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Droit des sociétés

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exclusif Dans les cabinets d’avocats, l’IA se dessine comme un nouvel avantage concurrentiel / Des impacts tangibles qui se révèlent à plusieurs niveaux

EXCLUSIF. L’intelligence artificielle semble bien avoir trouvé sa place dans les cabinets d’avocats, rapporte une étude conduite par la société Ari Kaplan Advisors, pour le compte de la legaltech Legora. L’impact de l’utilisation de la technologie n’apparaît pas limité au seul aspect des gains d’efficacité, bien qu’ayant des avantages certains en la matière.
photo by nicolas guyonnet / hans lucas via afp
photo by nicolas guyonnet / hans lucas via afp

Les avocats ne comptent pas laisser passer la vague de l’intelligence artificielle (IA). Alors que l’utilisation de la technologie s’est désormais imposée comme un outil de productivité presque incontournable dans les entreprises et que la perception de ses gains s’affine, la bascule semble bel et bien aussi être à l’ordre du jour dans les cabinets d’avocats, rapporte une étude conduite par le spécialiste du secteur juridique Ari Kaplan Advisors, pour le compte de la legaltech suédoise Legora. « Les tendances ne sont pas surprenantes, elles correspondent finalement au quotidien des cabinets d’avocats avec qui nous sommes en contact. En revanche, la vitesse d’évolution de la technologie et l’étendue de l’impact le sont davantage », explique Jonathan Williams à WanSquare, responsable du développement en France de Legora – comptant notamment le cabinet Jeantet, Accor ou Edenred parmi ses clients tricolores.

Les 31 grands cabinets interrogés sur 14 marchés, utilisant la plateforme de la start-up, semblent en effet estimer que l’IA a dépassé ce seul stade d’outil de productivité. Au cœur d’un marché particulièrement concurrentiel, elle s’apprécie ainsi désormais en majorité comme un avantage distinct en la matière, dont les effets se reflètent sur la croissance, le développement commercial, tout en se manifestant aussi auprès des clients, indique le rapport.

Dans un secteur où les modèles reposent traditionnellement sur les heures facturables, certaines réticences à miser sur une technologie promettant, tout d’abord, de gagner du temps, auraient pourtant légitimement pu s’entendre. « La grande question des gains d’efficience n’est pas seulement celle des outils d’IA, il y a eu bien d’autres transformations technologiques auparavant qui en ont apporté. Elle concerne tout ce qui peut permettre à un cabinet d’avocats d’avancer plus rapidement. Les impacts premiers de l’IA se mesurent en heures non facturables : veille réglementaire, tâches administratives, recherche juridique qui ne concerne pas spécifiquement un dossier. Cela libère du temps et des ressources pour le travail à plus forte valeur ajoutée, ainsi que le développement commercial. Sans parler des mandats qui deviennent ainsi rentables et qui ne l’étaient pas auparavant », relève Jonathan Williams.

 

Entre gains de revenus et atout auprès des clients

 

De fait, près de 70 % des répondants indiquent par exemple avoir pu réduire leurs heures non facturables, tandis que les trois quarts d’entre eux estiment aussi pouvoir traiter davantage de travail dans le même laps de temps. Ce gain de temps, mis à profit de tâches à plus forte valeur ajoutée, se traduit ainsi en chiffres : les cabinets interrogés rapportent, en moyenne, 4,3 heures non facturables économisées par avocat et par semaine. Au regard du taux facturable moyen, le gain de revenus supplémentaire peut atteindre 6,9 millions de dollars par année pour une équipe de 100 avocats, calcule l’étude. Plus de la moitié des interrogés indique aussi redéployer cette capacité vers la réactivité et l’interaction avec les clients.

Au-delà des gains de revenus permis, il reste également à noter que l’utilisation de l’IA semble mise en avant par les cabinets auprès de leur clientèle. Un résultat intéressant, dans une profession exigeante, où la confiance entre celle-ci et les praticiens revêt une dimension clé. Par exemple, 42 % des cabinets participants déclarent que ce facteur de mise en avant leur a permis de remporter de nouveaux mandats et 45 % qu’elle leur a offert de quoi approfondir leur relation avec les clients existants. De même, 55 % des cabinets affirment que l’IA leur a permis de prendre en charge des dossiers qu’ils auraient, auparavant, eus du mal à cadrer.

De quoi élargir le champ des opportunités, sans devoir recourir à des recrutements supplémentaires, relève l’étude. « C’est un marché où la concurrence est féroce, ses acteurs sont capables de comprendre que leurs services sont voués à évoluer », estime Jonathan Williams. En tout et pour tout, plus des trois quarts des cabinets mentionnent ainsi leurs capacités en matière d’IA lorsqu’ils expliquent leur tarification, leur valeur ajoutée et leurs délais d’exécution à des clients installés ou de futurs d’entre eux, illustrant que l’IA n’est plus seulement un outil interne mais aussi un argument de vente, souligne l’étude.

 

Plusieurs fondements

 

De multiples aspects de l’IA restent à prendre en compte lorsqu’elle en vient à être considérée comme un avantage concurrentiel, explique le rapport : elle permet par exemple de réduire l’imprévisibilité qui peut contraindre la tarification et la livraison des prestations juridiques, ce qui joue directement sur la rentabilité. Près de 40 % des cabinets participants indiquent aussi que l’IA facilite la tarification et la réalisation de mission à honoraires forfaitaires (les associés étant notamment plus à même de s’engager sur des prix qu’ils auraient hésité à proposer auparavant). Un changement significatif pour une profession où la facturation horaire est la norme, rappelle donc l’étude, justement car les délais de réalisation sont encore difficiles à prévoir.

Cette confiance découle principalement de ce que l’IA permet de détecter en amont dans les dossiers, explique l’étude. Ce qui permet ainsi de réduire les abandons de facturations, reprises de travail ou efforts non facturables pour plus de la moitié des interrogés, ou bien de procéder à moins de réductions d’honoraires liées à des dépassements de délais, jugent 35 % d’entre eux. Des résultats suggérant, dans l’ensemble, que l’effet commercial le plus important de l’IA se mesure davantage du côté d’une moindre imprévisibilité tout au long du processus, plutôt que de celui des heures économisées en amont, estime le rapport.

« L’une des erreurs les plus persistantes dans la façon dont on parle de l’IA dans le droit est de se cantonner à l’efficacité et aux économies de coûts. Au sommet du marché, c’est le mauvais prisme. Les cabinets qui servent les clients les plus exigeants ne cherchent pas à faire le même travail moins cher — ils cherchent à délivrer une qualité supérieure, plus rapidement, avec une plus grande certitude », a commenté Kyle Poe, VP Legal Innovation chez Legora, dont Bird & Bird, Cleary Gottlieb, White & Case, Linklaters, Deloitte, Dentons et Goodwin font notamment partie des clients dans le monde, à l’occasion de la publication de l’étude. Ici, le rapport aura en tout cas permis de sonder des firmes installées dans un certain nombre de pays d’Europe, en Amérique du Nord, dans le Pacifique, en Inde ou bien encore en Afrique du Sud, entre autres. Si elle ne donne pas de détails géographiques, certaines différences peuvent néanmoins se remarquer sur le terrain. « De manière empirique, sur le marché français, il y a une réelle maturité d’avancée. Il n’y a pas d’écart de connaissance ou de culture, mais il est vrai que les investissements ont mis plus de temps à y être entrepris, par rapport à d’autres pays européens, comme la Finlande ou la Suède, qui sont davantage avant-gardistes en la matière », ajoute de son côté Jonathan Williams.

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