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Macro-économie / Taux / énergie

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L’industrie européenne au révélateur du gaz russe / Elle n’a pas attendu la crise énergétique pour opérer un virage

L’industrie européenne plie mais ne rompt pas. L’arrêt de l’accès au gaz russe a certes frappé de plein fouet nombre de ses membres. Néanmoins, à en croire le Bulletin de la Banque de France publié cette semaine, cela faisait déjà de nombreuses années que le secteur avait entamé une recomposition vers ses branches les moins intensives en énergie. Un choix qui semble être amené à se poursuivre au vu de la tournure des évènements.
Gazoduc. Photo par ROBERT NEMETI / ANADOLU / ANADOLU VIA AFP
Gazoduc. Photo par ROBERT NEMETI / ANADOLU / ANADOLU VIA AFP

Une crise comme accélérateur. L’industrie du Vieux continent a vu l’invasion de l’Ukraine par la Russie dévoiler au grand jour sa dépendance au gaz russe. Les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) exposant qu’en 2021 c’était près de 40 % de sa consommation annuelle qui provenait du pays dirigé par Vladimir Poutine. Les membres de la direction de la Conjoncture et des Prévisions macroéconomiques de la Banque de France s’étant penchés sur la question soulignent à quel point cela a bouleversé le modèle sur lequel s’était établie l’industrie européenne. Ce qui s’est traduit par une baisse de 11 % de la production des secteurs intensifs en énergie de la zone euro entre mars 2022 et mai 2025.

Cette dernière bénéficiait de fait depuis de longues années de prix du gaz jugés compétitifs, étant « certes plus élevés qu’aux États-Unis, producteurs d’hydrocarbures, mais légèrement inférieurs à ceux de l’Asie ». Tout au long de la deuxième décennie du siècle, les acteurs industriels du Vieux continent ont pu bénéficier de prix bas et stables en ce qui concerne le gaz naturel. Un soutien appréciable qui n’avait pas empêché les secteurs moins intensifs en énergie de gagner en importance au fil des années et des crises successives.

 

Revirement

 

Les deux auteurs arguent que dès le milieu des années 2000, l’industrie européenne entame « une recomposition structurelle où les branches à forte intensité énergétique voient leur poids relatif se réduire. À chaque crise — 2008-2009, 2012, puis 2022 —, ces activités semblent subir un fort repli, comme le reste de l’industrie, mais ne retrouvent pas ensuite leur niveau d’avant-choc ».

À l’inverse, les segments moins intensifs tels que la pharmacie, l’électronique ou certains biens d’équipement ont quant à eux tiré avantage de chacune de ces reprises, orientant au fil des ans le tissu productif vers des activités à plus forte valeur ajoutée. Les répercussions de la mauvaise santé de certains pans de l’économie européenne se font également sentir ; la construction, l'automobile ou encore les biens d’équipement étant présentés comme ayant des fragilités structurelles. Lesquelles se répercutent sur les branches de l’industrie à forte intensité énergétique, puisque celles-ci « fournissent surtout des intrants à des secteurs en aval » dont font partie ceux en difficulté. Pour ne rien améliorer, il s’avère que la construction est dans une spirale morose depuis 2009 et souffre des conditions de crédit plus restrictives ces dernières années.

 

Cycle

 

Tout n’est pas perdu pour autant, les économistes considérant que les différents projets d’investissements allemands sont à même de venir en soutien de la demande européenne. La diversification des approvisionnements du Vieux continent devrait dans le même temps se poursuivre : qu’il s’agisse de la montée en puissance du GNL, de l’essor des énergies renouvelables ou encore du renouveau nucléaire.

Autant d’atouts pour améliorer la compétitivité énergétique des acteurs européens et permettant pour les investisseurs d'avoir une meilleure visibilité des investissements dans l’industrie. Pas de quoi dédouaner les branches intensives en énergie de réussir leur transition environnementale, une démarche dans laquelle elles sont déjà encouragées. Notamment en France où l’électrification des usages est ardemment souhaitée par le gouvernement.

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