industrielles. “Quand un expert quitte une entreprise, il emporte souvent avec lui des décennies de gestes, d'intuitions, de savoirs tacites”, a-t-il expliqué. “Avec les univers 3D, ce savoir devient capturable, structuré, transmissible et réutilisable.”

 

Nvidia, vitrines et usines d’IA

 

Pour rendre cette vision plus concrète, le dirigeant a multiplié les cas d’usage : simulation chirurgicale immersive, optimisation des protéines alimentaires avec Groupe Bel, jumeaux virtuels pour les centrales nucléaires, ou encore conception d’usines d’IA avec NVIDIA. Le partenariat avec le groupe américain a d’ailleurs occupé une place importante dans la présentation. Pascal Daloz a insisté sur le caractère stratégique de cette alliance, en expliquant qu’il ne s’agissait pas seulement d’utiliser la puissance de calcul de Nvidia, mais de “développer des modèles fondationnels pour l'IA et l'industrie ensemble”.

Présentée comme « une centrale nucléaire où la performance ne se mesure pas en mégawatts, mais en jetons par seconde », l’usine d’IA sert aussi de démonstration au raisonnement de Dassault Systèmes : ces infrastructures, parmi les plus complexes au monde, doivent elles aussi être virtualisées afin d’être simulées, testées et optimisées avant même le branchement du premier serveur.

Pour Dassault Systèmes, l’essor de l’IA ne crée donc pas seulement de nouveaux usages logiciels, mais aussi une nouvelle génération d’infrastructures industrielles complexes. “Notre conviction, elle est claire, Dassault Systèmes fait partie des entreprises qui construisent cette nouvelle génération d'IA industriels.”

 

Le marché attend encore les preuves

 

Pour étayer cette ambition, Pascal Daloz a mis en avant plusieurs premiers signes de déploiement commercial. Le dirigeant a évoqué des gains stratégiques face à la concurrence dans plusieurs industries, ainsi que le déploiement effectif de la génération 7 chez certains grands clients sur la plateforme 3D Experience. Il a également décrit une évolution plus profonde du modèle de facturation. La valeur ne se mesurerait plus uniquement en licences ou en nombre d’utilisateurs, mais en « unités de savoir, des unités de travail et des unités de traitement de l'intelligence ». “On construit déjà cette nouvelle économie avec les clients les plus avancés”, a-t-il précisé, renvoyant sur ce point à un Capital Markets Day prévu le 17 novembre 2026, où le groupe promet de détailler “l'impact du 3D Universe sur la croissance à moyen et long terme”.

Car cette stratégie repose encore largement sur une promesse de moyen terme. Plusieurs fois durant l’assemblée, Pascal Daloz a évoqué 2027 comme horizon de matérialisation plus visible de certains effets économiques, notamment chez Medidata, la filiale spécialisée dans les logiciels pour les essais cliniques et les sciences de la vie. Et malgré l’abondance des démonstrations technologiques, la question du rythme de monétisation demeure entière.

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