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Dassault Systèmes face à un doute structurel / L’IA industrielle au défi de la création de valeur
Moins 20,8 %. La plus forte chute en une séance de l'histoire boursière de Dassault Systèmes. Le krach de mercredi prolonge une série noire qui se poursuit à chacune des dernières publications : moins 13 % fin octobre lors de la publication du troisième trimestre, moins 8 % en juillet au moment des semestriels. Mais le problème remonte plus loin : le 1er février 2024, l’annonce des résultats 2023 s’était déjà soldée par une baisse de 10 %. Entretemps, la capitalisation du plus grand éditeur de logiciels français a fondu des deux tiers, ramenée aujourd’hui autour de 24,4 milliards d'euros.
La débâcle de cette semaine s’explique par des chiffres qui ont déçu à tous les étages. Au quatrième trimestre 2025, le chiffre d’affaires logiciel est resté stable à taux de change constants, alors que la direction visait encore une progression comprise entre 1 % et 8 %. « Même avec des attentes faibles, Dassault parvient encore à décevoir », tranche le cabinet de recherche indépendant AlphaValue. « Le quatrième trimestre aura été difficile », constate également Oddo BHF, relevant un contexte marqué par « un découpage des gros deals », en particulier dans l’automobile, et par « un environnement globalement difficile en Europe ».
Des moteurs en panne
À cette faiblesse conjoncturelle s’ajoutent des fragilités plus sectorielles. Dans les sciences de la vie, l’activité Medidata, la plateforme dédiée aux essais cliniques et acquise en 2019 pour se diversifier au-delà de l’industrie, reste lourdement pénalisée par la baisse des volumes d’études et par le repli du contrat avec Moderna. En parallèle, Centric PLM, la filiale spécialisée dans les logiciels de gestion du cycle de vie des produits pour les secteurs de la mode, du retail et des biens de consommation, a vu son activité chuter d’environ 30 %, accentuant encore le tableau d’ensemble.
Et ce ne sont pas les perspectives pour 2026 qui viennent apaiser les tensions. La prévision d’une croissance comprise entre 3 % et 5 % à taux de change constants a été unanimement jugée décevante, nettement en deçà des 5,8 % anticipés par le consensus. Cette prudence, justifiée par la faiblesse persistante de l’automobile en Europe, une activité toujours négative à stable dans les sciences de la vie et un environnement globalement peu porteur sur l’ensemble des segments, soulève une interrogation plus profonde : celle de savoir s’il s’agit d’une prudence conjoncturelle, destinée à limiter les risques à court terme, ou du symptôme d’une inflexion plus profonde du modèle et de la trajectoire de croissance du groupe.
Une prudence difficile à dissiper
En toile de fond, la crainte d’une disruption par l’IA, paradoxe pour un groupe qui se présente comme pionnier des jumeaux numériques. Pour expliquer des perspectives jugées modestes, la direction met en avant l’accélération de la migration vers la souscription, présentée comme une étape clé de la transformation du modèle. Cette bascule s’accompagne d’une refonte de la stratégie de mise sur le marché et des modalités de commercialisation des solutions intégrant l’IA, avec l’ambition de capter une part plus importante de la valeur créée que dans le modèle historique de licences par poste. Mais cette transition, encore difficile à lire dans les chiffres, pèse à court terme sur la visibilité et alimente le doute sur le rythme et l’ampleur des relais de croissance à venir.
Le management justifie d'ailleurs la prudence de ses objectifs pour 2026 par l’exécution du partenariat récemment annoncé avec NVIDIA, la phase d’industrialisation de l’IA pesant sur la croissance à court terme.
Le pari NVIDIA
Annoncé début février, ce partenariat avec NVIDIA vise à développer des « World Models » industriels à grande échelle, combinant la puissance de calcul du géant américain et la précision scientifique des jumeaux virtuels de Dassault. « Toutefois, ce virage technologique soulève des questions quant à la rentabilité à court terme », avertit AlphaValue. En dépit de la multiplication des discours autour de l’IA, le cabinet souligne que les « modèles de monétisation restent flous » et que les indicateurs financiers demeurent « opaques » chez la plupart des éditeurs de logiciels. À ce stade, poursuit le cabinet, Dassault Systèmes n’a pas encore démontré de « création de valeur tangible » et la « logique économique pour les clients reste à prouver », nourrissant la crainte d’une trajectoire d’innovation coûteuse dont l’impact financier reste à matérialiser.
Dans ce contexte, le Capital Markets Day de novembre sera particulièrement scruté pour la lisibilité qu’il apportera à la trajectoire économique de la transformation engagée, là où le groupe promet d’y « orchestrer la prochaine Révolution industrielle au service d’une croissance pérenne ».
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