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Les deeptechs françaises s’imposent avec sérieux dans le paysage / Trois leviers à activer pour réussir à transformer l'essai sur les prochaines années
La deeptech française est décidément en effervescence. Sept ans après le lancement de son « Plan Deeptech » en 2019, déployé dans le cadre de France 2030, Bpifrance tire aujourd’hui son bilan annuel de cette stratégie destinée à apporter du soutien au parcours entrepreneurial des chercheurs à l’origine d’innovations de rupture, œuvrant à bâtir les technologies souveraines de demain. Et plusieurs nouvelles encourageantes pour cet écosystème en ressortent, dont celle de la trajectoire de créations d’entreprises. Elles ont été 410 à émerger en 2025, soit une multiplication par 2,3 par rapport à 2018. « Nous avons toujours l’ambition d’aller vers les 500 start-ups par an à l’horizon 2030. Nous sommes raisonnablement optimistes au regard de la dynamique actuelle. Nous arriverons à ce chiffre », a estimé Paul-François Fournier, directeur exécutif Innovation de la banque publique d’investissement, en présentant le rapport.
L’année dernière, les jeunes entreprises du secteur ont aussi attiré 4,1 milliards d’euros d’investissements : alors qu’elles représentaient 27 % des levées de fonds de la French Tech à fin 2018, elles pèsent désormais à hauteur de 50 % du total. Une progression, il est vrai, nettement tirée par l’essor de l’intelligence artificielle (IA) et de certains de ses champions, à l’instar de Mistral AI, qui a signé à lui seul une série C de 1,7 milliard d’euros en 2025. D’autres opérations phares, de refinancement, ont néanmoins aussi répondu à l’appel – comme la série C de Loft Orbital (new space, 170 millions d’euros) ou la série B d’Alice & Bob (quantique, 100 millions d’euros). Celles qui se réalisent sur des phases d’amorçage ont en revanche davantage été à la peine. L’intérêt des investisseurs pour la deeptech semble en tout cas se confirmer depuis janvier. Pasqal (quantique), Harmattan AI (défense) ou encore AMI Labs (intelligence artificielle), font partie des grandes levées de fonds à avoir marqué ces derniers mois. Des entreprises qui ont en commun d’appartenir à cette catégorie.
« Notre écosystème deeptech, dans un contexte qui n’est pas des plus favorables sur l’investissement, fait preuve de résilience. La montée en puissance, que nous développons au travers de nos investissements directs et indirects en fonds de fonds permet de poursuivre la transformation de l’écosystème du capital-risque français pour qu’il puisse répondre à ces nouveaux enjeux », a indiqué Paul-François Fournier. La banque publique a notamment consacré 414 millions d’euros d’investissements en fonds propres aux deeptechs françaises l’année dernière, pour 90 start-ups investies ou réinvesties, tandis que 293 millions d’euros ont été dédiés au fonds de fonds. D’autres mécanismes de financement, d’accompagnement ou d’actions en soutien au développement de l’écosystème s’y ajoutent également.
Du concret, mais des marches qui restent à gravir
Ces entreprises produisent, par ailleurs, des retombées socio-économiques tangibles. Les 2 830 start-ups deeptechs recensées par Bpifrance en 2025 combinent par exemple 50 000 emplois directs, génèrent ensemble 5,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et exploitent plus de 200 sites industriels. En leur sein, l’on retrouve 15 licornes (celles à être valorisées à plus d’un milliard de dollars) ainsi que 57 start-ups cotées, pointe Bpifrance, dont 7 qui figurent sur le segment de marché Euronext Tech Leaders, ayant été créé par l’opérateur boursier pour mettre en lumière les pépites de la Tech européenne. En dépit de la prépondérance des représentantes de l’IA parmi les levées de fonds de l’année dernière, leur répartition dans l’ensemble reste par ailleurs équilibrée sur les différents secteurs de l’économie (industrie, greentech ou santé).
Mais il faut désormais penser à la suite. Et que manque-t-il encore pour permettre à cet écosystème de passer à l’échelle ? Alors que les deux premières phases du « Plan Deeptech » de Bpifrance avaient été consacrées à contribuer à son émergence, puis à sa structuration sur les priorités technologiques stratégiques, il reste à leur permettre de s’industrialiser pour que de véritables champions européens se créent. Ce qui passera sans doute par l’activation de trois leviers prioritaires, observe Bpifrance. Tout d’abord, avoir une approche plus européenne de la matière, en encourageant le développement de start-ups réellement connectées à l’ensemble du continent. L’annonce récente d’investissement de Mistral AI, de plus d’1 milliard d’euros, dans des infrastructures de calcul en Suède en est un exemple parmi d’autres.
