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Un jeudi noir pour Dassault Systèmes / Le titre s’écroule après l’abaissement des perspectives de croissance 2025

Malgré un trimestre globalement solide, Dassault Systèmes attise les doutes du marché en abaissant ses prévisions de croissance pour 2025. Sa filiale américaine Medidata, dédiée aux essais cliniques, et Centric, spécialiste du PLM pour la mode et la distribution, pèsent sur la visibilité du groupe, dont l’action chutait de plus de 16 % jeudi.
Pascal Daloz, le directeur général de Dassault Systèmes
Pascal Daloz, le directeur général de Dassault Systèmes

"Bon troisième trimestre avec une solide performance opérationnelle", titrait jeudi matin Dassault Systèmes à propos de ses résultats publiés avant l’ouverture. Le groupe prévenait toutefois d’un "ajustement de la croissance du chiffre d’affaires" pour l’exercice 2025 – un ajustement dont l’ampleur a fait vaciller la confiance. L’action s’effondrait de 16,4 % à 25,17 euros jeudi après-midi, sans doute la plus forte baisse journalière jamais enregistrée pour l’éditeur de logiciels de conception et de simulation.

Le marché sanctionne violemment ce rabotage des prévisions de croissance, désormais attendue entre + 4 % et + 6 % à taux de change constants, contre + 6 % à + 8 % auparavant. Une révision "plus profonde qu’attendu", note UBS, qui y voit le reflet de faiblesses structurelles persistantes dans plusieurs segments clefs.

 

Centric et Medidata, deux moteurs à l’arrêt

 

Le chiffre d’affaires du troisième trimestre s’est établi à 1,46 milliard d’euros, en hausse de 5 % à changes constants, mais à l’extrémité basse de la fourchette visée. Si le groupe met en avant la solidité de ses activités récurrentes – en progression de 9 % sur la période – la contre-performance des ventes de licences (–13 %) pèse lourdement. Parmi les activités concernées, Centric PLM, éditeur de la plateforme de gestion du cycle de vie des produits Centric Software, fait partie du groupe Dassault Systèmes depuis 2018. Le groupe avait alors pris une participation majoritaire dans cette entreprise américaine de la Silicon Valley, avant d’en finaliser l’acquisition complète en 2021. Centric Software continue depuis à fonctionner de manière indépendante, tout en intégrant progressivement ses solutions PLM à la plateforme 3DEXPERIENCE. Destiné aux marques de mode, de distribution et de biens de consommation, ce pôle, longtemps perçu comme un relais de diversification hors des industries lourdes, traverse aujourd’hui une phase de transition vers le modèle d’abonnement (SaaS) qui lisse les revenus dans le temps et rend la croissance moins lisible à court terme.

Autre source de fragilité : la division Sciences de la vie, qui regroupe les solutions de recherche clinique et de data management développées par Medidata, acquise en 2019 pour près de 5 milliards d’euros. Ce pôle stratégique, censé ouvrir à Dassault Systèmes les portes de la santé numérique, voit son chiffre d’affaires reculer de 3 % sur un an, pénalisé par la baisse des démarrages d’études cliniques. "Nous faisons face à une croissance plus faible qu’anticipé dans les Sciences de la vie, mais également de Centric PLM où nous accélérons l’adoption du SaaS sous l’impulsion d’une nouvelle équipe dirigeante ", a reconnu le directeur financier Rouven Bergmann. Cela n’empêche pas le groupe de poursuivre le développement de cette activité, comme en témoigne le renforcement annoncé de son partenariat avec Sanofi, destiné à accélérer l’usage de l’intelligence artificielle dans les essais cliniques.

 

Un cœur industriel solide

 

En miroir, les métiers historiques du groupe continuent d’afficher une bonne tenue. Le segment Innovation industrielle (CATIA, ENOVIA, DELMIA) progresse de 9 % au troisième trimestre ; SolidWorks, destiné aux PME, gagne 4 %, et la plateforme 3DEXPERIENCE enregistre une hausse de 16 %. Les activités cloud représentent désormais 26 % du chiffre d’affaires logiciel, contre 25 % un an plus tôt, portées par la forte dynamique du 3DEXPERIENCE Cloud (+ 36 % à changes constants). "Nos fondamentaux sont robustes, avec une remarquable performance du secteur Transport et Mobilité", a souligné Pascal Daloz, directeur général, pour qui le groupe reste "au cœur de la révolution de l’intelligence artificielle industrielle".

La direction reconnaît néanmoins que la transformation de son modèle, notamment via Centric PLM, pèse temporairement sur la trajectoire commerciale. L’adoption accélérée du SaaS, impulsée par une nouvelle équipe dirigeante, est jugée indispensable pour sécuriser la récurrence des revenus. Mais ce modèle d’abonnement, qui remplace la vente de licences payées d’avance, étale la facturation dans le temps et pèse mécaniquement sur la croissance à court terme. Oddo BHF estime que cette publication "ne rassurera pas le marché" et "écarte désormais le scénario d’un fort rebond en fin d’année".

 

Une rentabilité préservée

 

En attendant une reprise plus franche de l’activité, Dassault Systèmes s’appuie sur sa rigueur financière pour amortir le choc. La marge d’exploitation atteint 30,1 % au troisième trimestre, en hausse de 0,5 point sur un an, et devrait s’établir entre 32 % et 32,4 % sur l’exercice. Le groupe bénéficie des effets positifs de ses programmes de productivité et d’une base de revenus récurrents représentant 84 % du chiffre d’affaires logiciel. "Le management parvient à limiter l’impact de la contre-performance commerciale grâce à la récurrence des revenus et à l’optimisation des coûts", relève Invest Securities, qui note toutefois "une visibilité nulle sur le quatrième trimestre". La génération de trésorerie recule, mais la position nette reste solide à 1,32 milliard d’euros fin septembre.

 

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