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Macro-économie / Taux / Argentine / Javier Milei / Coface

Macro-économie / Taux
Argentine / Javier Milei / Coface

Le temps presse pour Javier Milei / Le président argentin doit enregistrer des succès avant la présidentielle

Octobre 2027. Un horizon à la fois proche et lointain, pour Javier Milei. Il faudra engranger de nouveaux succès pour parvenir à rempiler pour un nouveau mandat. Bruno de Moura Fernandes, responsable de la recherche macroéconomique chez Coface, confie à WanSquare que le sort de l’élection présidentielle ne dépendra pas seulement des candidats qui lui seront opposés mais également de sa capacité à améliorer la santé de l’économie argentine. Loin d’être une mince affaire alors que la croissance de 3,2 % attendue pour cette année cache des disparités fortes entre les différents secteurs.
Javier Milei, président de l'Argentine - Photo par LUIS ROBAYO / AFP
Javier Milei, président de l'Argentine - Photo par LUIS ROBAYO / AFP

« Neuf mois ininterrompus de réformes structurelles qui vont redessiner l’architecture institutionnelle de la Nouvelle Argentine ». Les promesses du président argentin au début de mois de mars étaient à la hauteur du défi argentin. Un pays dont Bruno de Moura Fernandes, responsable de la recherche macroéconomique chez Coface, rappelle à WanSquare qu’il demeure « tout particulièrement exposé à la volatilité des marchés, laquelle ne manque pas de réagir à la moindre nouvelle sur l’économie ou encore la popularité du président ».

L’économiste dresse le constat d’un pays engagé dans une course contre la montre pour stabiliser son économie. On comprend rapidement toute la difficulté de l’équation qu’il faut résoudre ; d’un côté, la situation est dégradée avec une inflation annualisée proche des 30 % et de l’autre la confiance du reste du monde ne se regagne que peu à peu.

Pourtant, malgré cette situation quelque peu inextricable, le président argentin garde la confiance d’une partie de ses concitoyens. L’économiste nous confie qu’à l’exception de Macri, sur les 5 derniers mandats, aucun président n’avait eu une telle cote de popularité dans l’opinion après deux ans au pouvoir. L’amélioration des fondamentaux de l’économie argentine semble réelle avec une amélioration récente de sa notation souveraine par Fitch Ratings qui en témoigne. Un des enjeux des prochains mois sera de convaincre les investisseurs, lesquels « restent prudents pour l’heure, l’Argentine espère néanmoins pouvoir à nouveau émettre sur les marchés internationaux et ne plus se contenter des investisseurs domestiques. Le spectre d’une possible émission ratée et de son coût élevé est cependant bien présent. Buenos Aires dispose pour éviter cela d’un atout par rapport à d’autres pays, à savoir que le pays est peu impacté par la hausse récente des prix de l’énergie ».

 

Hétérogène

 

Le scepticisme d’une partie des investisseurs tient sans doute à la nature des réformes engagées, celles-ci mettant nécessairement du temps à produire leurs effets. Bruno de Moura Fernandes explique que celle portant sur le marché du travail « vise à autoriser plus de flexibilité, l’économie était très rigide par le passé. L’objectif d’une telle mesure est à terme recevoir plus d’investissements ». Rentré récemment d’un voyage dans le pays sud-américain, il confie à WanSquare que l’activité économique y est à deux vitesses. D’un côté le secteur primaire - agroalimentaire, minier et énergétique - est au beau fixe et de l’autre l’industrie, ou encore la construction, sont en nette difficulté. Une conséquence directe d’un souhait du président argentin qui est de ne pas protéger des pans de l’économie et « au contraire, de diminuer autant que possible le protectionnisme pour parvenir à faire baisser les prix le plus possible ».

Il faut dire que depuis les succès électoraux de l’automne passé, on note une vraie inflexion dans la politique économique argentine. L’économiste constatant que « l’inflation est désormais stable tout en demeurant élevée - 3 % par mois -, une conséquence directe de l’arrêt des réserves de dollars pour apprécier le change et limiter le phénomène inflationniste ». La construction des réserves demeure vitale sur le long terme pour la crédibilité de l’économie argentine, celles-ci sont passées de quelque 40 milliards de dollars il y a un an à 45 milliards de dollars désormais. Un pactole qui ne change pas totalement le quotidien de nombreux Argentins, Bruno de Moura Fernandes demeurant frappé de voir « le grand nombre d’actifs obligés de cumuler un deuxième emploi pour boucler les fins de mois. Aujourd’hui on compte 600 000 chauffeurs de VTC en Argentine contre uniquement 77 000 en France, plus de la moitié d’entre eux exerce en complément d’une autre activité ». Derrière ce phénomène se trouvent également les effets d’une hausse des salaires - 27 % sur un an - demeurant nettement inférieur à celle de l’inflation - 32 %.

 

Convaincre

 

L’objectif des prochains mois ne sera pas uniquement de réussir à réformer le pays mais également que cela soit perçu par ses concitoyens, avec en toile de fond l’élection présidentielle d’octobre 2027. Une échéance pour laquelle il demeure bien placé à en écouter l’économiste, celui-ci considérant que le « centre droit est en difficulté, tant le monde des affaires est favorable à Milei et que ce dernier arrive à voir son discours parler aux plus défavorisés ». Impossible pour autant d’éluder la question de la concurrence, le gouverneur de Buenos Aires trop marqué comme kirchneriste pourrait sceller le destin de la présidentielle là où « au contraire, un candidat de gauche plus modéré comme les gouverneurs de Cordoba ou de Santa Fe aurait ses chances ». Le président ne se concentre pas uniquement sur la scène nationale, en témoigne son récent road show aux États-Unis, un signe qu’il n’a pas abandonné « l’espoir de reconquérir la confiance des marchés et que par effet domino cela aide le peso ».

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