WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Droit des sociétés / Clifford Chance / Thibaud d'Ales

Droit des sociétés
Clifford Chance / Thibaud d'Ales

exclusif Pour Thibaud d’Alès, chaque dossier est une bataille intellectuelle à remporter / Pourquoi comprendre ses clients vaut plus que maîtriser le droit

EXCLUSIF. Dans un contentieux d’affaires où la compétition est permanente, Thibaud d’Alès cultive aussi une autre exigence : celle de l’engagement total, nourri par la transmission et une fine compréhension des enjeux de ses clients. Pour l’associé de Clifford Chance, la différence ne se joue pas seulement sur le terrain juridique, mais dans l’intensité, la curiosité et ce « supplément d’âme » qu’aucune intelligence artificielle ne remplacera.
Thibaud d’Alès - DR
Thibaud d’Alès - DR

Le monde des avocats d’affaires est fait de caractères et de personnalités. Un monde très exigeant, où les heures de travail ne comptent plus, la concurrence est rude et où il faut savoir se montrer convaincant pour décrocher les meilleurs dossiers et obtenir les meilleures décisions possibles de la part des juges. Et pourtant, la profession se veut aussi souvent profondément humaine et reconnaissante. « L’avocat a reçu ; il doit à son tour transmettre. Sans mentor, sans quelqu’un qui aide, il est très difficile de grandir. Il est donc important de transmettre ce que l’on a reçu en contribuant à l’épanouissement des avocats de demain. Je suis convaincu que les avocats qui réussiront à tirer leur épingle du jeu seront ceux qui, sans complaisance, sauront montrer de la considération pour les plus jeunes », assure Thibaud d’Alès, associé en contentieux commercial au cabinet Clifford Chance, pilotant avec Diego de Lammerville une équipe de huit avocats. « Nous sommes l’une des plus grosses équipes de contentieux commercial de Paris », se félicite celui qui s’implique également beaucoup dans des activités de place, notamment en tant que co-head de l’ICLG, International Commercial Litigation Group de Clifford Chance, membre de la Commission d’arbitrage du CMAP, membre du Club des juristes, administrateur de Droit et Procédure et qui enseigne aussi à HEC.

 

La bagarre

 

Thibaud d’Alès est ce que l’on appelle « un bébé Clifford ». Il y a effectué toute sa carrière, et a été promu associé en 2015. Après une première expérience, au début des années 2000, chez LVMH à San Francisco - en pleine explosion des start-ups et du numérique -, puis à Paris comme analyste des risques, il rejoint la firme anglo-saxonne en 2003, pour son stage de l’école du Barreau. « J’ai toujours voulu devenir avocat, j’avais d’ailleurs passé l’examen du Barreau avant de partir aux États-Unis. Si j’ai adoré travailler chez LVMH, le fait de revenir à Paris après les attentats du 11 septembre m’a clairement rappelé mon ambition première », confie-t-il à WanSquare. C’est d’ailleurs pour cela qu’il s’est tourné vers le contentieux commercial. « Je voulais une activité plaidante, j’ai toujours voulu faire du judiciaire, convaincre, me bagarrer, être dans la compétition intellectuelle. J’aime aussi l’élégance du contentieux, le respect du contradicteur, la relation très particulière qu’il y a avec un tribunal. Et puis chaque dossier est différent. Représenter quelqu’un devant un juge est quelque chose de fabuleux. Je passe d’un fabricant de câbles à un créateur de mode en passant par des opérateurs de téléphonie, des pétrolières, des saisies d’avions ou du droit du sport », nous raconte celui qui fut entre autres l’avocat de Michel Platini dans le cadre des procédures disciplinaires de la FIFA ou qui défend la Ligue de Football Professionnel concernant les droits télé de la Ligue 1 face à Canal + et beIN Sports.

 

La douleur de la défaite

 

« Pour un avocat "transactionnel", un dossier se termine toujours dans la joie, souvent autour d’un dîner avec ses clients. Pour l’avocat contentieux, il peut se conclure par un appel téléphonique très délicat pour annoncer au client que malheureusement, il n’a pas été suivi par le tribunal. Et la douleur de la défaite est mille fois supérieure à la joie de la victoire. L’humilité est une exigence du quotidien. Heureusement, il arrive bien moins souvent de perdre que de gagner », reconnaît l’associé de Clifford Chance qui accompagne désormais aussi ses clients dans le cadre du conflit en Iran. « Ce que je préfère dans ma profession, ce sont les sujets chauds, du moment. La plus belle reconnaissance est d’avoir un client qui vous appelle pour évoquer un sujet juridique qui n’est que le point d’entrée d’un problème stratégique plus large, pour vous interroger sur une situation dont le juridique n’est qu’une des composantes. Et quand à la fin, il prend en considération votre avis, c’est un moment extraordinaire, un sentiment très gratifiant », avoue-t-il.

 

Tout donner

 

Ses deux mentors à lui : Yves Wehrli, aujourd’hui of-counsel chez Clifford Chance et Jean-Pierre Grandjean, qui a fondé depuis Grandjean Avocats. « Dès mes premières années, j’ai compris le niveau d’engagement des associés. Avec Jean-Pierre Grandjean, j’ai appris la valeur du travail, l’implication totale et l’audace dans le traitement des dossiers, de même que la rigueur et la disponibilité. Avec Yves Wehrli, ce fut l’enthousiasme et l’énergie permanents qu’il faut pour mener une équipe. Il sait mieux que personne embarquer les collaborateurs à des niveaux inimaginables. Il est en outre doté d’un sens commercial inégalé. Sans l’un et l’autre, je ne serai ni là, ni semblable. J’ai la conviction que le métier d’avocat nécessite de se projeter dans les personnalités de ceux qui vous forment, les admirer, avoir envie de leur ressembler, tout en gardant son propre caractère », estime Thibaud d’Alès.

À la jeune génération, Thibaud d’Alès n’a d’ailleurs qu’un conseil : tout donner. « S’ils veulent faire ce métier, il faut croire en soi, ne pas se ménager, avoir beaucoup d’ambition sans tomber dans l’arrogance, avec l’envie de bien faire et être extrêmement exigeant avec soi-même. Il faut avoir envie de retourner le moindre gravillon, aller au bout des choses, tout questionner. Oser, être audacieux. Proposer des idées, des stratégies, être créatif », martèle-t-il.

 

L’IA comme sparring-partner

 

Et pour cet avocat, la méthode est simple pour obtenir la confiance d’un client : « lui poser beaucoup de questions. Il faut comprendre la stratégie, comprendre d’où il part, où il veut aller et pourquoi ça coince. Si un avocat n’a pas la curiosité de bien comprendre les enjeux, les difficultés, le business de son client, il donnera un conseil qui ne sera pas adapté aux problématiques réelles du client. Un avocat qui se distingue des autres est celui qui connaît mieux son client et va pouvoir lui dire les choses de manière très franche et directe », assure-t-il.

Dans ce contexte, l’intelligence artificielle n’est pas prête, selon lui, de remplacer l’avocat auprès du client. « Il faut s’en servir comme un membre supplémentaire de l’équipe, une sorte de ‘sparring partner’ pour aider l’avocat à évaluer toutes les options mais il faudra toujours un petit supplément d’âme pour définir in fine la bonne stratégie. D’autant qu’elle ne remplacera pas non plus les juges. Demain, il y aura deux types d’avocat : ceux qui utiliseront l’intelligence artificielle, et ceux qui l’utiliseront bien, en capitalisant sur leur expérience propre, sur leur réputation », prédit-il.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article