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2025, un rendez-vous manqué pour la reprise des IPOs françaises et européennes / Pendant que les Etats-Unis et la Chine ne sont que peu bousculés par les tensions ambiantes

Alors que les espoirs de reprise des introductions en Bourse, en France et en Europe, étaient tournés vers 2025, l’année écoulée n’aura pas permis d’inverser la tendance. Bien que certaines opérations d’envergure répondent à l’appel, les entreprises du Vieux continent semblent avoir été freinées par les risques d’exécution entraînés par les troubles à l’œuvre dans le monde, sur le plan économique et géopolitique. Des tensions qui sont pourtant loin d’avoir produit le même effet de parts et d’autres du globe. Certains facteurs pourraient toutefois permettre à l’Europe de changer de cap.
(Photo by HATIM KAGHAT / BELGA MAG / Belga via AFP)
(Photo by HATIM KAGHAT / BELGA MAG / Belga via AFP)

Un bilan encore dégradé, dans un environnement toujours épineux. En décembre 2024, le panorama annuel des introductions en Bourse (IPO) françaises avait fait ressortir une conclusion contrastée. Certes, le nombre d’IPO était orienté à la baisse. En revanche, les opérations qui s’étaient effectivement réalisées l’avaient été haut la main, avec deux fois plus de montants levés. À l’approche de la nouvelle année, place donc au traditionnel décompte : il en ressort que seules deux IPO ont répondu à l’appel de la Bourse de Paris en 2025, d’après le rapport du cabinet EY (qui n’inclut pas les opérations réalisées sur Euronext Access et comptabilise seulement les cotations au travers desquelles des fonds ont été levés).

Il s’agit de celle de Semco Technologies - concepteur et fabricant de composants stratégiques pour la production de semi-conducteurs - ayant sonné la cloche d’Euronext Growth Paris au mois de juillet et levé 45 millions d’euros à cette occasion et de Kaleon, spécialiste de la valorisation, de la préservation et de la conservation du patrimoine historique, qui a eu la particularité de s’introduire simultanément sur Euronext Growth Paris et Milan. Une offre sur-souscrite, qui aura permis à l’entreprise de lever 18 millions d’euros.

Il faut dire que le trouble politique latent, au regard des changements successifs de gouvernement ou bien encore celui entourant le budget pour 2026, n’aide pas les entrepreneurs à se projeter. "Ils ne savent pas de quoi demain sera fait et préfèrent donc se concentrer sur leurs affaires. En France, nous vivons malheureusement des incertitudes géopolitiques, mais aussi politiques. Les risques d’exécution sont trop importants", remarque Cédric Garcia, associé chez EY et spécialiste des IPO, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare, rappelant que certaines grandes IPO portées par des fonds de private equity (comme Exosens, accompagné par HLD et Planisware par Ardian) avaient répondu à l’appel en France l’année dernière, jouant aussi sur les montants levés.

 

Moteur français en panne

 

La tendance française, marché habituellement moteur aux côtés du Royaume-Uni, a essentiellement pesé sur la dynamique européenne. Les 102 IPO qui ont été enregistrées sur le continent par EY avant le 11 décembre représentent un recul de 13 % en volume, que tandis que les 17 milliards de dollars (14,5 milliards d’euros) ayant été levés à ces occasions traduisent une baisse de 8 % en valeur.

Le tableau n’est cependant pas complètement sombre. L’Europe peut se targuer d’avoir enregistré sa plus grande IPO cette année, après celle de Porsche en 2022, grâce au spécialiste des systèmes d’alarme Verisure, ayant levé plus de 3 milliards d’euros en entrant à la Bourse de Stockholm. "Mais l’Europe n’a pas réussi à surnager l’ensemble de courants contraires", estime Cédric Garcia.

À l’inverse, les États-Unis et la Chine ont bien su résister à cet environnement macroéconomique et géopolitique défavorable. De fait, 223 opérations ont été enregistrées aux États-Unis cette année (en hausse de 27 %), pour 45,5 milliards de dollars (en progression de 38 %, correspondant à 38,7 milliards d’euros). La profondeur des marchés et les niveaux de valorisation incitent toujours les entreprises à venir s’y coter, indique l’expert. "À ces fortes valorisations, notamment dans la Tech, s’ajoute un autre phénomène : les banquiers ont désormais tendance à coter les entreprises à des prix raisonnables, permettant aux trajectoires boursières d’être ascendantes. Les IPO sont des success-stories souvent, ce qui crée un cercle vertueux", remarque Cédric Garcia.

 

Effet inverse

 

En Chine, la tendance est d’autant plus marquée. Les 222 opérations réalisées se sont traduites par 54,8 milliards de dollars levés (46,6 milliards d’euros), contre 20,9 milliards de dollars l’an passé. "Il s’est produit, en Chine, un phénomène particulier. Le conflit ouvert de Donald Trump à l’égard du pays et de ses entreprises a poussé ces dernières à se coter dans le pays plutôt qu’aux États-Unis", observe Cédric Garcia. Et de fait, la palme de la plus grande IPO de l’année revient à CATL, champion chinois des batteries, qui a levé l’équivalent de 4 milliards d’euros lors de son introduction à la Bourse de Hong-Kong. À l’inverse, le géant du e-commerce Alibaba avait par exemple choisi Wall Street pour se coter il y a quelques années.

En dépit de ce bilan morose, l’associé chez EY veut croire à quelques signaux prometteurs pour 2026. Au-delà du fait que la Banque centrale européenne a déjà achevé la normalisation de sa politique monétaire, le contexte de pré-élections présidentielles pourrait aussi venir apaiser les risques de chamboulements majeurs à cet égard en France – bien que les sondages ou autres événements ayant trait à ces sujets puissent parfois mettre leur grain de sable sur les marchés.

Par ailleurs, les entreprises de la défense, qui se coteront en Europe et faisant face à d’importants besoins de financements, pourraient également représenter une opportunité de taille. L’industriel franco-allemand KNDS a d’ailleurs indiqué ce mercredi qu’il poursuivait ses préparatifs en vue d’une IPO à Paris et Francfort l’année prochaine.

 

D’autres motifs d’espoir

 

Sur les perspectives promises par les entreprises de l’IA, Cédric Garcia reste plus mesuré : il existe effectivement une multitude de candidats potentiels, mais plus spécialisés sur certaines briques de la technologie appliquée à des secteurs de l’économie. Pour l’heure, les montants dont ont besoin celles qui sont spécialisées sur les grands langages de modèles ou bien d’autres spécialistes des infrastructures restent mieux articulés aux capacités des fonds de private equity, estime-t-il.

Et puis, les grandes introductions en Bourse françaises de 2024 ont également prouvé que des trajectoires boursières heureuses étaient possibles, tout comme bien d’autres entreprises technologiques. À l’échelle de l’Europe également, les pouvoirs publics comme les acteurs privés sont à la manœuvre pour rendre les marchés financiers plus intégrés et attractifs. "Il y a une volonté réglementaire commune, Euronext est aussi actif sur le terrain de la consolidation européenne, comme en a témoigné le récent rachat de la Bourse d’Athènes ", rappelle Cédric Garcia De quoi laisser espérer que la fenêtre des IPO s’ouvrira bientôt de nouveau pour de bon.

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