Ensuite, mobiliser massivement les financements privés. Il faut dire que les nécessités en la matière s’annoncent significatives. L’année dernière, la Direction générale des Entreprises avait déjà chiffré à 30 milliards d’euros le montant dont auront besoin les deeptechs françaises, d’ici 2030, pour opérer leur passage à l’échelle. Cela passera d’abord par la facilitation de la rencontre entre les fondateurs et de nouveaux investisseurs, ainsi que de l’accès au marché, notamment grâce à la commande publique et privée. Cela impliquera également d’attirer plus de fonds sur la croissance des séries A et B (grâce aux institutionnels, aux fonds de corporate venture, aux business angels, family offices ou bien des fonds généralistes). Mais il faudra aussi identifier, activer et articuler les relais de financement à la suite des séries B, au travers des fonds de private equity, des introductions en Bourse, et des grandes entreprises.
Des liens entre les plus jeunes et les plus installés
Rapprocher l’industrie et les corporate de l’entrepreneuriat technologique sera d’ailleurs la troisième grande priorité stratégique des années à venir. « Le sujet des corporate et de leur lien avec l’écosystème va devenir majeur, il faut renforcer les partenariats stratégiques. D’autant que les start-ups deeptechs s’inscrivent dans des filières existantes, majoritairement, comme la santé, l’énergie ou les semi-conducteurs, entre autres, ou encore le quantique qui s’y insérera, notamment dans l’IA », a rappelé Paul-François Fournier. Et de souligner que certains signaux constituaient de bonnes nouvelles en ce sens : le lead de Dassault Aviation sur la levée de fonds de série B d’Harmattan AI en janvier, qui vise à permettre de développer des débouchés communs, la prise de participation de Renault l’année dernière au capital du spécialiste de la robotique Wandercraft, et évidemment l’entrée d’ASML au capital de Mistral AI, doublée d’un partenariat stratégique pluriannuel. « Elle témoigne aussi d’une logique européenne dans son approche », a remarqué Paul-François Fournier.
Consolider les filières technologiques passera aussi par l’accélération et l’encouragement des sorties. « Nous trouverons des capitaux si nous arrivons à faire des exits. Et nous arriverons à faire des exits parce que nous aurons réussi à faire grandir ces entreprises pour qu’elles atteignent un certain niveau de maturité », a résumé le dirigeant. En 2025, Bpifrance a compté 27 sorties dans le secteur de la deeptech. À l’inverse des années précédentes, aucune introduction en Bourse n’a répondu à l’appel et les corporate ont été largement majoritaires sur ces opérations, à l’instar du rachat d’ImCheck par Ipsen. Trois buyouts par des fonds de private equity (comme l’opération d’EQT sur Waga Energy) sont aussi à signaler.
Le grand objectif final de l’accélération sur ces trois piliers reste en tout cas clair : faire de la deeptech française et européenne une classe d’actifs véritablement attractive. « L’enjeu, ce n’est pas d’attirer des capitaux pour attirer de capitaux. Tout ceci doit permettre de créer une classe d’actifs qui soit rentable et européenne. Nous n’avions pas réussi à le faire il y a dix ou vingt ans, mais nous pensons que les éléments sont désormais là », a indiqué Paul-François Fournier. Des leviers qui devraient ainsi permettre à l’Europe de créer sa propre voie, entre les États-Unis et la Chine, en capitalisant sur ses atouts distinctifs : l’excellence académique, la densité industrielle et une puissance publique structurante, explique Bpifrance. Certes, les comparaisons mondiales font ressortir quelques faiblesses. Les levées de fonds sans précédent observées aux États-Unis l’année dernière, notamment dans l’IA, y ont porté les montants alloués à la deeptech à 137 milliards d’euros en 2025, traduisant une hausse de 67 % sur un an. Mais le Vieux continent et ses 21,6 milliards d’euros ne déméritent pas, avec une progression de 13 %. Les financements recensés en Chine accusent de leur côté un recul de 12 %, à 16,2 milliards d’euros.
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