Macro-économie / Taux
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Automobile : l’État face à ses contradictions / Une filière stratégique sous perfusion mais en perte de vitesse
L’État français ne lésine pas pour soutenir son industrie automobile. Dans un rapport, la Cour des comptes souligne que les pouvoirs publics ont déployé des moyens considérables pour accompagner un secteur jugé stratégique, à la fois pour l’emploi, l’innovation et le commerce extérieur. Et pourtant, les résultats peinent à suivre.
Selon la Cour des comptes, près de 18 milliards d’euros ont été mobilisés depuis 2018, entre aides à la demande, telles que la prime à la conversion, le bonus écologique et le leasing social, et soutien direct aux entreprises via subventions, avances remboursables, dépenses fiscales et aides à l’emploi. Cependant, malgré cet effort jugé “massif”, son efficacité globale reste incertaine en raison d’un suivi insuffisant, d’une évaluation lacunaire des dispositifs et d’une coordination interministérielle limitée.
Les indicateurs économiques montrent un recul préoccupant. Les ventes de véhicules neufs ont diminué, passant de 2,2 millions en 2019 à 1,6 million en 2025, tandis que la production nationale s’effondre, de 3,3 millions de véhicules particuliers en 2000 à 1,3 million en 2024. Le déficit commercial atteint -22,5 milliards d’euros, et la France, troisième producteur mondial en 2000, tombe au 14ᵉ rang en 2024. Ce déclin s’explique en partie par une concurrence internationale accrue, notamment de la Chine, leader mondial des véhicules électriques.
Le rapport attribue cet échec relatif à plusieurs défis structurels : électrification, montée en gamme des véhicules, mutation des usages et évolution technologique. Certaines aides ont profité à des véhicules importés, faute d’une offre nationale suffisante sur les segments d’entrée de gamme, révélant une contradiction entre soutien à la demande et soutien à l’industrie.
La fragmentation administrative accentue ce problème : les aides sont pilotées séparément par la direction générale des entreprises et la direction générale de l’énergie et du climat, ce qui nuit à l’efficacité et à la lisibilité de la politique publique pour les industriels et les sous-traitants. La conséquence est un secteur fragilisé, confronté à des fermetures de sites, des délocalisations et un recours massif à l’activité partielle, avec jusqu’à 40 000 emplois menacés par le passage à une production entièrement électrique.
Les dispositifs destinés aux consommateurs ont largement dépassé les budgets initiaux et manqué de ciblage précis, limitant leur efficacité. Bien qu’ils aient favorisé une progression des ventes de véhicules électriques, le rythme reste insuffisant pour atteindre les objectifs du plan France 2030, et le marché de l’occasion, représentant trois quarts des transactions, reste largement exclu. Du côté de l’offre, malgré des investissements massifs dans les batteries et certains projets technologiques, l’effet sur la production nationale de véhicules électriques reste limité. La Cour recommande un renforcement de la conditionnalité des aides, un suivi rigoureux et une préférence pour les avances remboursables sur les projets à risque technologique afin de partager les risques entre acteurs publics et privés.
Enfin, le rapport insiste sur la nécessité d’une stratégie nationale claire et publique, hiérarchisant les priorités et ciblant mieux les aides, notamment vers les ménages modestes, avec un suivi rigoureux de leur efficacité. Il appelle également à un cadre européen plus protecteur, incluant des règles de contenu local et des mesures favorisant la préférence européenne, afin de soutenir la production sur le continent face à la concurrence internationale.
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