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Atos sort lentement de sa convalescence / Genesis restaure les marges, mais l’activité reste fragile

Les résultats 2025 d’Atos témoignent d’une activité encore sous pression, mais aussi des premiers effets du plan de redressement Genesis, qui commence à restaurer la rentabilité du groupe. Reste désormais à reconstruire une dynamique commerciale durable.
Philippe Salle, le PDG d'Atos
Philippe Salle, le PDG d'Atos

Pour Atos, le bout du tunnel reste encore difficile à discerner nettement. Les résultats 2025 traduisent avant tout une entreprise en convalescence, engagée dans un vaste chantier de redressement qui commence à produire certains effets, mais dont la dynamique commerciale demeure encore fragile.

Le chiffre d’affaires s’est établi à 8 milliards d’euros en 2025, en recul organique de 13,8 % sur un an, signe d’une contraction encore marquée dans la plupart des zones géographiques. En France, l’activité recule de 10,3 %, pénalisée par la faiblesse récente du secteur public. En Amérique du Nord, où la chute atteint 27,9 %, la blessure est plus profonde : les résiliations en cascade intervenues en 2024, directement liées à la perception de la situation financière du groupe, ont creusé un vide commercial que la reprise des prises de commandes est encore loin de combler. Au Royaume-Uni et en Irlande, le repli de 23 % s’explique en grande partie par l’achèvement de grands contrats d’externalisation de processus métier dans le secteur public.

 

Des arbitrages commerciaux assumés

 

Ces reculs reflètent à la fois des facteurs de marché et des choix assumés par la direction. « Je préfère dire non à certains appels d’offres plutôt que d’accepter davantage de chiffre d’affaires aujourd’hui au prix d’une rentabilité plus faible demain », a expliqué Philippe Salle lors de la présentation des résultats aux analystes, soulignant que le groupe privilégie désormais la rentabilité des nouveaux contrats plutôt que la poursuite à tout prix de volumes d’activité.

L’évolution trimestrielle suggère néanmoins un ralentissement du recul de l’activité. Au quatrième trimestre, la décroissance organique se limite à environ 9 %, un rythme moins dégradé que sur l’ensemble de l’exercice. « On observe trimestre après trimestre une amélioration du rythme de baisse du chiffre d’affaires », a insisté le dirigeant. Au Royaume-Uni, la croissance renoue même avec le positif à +2,5 %, portée par le secteur public et de nouveaux clients dans les services financiers ; en Benelux, le recul se tasse à -1,9 %. Des inflexions qui confirment que la purge du portefeuille touche à sa fin dans certaines géographies.

 

Les premiers effets du plan Genesis

 

Dans ce contexte, l’amélioration de la rentabilité constitue l’un des éléments les plus visibles des comptes 2025. La marge opérationnelle atteint 351 millions d’euros, soit 4,4 % du chiffre d’affaires, contre 1,9 % un an plus tôt. Une progression qui reflète l’impact du plan de transformation Genesis, lancé en mai 2025, et qui repose notamment sur la réduction des coûts, la sortie de contrats peu rentables et la rationalisation de la présence géographique du groupe.

« C’est la meilleure marge que nous ayons enregistrée depuis cinq ans… nous avons doublé la marge par rapport à l’an dernier alors même que le chiffre d’affaires recule d’environ 14 % », a souligné Philippe Salle.

La feuille de route avance rapidement. Selon le groupe, 88 % des économies prévues sur trois ans ont déjà été engagées en moins d’un an, notamment à travers la réduction des effectifs et la rationalisation du portefeuille de contrats. L’entreprise s’est également retirée ou a mis fin à ses opérations dans plusieurs pays, afin de concentrer ses ressources sur les marchés jugés les plus stratégiques.

Cette séquence marque la première étape du redressement engagé. « Nous avons structuré le redressement en trois phases : remise à zéro, rebond, accélération », rappelle Philippe Salle. L’année 2025 correspond à cette remise à zéro, très visible dans le résultat net : celui-ci plonge à –1,404 milliard d’euros, nettement en deçà du consensus (–677 millions), sous l’effet de charges non récurrentes élevées – coûts de restructuration, provisions sur contrats déficitaires et litiges, ainsi que dépréciations liées à la cession des activités Advanced Computing. 2026 doit désormais marquer l’entrée dans la phase de rebond.

 

L’IA comme levier stratégique

 

Au-delà des mesures financières, la transformation engagée par le groupe se joue aussi sur le terrain technologique, où l’intelligence artificielle occupe une place centrale dans la feuille de route stratégique. Atos entend notamment capitaliser sur son positionnement dans les environnements critiques et fortement réglementés, où les enjeux de souveraineté numérique et de cybersécurité prennent une importance croissante. Le directeur technologique Florin Rotar voit dans cette convergence un levier majeur. « Nous observons une convergence entre souveraineté numérique, intelligence artificielle et cybersécurité », a-t-il expliqué, estimant que ces trois domaines se renforcent mutuellement dans les infrastructures numériques critiques.

Le groupe a ainsi annoncé le lancement de studios dédiés à l’IA agentique dans plusieurs pays ainsi qu’une nouvelle marque de conseil, Atos Amplify, destinée à accompagner les entreprises dans l’adoption industrielle de ces technologies. La demande des entreprises évolue rapidement, souligne Florin Rotar : « Elles en ont assez des pilotes et des prototypes. Elles veulent désormais des solutions d’intelligence artificielle sécurisées, fiables et capables de créer de la valeur à grande échelle. »

Reste que la trajectoire financière à court terme demeure encore difficile à lire. Pour 2026, Atos évoque une année de stabilisation, avec une croissance organique qui pourrait encore se situer jusqu’à -5 % dans le scénario le plus défavorable, avant un retour progressif à la croissance dans les années suivantes.

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