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Air Liquide
Air Liquide défend la résilience de son modèle / Les investissements technologiques restent au centre du récit
« Le monde est désormais marqué de basculements durables et profonds. » Devant les actionnaires réunis mardi au Palais des Congrès, François Jackow n’a pas cherché à minimiser la brutalité de l’environnement traversé par Air Liquide. Entre ralentissement industriel en Europe, tensions géopolitiques au Moyen-Orient et retour du protectionnisme, le directeur général a au contraire assumé un discours de lucidité. Mais les dirigeants ont surtout voulu montrer qu’Air Liquide restait solidement armé. « Nos molécules sont essentielles. Elles protègent, transforment, décarbonent et ouvrent la voie au progrès », a ainsi affirmé François Jackow. Avec, en toile de fond, une idée centrale : dans un monde plus volatil, Air Liquide estime que la qualité de son modèle compte davantage que le rythme ponctuel de sa croissance organique.
Le sujet était difficile à éviter après la publication, la semaine dernière, d’une croissance comparable limitée à 1,9 % au premier trimestre 2026, légèrement inférieure aux attentes du marché. L’écart est mince, mais dans un contexte où le titre a souffert en seconde partie d’année 2025 - notamment sous l’effet de cessions d’institutionnels souverains du Moyen-Orient - les investisseurs scrutent chaque signal. La direction du groupe s’est ainsi employée à relativiser cette contre-performance en la replaçant dans un contexte industriel dégradé.
L’hélium comme symptôme des tensions mondiales
D’abord, une industrie européenne en repli dans plusieurs régions, qui contraint Air Liquide à « mener des transformations nécessaires pour tenir compte de la baisse de la production industrielle ». Ensuite, le choc géopolitique au Moyen-Orient, avec des effets en cascade sur les marchés de l’énergie, sur les chaînes d’approvisionnement et, cas plus spécifique, sur la production d’hélium. La mise à l’arrêt des unités de liquéfaction de gaz naturel au Qatar - dont l’hélium est un sous-produit - a privé le marché mondial d’environ 30 % de son approvisionnement habituel. « On alloue les volumes au mieux en fonction des besoins de nos clients. C’est une logistique mondiale », a résumé le directeur général, sans masquer la tension sur ce segment dont les débouchés vont des IRM aux semi-conducteurs.
Pour relativiser le ralentissement du premier trimestre, les dirigeants s’appuient donc sur deux arguments de fond. Le premier est structurel : avec 1,9 % de croissance comparable, le groupe intègre déjà des vents contraires macroéconomiques qui affectent l’ensemble du secteur. Le second est prospectif : en incluant la contribution de l’acquisition de DIG Airgas - intégrée en Corée du Sud depuis l’été 2025, première acquisition majeure du groupe depuis dix ans - la croissance du premier trimestre atteint 3,4 %.
L’électronique et l’IA comme relais de croissance
François Jackow a par ailleurs défendu la pertinence du modèle face aux mutations industrielles profondes. Relocalisation des chaînes de valeur, montée en puissance des semi-conducteurs, essor de l’intelligence artificielle - autant de tendances dont Air Liquide se positionne comme bénéficiaire direct, via son activité électronique (en croissance de plus de 6 % en 2025 hors équipements) et un niveau d’investissements industriels déjà engagés de 4,9 milliards d’euros fin 2025, dont près de 40 % dans l’électronique.
En parallèle, le portefeuille d’opportunités à douze mois - c’est-à-dire les projets encore en discussion ou en préparation susceptibles d’être lancés à court terme - atteignait un niveau record de 4,6 milliards d’euros. Sur l’hydrogène, le directeur général nuance sans reculer : si le marché américain est « à l’arrêt », l’Europe continue d’avancer, tirée notamment par le raffinage, et la Chine investit massivement dans la mobilité lourde. « Il est peut-être en train de se reproduire avec l’hydrogène » ce qu’on a vu avec les véhicules électriques chinois, a-t-il averti.
Une amélioration de marge devenue centrale
Air Liquide a également mis en avant le fait que la trajectoire définie dans le cadre du plan stratégique ADVANCE continue de produire ses effets, même dans un environnement moins porteur sur le plan industriel. Malgré une croissance des ventes restée modérée en 2025, le groupe a dégagé une amélioration de plus de 100 points de base de sa marge opérationnelle hors énergie, franchissant pour la première fois le seuil des 20 %. Une performance obtenue grâce à la discipline tarifaire, aux gains d’efficacité et à l’évolution du portefeuille d’activités. « Cette progression est d’autant plus remarquable pour nos activités gaz et services dont la marge opérationnelle s’est améliorée de plus 130 points de base », a souligné Jérôme Pelletan, le directeur financier. Le groupe entend désormais prolonger cette dynamique en 2026, avec une nouvelle amélioration attendue de la marge opérationnelle et une progression du résultat net récurrent à change constant. Air Liquide vise désormais une amélioration cumulée de plus de 500 points de base de sa marge sur la période 2022-2027. « Une trajectoire de performance inédite pour le groupe », a insisté Jérôme Pelletan.
L’assemblée générale a enfin entériné plusieurs évolutions de gouvernance. Les actionnaires ont renouvelé pour quatre ans les mandats d’administrateur de Benoît Potier et François Jackow, ainsi que celui d’Annette Winkler. Le conseil d’administration, réuni à l’issue de l’assemblée, a confirmé le maintien d’une gouvernance dissociée entre présidence et direction générale, avec Benoît Potier reconduit comme président du conseil et François Jackow comme directeur général. Xavier Huillard conserve par ailleurs ses fonctions d’administrateur référent.
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