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En matière d’investissements technologiques, les industriels français se projettent bien moins que leurs voisins / Ils sont pourtant partis à point

À rebours de certaines idées reçues, l’adoption et la diffusion actuelles des technologies de pointe dans le tissu industriel français n’apparaissent pas préoccupantes, au regard de la comparaison avec ses grands voisins européens. Mais les faibles perspectives d’investissement y sont bien plus marquées qu’en Allemagne ou en Italie, pouvant conduire à un rattrapage dans les années à venir et faisant courir le risque d’un futur retard. Plusieurs facteurs, dont celui de la taille des entreprises concernées, pourraient l’expliquer.
(Photo de Lionel Bonaventure / AFP)
(Photo de Lionel Bonaventure / AFP)

De quoi remettre en perspective certaines idées reçues. La Fabrique de l’Industrie et McKinsey, avec le concours d’Ipsos, publient ce jeudi une nouvelle étude sur la diffusion des technologies avancées dans l’industrie française et européenne, permettant de rompre avec certains clichés : l’Hexagone n’est pas en retard par rapport à ses voisins allemands et italiens, quant à l’adoption des technologies du futur au sein de son tissu industriel.

Le cœur de ce rapport repose en effet sur une enquête de grande ampleur, ayant permis d’interroger près de 1 200 PME et ETI industrielles dans les trois pays, afin de mesurer leur adoption de trois grandes familles de technologies : celles liées aux données et au calcul (cloud, analytique avancée, machine learning, intelligence artificielle générative), celles d’optimisation des processus productifs (réalité virtuelle, réalité augmentée, robotique, impression 3D, jumeaux numériques) et celles qui sont transverses (informatique quantique, cleantech, internet des objets, stockage d’énergie et cybersécurité). "Dans les 3 pays étudiés - France, Allemagne et Italie -, malgré une décennie d’attention portée à l’industrie du futur, [la diffusion et l’adoption restent limitées]. À l’exception du cloud (63 % en France) et de la cybersécurité (80 %), la plupart des technologies avancées ne concernent qu’une minorité d’entreprises", observe l’étude.

 

Au cas par cas

 

À relever, également, que la France affiche une certaine longueur d’avance dans l’adoption de l’IA générative : sa diffusion atteint 25 %, contre 17 % en Allemagne par exemple. Un écart notable, relèvent les auteurs de l’étude, Vincent Charlet et Matthieu Dussud, mais qui reste plus ou moins le seul. Par exemple, l’internet des objets, les cleantech et le stockage d’énergie stagnent entre 15 % et 17 % en France, contre 40 à 66 % chez nos voisins européens. À noter toutefois qu’à secteur donné, les PME et ETI françaises n’apparaissent pas sous-robotisées au regard de leurs comparables, puisque ce sujet est régulièrement pointé du doigt.

"Il est à noter que, si la France connaît une relative avance dans l’adoption des technologies du futur au sein de son tissu industriel, ces faibles perspectives d’investissements futurs sont plus particulièrement marquées en France qu’en Italie ou en Allemagne, pouvant conduire à un rattrapage dans les années à venir", alerte néanmoins l’étude. En effet, dans les deux tiers des technologies étudiées, la probabilité pour une société française d’envisager un investissement est le plus souvent 5 à 10 fois plus faible que pour son équivalente allemande. À l’inverse, la probabilité qu’elle n’envisage aucun investissement avant 2030 est fréquemment 2 à 3 fois plus élevée en France. Et parfois nettement plus.

Le nœud de cette réticence est essentiellement relatif à la taille des entreprises interrogées. Pour la plupart des technologies, les plus petites d’entre elles (entre 50 et 100 salariés) ont respectivement 2, 3 voire 5 et 10 fois plus de chances que les grandes (respectivement entre 100 et 250, entre 250 et 1 000 et entre 1 000 et 5 000 salariés) d’avoir répondu ne pas être équipées et ne pas envisager d’investissement à l’horizon 2030. Un écart dommageable pour la France, dans la mesure où les PMI représentent plus de 90 % des entreprises industrielles du pays.

 

L’internationalisation comme clé

 

Un deuxième paramètre important pour expliquer cet écart est celui de l’existence avérée ou à l’état de projet, d’un plan de transformation de l’entreprise à des fins d’amélioration de sa performance et de sa productivité. Celles qui sont engagées dans ce type de processus seront en effet plus nombreuses à s’équiper technologiquement d’ici 12 mois, et celles qui ne l’envisagent pas sont surreprésentées parmi celles qui ne seront pas équipées en 2030. Enfin, le dernier paramètre est celui de la nature du marché servi, notamment au regard du poids de l’export. Les entreprises affichant la plus grande part de leurs revenus sous forme d’exportations sont aussi celles aux taux d’équipement les plus élevés, ou aux projets d’investissements plus fréquents.

D’autres facteurs d’explication viennent s’y ajouter, à l’instar de contraintes financières plus fortes, citées deux fois plus souvent par les dirigeants français que par leurs homologues allemands et italiens, ou encore un accès plus difficile aux compétences spécialisées ou encore une moindre capacité à conduire des projets de transformation organisationnelle, estime le rapport. "Mais ces obstacles ne suffisent pas à rendre compte du phénomène. Dans de nombreux cas, les dirigeants de petites structures déclarent simplement ne pas considérer ces technologies comme pertinentes pour leur activité. Si une part importante des PMI et ETI reste durablement à l’écart de ces innovations, le risque est donc de voir se creuser les écarts de performances entre entreprises et, à terme, d’affaiblir la diffusion des gains de productivité dans l’ensemble du tissu industriel", préviennent la Fabrique de l’Industrie et McKinsey.

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