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Javier Milei / Argentine / peso
Javier Milei arrive à la croisée des chemins / Le président argentin doit parvenir à contenter créanciers, citoyens et investisseurs
A vouloir aller trop vite Javier Milei s’est peut-être brûlé les ailes. Un constat partagé par plusieurs économistes et auquel se rallie Bruno de Moura Fernandes, directeur de la recherche macroéconomique chez Coface. Ce dernier expliquant à WanSquare que "dès lors que l’activité est repartie en Argentine, on a vu une hausse des importations poussée par l’appréciation du taux de change", l’économiste arguant que le président argentin a voulu aller très et peut-être trop loin sur l’inflation dans un laps de temps très court.
Pour ce faire il a choisi de lisser la dépréciation du peso afin de juguler l’inflation, un choix qui a impliqué d’utiliser les réserves de change du pays et conduit à une surévaluation de la monnaie nationale en termes réels. Le directeur de la recherche macroéconomique chez Coface y voit un problème majeur, celui "d’une économie qui devient très chère pour les étrangers et pour les Argentins il devient au contraire relativement moins cher d’importer ou de voyager à l’étranger ".
Péché originel
Pas de quoi améliorer la position pour le moins difficile de l’Argentine qui manque structurellement de réserves de changes, Bruno de Moura Fernandes confiant que celles-ci "sont estimées à près de 40 milliards de dollars aujourd’hui, cependant en termes réels elles sont proches de zéro lorsqu’on retire les swaps (notamment avec la Banque centrale chinoise ndlr) et les dettes auprès du secteur privé domestique - et ce alors qu’il faudrait plutôt disposer de 60 à 80 milliards de dollars pour rassurer le marché ". Le retour de l’épargne des Argentins ne devant plus jouer qu’à la marge – après avoir permis de faire revenir 17 milliards de dollars en un mois – il ne reste guère plus que la solution "d’arrêter de défendre le peso quitte à ce qu’il se dévalue, un choix qui n’est pas aisé politiquement à porter alors que Javier Milei a tenté de diminuer le plus possible l’inflation avant le renouvellement d’une partie du Congrès à la fin du mois ".
Celui-ci est capital pour le président argentin, l’économiste de Coface nous expliquant que "pour l’heure le parti présidentiel en est réduit à des alliances pour obtenir une minorité de blocage face à une opposition qui tente de détricoter ou de bloquer les actions présidentielles. L’objectif est d’obtenir cette minorité en propre et ensuite de réaliser des alliances pour pousser des réformes fiscales, des retraites et du marché du travail". Dans cette perspective le soutien affirmé et répété de Donald Trump à son homologue Javier Milei peut apparaître comme un véritable rayon de soleil dans la grisaille argentine.
Choix cornélien
Tout n’est pas aussi évident à en croire Bruno de Moura Fernandes, celui-ci confiant à WanSquare que "récemment les Etats-Unis ne viennent pas aider gratuitement un pays, un swap de changes entre la Fed et la Banque centrale argentine pourrait venir en contrepartie d’une réduction de la dépendance de Buenos Aires vis-à-vis de Pékin – notamment sur la question du swap avec la Banque centrale chinoise. Il n’est pas aisé pour Javier Milei de se brouiller avec son plus gros marché pour l’exportation de viande et de soja."
L’intérêt de Washington est clair pour Monica de Bolle, chercheuse au Peterson Institute for International Economics, celle-ci expliquant que "les États-Unis pourraient tirer profit géopolitiquement d’un allié pleinement dollarisé dans une région devenue fortement dépendante de la Chine" et pourraient donc être favorable à une dépendance au dollar accrue de l’Argentine, ce qui signifierait qu’elle "perdrait la possibilité de dévaluer son taux de change, instrument politique utile".
L’autre échéance majeure à venir est le remboursement à venir de 4 milliards de dollars de dette qui aura lieu le 9 janvier et qui nécessitera de décaisser une partie des réserves. L’économiste de Coface soulignant "l’importance que revêt pour le gouvernement de montrer qu’il peut payer l’échéancier qui revient tous les six mois. D’autant plus que Javier Milei a vu sa popularité chuter au plus bas depuis son élection et qu’il voit les effets pervers de la surévaluation du peso limiter les rentrées de devises étrangères. L’important secteur céréalier étant comme le reste du pays les yeux rivés sur le marché du change, il a logiquement repoussé le plus possible ses exportations afin de ne pas être pénalisé par des paiements en dollars qu’ils convertissent ensuite en peso. Il a fallu attendre une légère dévaluation combinée à une exonération temporaire sur les taxes à l’exportation pour qu’ils ouvrent les vannes".
Tout n’est pas que pessimisme pour autant, les prévisions de Coface de 3,2 % de croissance sont ainsi certes sujettes à des aléas baissiers mais également haussiers notamment sur le front de l’inflation et du peso. Une relativement bonne nouvelle pour Javier Milei résidant selon Bruno de Moura Fernandes dans "une vitesse de transmission de la dépréciation du peso aux prix à la consommation qui semble être moins rapide que par le passé".
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