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Air Liquide / François Jackow
Air Liquide franchit un nouveau cap de rentabilité / La feuille de route Advance continue à monter en puissance
« Malgré un environnement que l’on connaît, qui est très complexe, nous avons su continuer à accélérer notre développement et préparer l’avenir. » Le propos de François Jackow, directeur général d’Air Liquide, résumait bien vendredi l’état d’esprit d’une direction qui n’avait guère besoin de forcer sa sérénité. Les résultats 2025 du spécialiste mondial des gaz industriels et médicaux parlent d’eux-mêmes et ont, de toute évidence, convaincu les investisseurs. L’action Air Liquide gagnait ainsi 3,9 % à 174 euros en séance, en tête des plus fortes hausses du CAC 40.
Des résultats d’autant mieux accueillis qu’ils valident, au-delà de la performance de l’exercice écoulé, la montée en puissance de la feuille de route Advance. Lancé en 2022 pour la période 2022-2025 puis prolongé, ce programme apparaît désormais comme le principal moteur de l’amélioration structurelle du groupe. Au centre du message, la « dynamique de transformation dont les bénéfices sont clairement visibles ». Advance « nous a permis de passer à la vitesse supérieure », tranche François Jackow.
Le vrai moteur reste la marge
Ce qui frappe, c’est moins la solidité des ventes - 26,9 milliards d’euros, en hausse de 2 % à données comparables dans un contexte industriel mondial atone - que l’amélioration de la rentabilité. Le résultat opérationnel courant progresse de 7,6 % en comparable, soit près de quatre fois plus vite que les ventes. La marge opérationnelle du groupe franchit pour la première fois le seuil symbolique des 20 %, à 20,7 %, et celle des activités Gaz & Services atteint 22,6 %. Hors effet énergie, l’amélioration annuelle dépasse les 100 points de base pour la deuxième année consécutive, « soit au-dessus des attentes du consensus qui tablait sur une amélioration de 93 points de base. », relève UBS.
Le véritable marqueur de l’accélération du programme se lit dans les « efficacités » revendiquées par le groupe : 631 millions d’euros en 2025, en hausse de 27 % sur un an, contre un objectif initial de 400 millions. Ces gains, qui constituent une réduction pérenne de la base de coûts, s’appuient sur quatre axes, à savoir la simplification de l’organisation, le développement de centres de services partagés, des initiatives industrielles et commerciales ainsi que l’exploitation des données. « Nous avons déployé un nouveau standard d’évaluation commun sur plus de 440 sites au niveau mondial », a précisé aux analystes Jérôme Pelletan, le directeur financier du groupe.
La baisse des effectifs engagée depuis début 2024 génère des économies dans toutes les géographies et les coûts de restructuration, un peu plus de 200 millions d’euros en Europe, expliquent pour partie l’écart entre résultat net publié et résultat net récurrent. Ce dernier progresse de près de 10 % hors effet de change, à 3,68 milliards d’euros.
Une visibilité renforcée
Outre l’efficacité opérationnelle, la direction met en avant deux autres leviers : la discipline tarifaire dans l’activité Industriel Marchand, c’est-à-dire la vente de gaz en vrac ou en bouteilles aux clients industriels, et la gestion active du portefeuille d’activités et d’actifs. Autrement dit, un arbitrage continu entre investissements, contrats et acquisitions pour tirer le mix vers les segments les plus rentables, comme l’illustre le rachat de DIG Airgas en Corée du Sud.
Mais au-delà de ces leviers, le groupe insiste sur le caractère durable des progrès de marge. « Cette dynamique prouve notre capacité à améliorer structurellement notre rentabilité année après année », souligne François Jackow.
C’est cette conviction qui conduit Air Liquide à relever une nouvelle fois son ambition. Le groupe vise toujours une amélioration de 100 points de base de marge en 2026, mais y ajoute désormais un objectif équivalent pour 2027, portant le gain cumulé à 560 points de base sur la période 2022-2027. Le message du directeur général se veut sans ambiguïté : « ce programme de transformation, ce n’est pas du one-shot », et « ces transformations structurelles vont continuer à délivrer ».
Un backlog appelé à prendre le relais
Un signal de confiance qui ne s’accompagne toutefois d’aucune nouvelle cible de croissance des ventes. La dynamique commerciale reste contrainte par un environnement industriel qui peine à redémarrer, notamment en Europe où la chimie et la sidérurgie demeurent sous pression. Le groupe assume de privilégier la préparation de la croissance future. « Notre philosophie, dans cet environnement, c’est de se concentrer sur l’avenir, et donc de saisir des projets d’investissement », explique François Jackow.
Le message sous-jacent est que la croissance future devrait d’abord provenir du démarrage progressif d’un backlog d’investissements désormais porté à 4,9 milliards d’euros - au-dessus de 4 milliards pour la troisième année consécutive - ainsi que de projets dont la mise en service s’échelonnera entre 2027 et 2030.
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