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SES entre dans le vif du pari Intelsat / L’orbite moyenne érigée en colonne vertébrale
« 2025 a été une année charnière pour SES, une année de changement d’échelle pour l’entreprise », a fait valoir lundi son directeur général, Adel Al-Saleh, en présentant des comptes désormais transformés par le rachat d’Intelsat, finalisé le 17 juillet 2025. Pour la première fois, l’opérateur luxembourgeois consolidait son ancien rival sur une partie de l’exercice - environ 22 semaines - gonflant mécaniquement les agrégats publiés. Le chiffre d’affaires a bondi de 34 % à 2,6 milliards d’euros, tandis que l’Ebitda ajusté a progressé de 19 % à 1,2 milliard.
La performance organique révèle cependant une réalité plus contrastée. Car à périmètre comparable - en simulant une consolidation d'Intelsat à partir du 1er janvier 2024 -, les revenus pro forma reculent de 1,6 % sur l'exercice, et l'Ebitda ajusté chute de 12,1 %. « Avec une performance financière inférieure à nos attentes initiales pour la première année de la société combinée, nous avons affronté les défis de front. » a reconnu Adel Al-Saleh.
Les relais de connectivité montent en puissance
Dans le détail, les résultats mettent en lumière un groupe à deux vitesses. D’un côté, le pôle Networks, qui regroupe les activités de connectivité aux entreprises, aux États, à l’aérien et au maritime, poursuit sa trajectoire de croissance.
La dynamique est tirée avant tout par les services gouvernementaux et l’aviation. Le premier segment correspond aux capacités de communications sécurisées fournies aux agences publiques et de défense ; le second à la connectivité en vol pour les compagnies aériennes. Sur une base publiée, les revenus "Government" ont progressé de 47 % sur un an et ceux de l’aviation de 145,5 %, dopés notamment par la contribution d’Intelsat. « Nous considérons le segment gouvernemental comme l’un des leviers de croissance les plus puissants pour les prochaines années », a souligné le directeur général Adel Al-Saleh, en mettant en avant la hausse des budgets de défense et la demande pour des architectures multi-orbites sécurisées.
Dans l’aviation, la montée en puissance commerciale se confirme également. « Seize compagnies aériennes ont adopté notre solution ESA multi-orbite pour plus de 1 000 appareils », a rappelé le dirigeant, alors que plus de 500 avions sont déjà équipés. De quoi valider le repositionnement progressif du groupe vers les marchés de connectivité à plus forte croissance.
L’érosion structurelle se poursuit dans le broadcast
En miroir, les métiers historiques du pôle Media, centré sur la diffusion de chaînes de télévision par satellite, continuent de s’éroder. La diffusion vidéo reste confrontée à des vents contraires structurels, liés notamment à l’optimisation des capacités et à l’extinction progressive des chaînes en définition standard, même si l’activité conserve un profil fortement générateur de trésorerie.
L’autre zone de fragilité se situe dans le Fixed Data. Ce segment, qui regroupe les services de connectivité fixe hors aviation et maritime, recule de 14,6 % à périmètre comparable sur l’exercice, sous l’effet d’une intensification de la concurrence - Starlink en tête - sur le marché du haut débit satellitaire. La directrice financière Lisa Pataki a reconnu un « environnement concurrentiel difficile » et des pressions persistantes, sans toutefois détailler de véritable stratégie de repositionnement, au-delà d’une recentrage sur les segments où le groupe estime disposer d’un « avantage compétitif légitime ».
Des synergies en marche
Le profil financier du groupe porte logiquement la marque de l’acquisition d’Intelsat. L’endettement net ajusté atteint ainsi 6 milliards d’euros fin 2025, soit un ratio de levier pro forma de 3,9 fois l’Ebitda, contre 1,1 fois un an plus tôt avant l’intégration de l’opérateur américain. SES vise désormais un retour à 3 fois ou moins, seuil présenté comme un préalable à toute revalorisation du dividende ordinaire.
La direction assure toutefois avoir déjà enclenché la réalisation des synergies liées au rapprochement : 100 millions d’euros d’investissements économisés dès 2025 par rapport aux objectifs initiaux, des coûts salariaux en recul de 7 % à périmètre comparable. Des efforts qui ont permis d’afficher un flux de trésorerie disponible ajusté positif de 229 millions d’euros.
Pari multi-orbite
Pour 2026, SES anticipe des revenus et un Ebitda globalement stables en données pro forma et à taux de change constants, une prudence que la direction souhaite inscrire dans une trajectoire plus ambitieuse. « L’année 2026 ne sera pas seulement celle de la poursuite de l’intégration. Elle doit marquer l’accélération du nouveau SES, en construction pour devenir un leader du secteur », a souligné le directeur général.
Les investissements, attendus autour de 700 millions d’euros, intégreront notamment les premières phases du programme IRIS², le futur système européen de connectivité sécurisée par satellite, dont SES est chef de file du consortium, ainsi que les premiers jalons de meoSphere, la future constellation en orbite moyenne (MEO) de nouvelle génération que le groupe présente comme sa pièce maîtresse sur les marchés gouvernementaux et de défense à l’horizon 2030.
Au-delà de l’exécution opérationnelle, le pari technologique, fondé sur une architecture multi-orbite articulée autour des flottes géostationnaires (GEO) et MEO du groupe, et complétée par des partenariats pour l’accès aux capacités en orbite basse (LEO), constitue le véritable test de la thèse industrielle défendue par SES depuis l’acquisition d’Intelsat. Comme l’a rappelé le directeur général, SES « n’est pas un acteur des constellations LEO qui prolifèrent à grande échelle ».
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