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Shein : une IPO, et plusieurs vents contraires / Dont celui d'une croissance qui ralentit

Le géant chinois de l’ultra "fast fashion" va faire ses premiers pas à la Bourse de Hong Kong en septembre, visant une valorisation plus modeste que celles qui avaient été atteintes lors de ses précédentes levées de fonds. L’opération intervient dans un contexte où sa croissance a ralenti et où l’environnement commercial et réglementaire international lui est de moins en moins favorable.
(Photo : GDX / CFoto / CFOTO via AFP)
(Photo : GDX / CFoto / CFOTO via AFP)

L’arrivée de Shein sur les marchés est imminente : l’introduction en Bourse du géant chinois de la "fast fashion" aura lieu le 1er septembre. D’après le prospectus de l’entreprise, elle prévoit de mettre sur le marché près de 280 millions d’actions à un prix compris dans une fourchette de 47,60 à 49,50 dollars hongkongais, soit environ 6 dollars américains et quelque par titre. Le prix d’émission devrait être arrêté le 28 août avant d’être annoncé à la veille de son premier jour de cotation. Le groupe prévoit de lever près de 1,8 milliard de dollars américains et vise une valorisation qui pourrait aller jusqu’à 26,8 milliards de dollars. Un écart notable par rapport aux 64 milliards de dollars qu’avait fait ressortir sa dernière levée de fonds privée en 2023, et même de près de 100 milliards de dollars en 2022, peut-on lire dans son document.

Cette opération serait l’épilogue de plusieurs feuilletons de cotations avortées pour Shein, dont les revenus avaient explosé lors de la crise sanitaire, surfant sur l’absence de points de vente physiques et la proposition d’articles de mode à très petits prix. Le premier avait eu lieu à New York et le second à Londres. Grâce aux fonds levés, l’entreprise, dont le modèle et les activités ont récemment été au cœur de plusieurs controverses en Europe, prévoit principalement d’améliorer ses capacités technologiques et de renforcer sa présence internationale, puisqu’environ 80 % des capitaux de l’opération seront utilisés à ces deux fins. Le reliquat sera consacré aux initiatives visant à promouvoir la responsabilité de l’entreprise ainsi qu’aux frais généraux de fonctionnement de l’entreprise.

 

Une hausse plus faible

 

L’an passé, Shein a frôlé les 42 milliards de dollars américains de revenus, soit une hausse de 8 % par rapport à 2024, compte à date 273 millions de clients actifs et est présente sur 160 marchés. Sur les deux exercices précédents, la croissance de son chiffre d’affaires s’affichait à 20,7 % (à fin 2024) et 41,1 % (fin 2023). Sa marge opérationnelle était quant à elle de 4,1 % en 2025 et son bénéfice net de 2 milliards de dollars. La publication de son document d’introduction en Bourse s’est aussi accompagnée de celle de ses résultats du premier trimestre de 2026, qui témoignent de revenus en quasi-stabilité (9 milliards de dollars contre 8,9 milliards de dollars à fin mars 2025), d’une marge opérationnelle en recul (2,9 % contre 3,9 % un an auparavant), ainsi que d’une perte nette trimestrielle de 99 millions de dollars, à comparer à un bénéfice net de près de 400 millions de dollars à fin mars 2025. Celle-ci s’explique par l’enregistrement d’une charge comptable exceptionnelle, ainsi que par la suppression des exemptions de droits de douane pour les colis de faible valeur aux États-Unis et par les droits de douane additionnels sur les importations chinoises.

Le groupe a également indiqué que la majorité des coûts tarifaires avaient été répercutés sur ses prix à partir de mai 2025, ce qui a eu un impact négatif sur ses revenus dans le pays. « Malgré le choc initial, la société observe désormais des signes de normalisation dans le comportement d’achat des consommateurs américains et les tendances des ventes », indique Shein. De l’autre côté, le groupe fait aussi désormais face à des difficultés douanières au sein de l’Union européenne (UE), qui représente environ un tiers de ses revenus dans l’ensemble.

 

Leviers à activer

 

L’UE impose en effet, depuis le 1er juillet, une taxe transitoire de trois euros sur les colis bon marché, de moins de 150 euros. Elle sera complétée à partir de novembre par des frais de traitement. « Bien qu’il soit trop tôt pour une évaluation complète, la société anticipe que les tendances négatives observées dans l’UE pourraient égaler, voire dépasser, les impacts négatifs déjà constatés sur le marché américain », explique Shein. Face à cela, le groupe entend user de leviers similaires, à l’instar de certaines augmentations de prix, prévenant que cela aura probablement un impact sur ses volumes de ventes. Il compte aussi stocker plus de produits localement, développer ses capacités de livraison locales et renforcer sa conformité douanière. À noter que le groupe est, par ailleurs, visé par une enquête de Bruxelles dans le cadre de son Digital Services Act, dont une conclusion de non-conformité pourrait l’exposer à une amende allant jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires annuel mondial. Dans les risques cités en amont de l’opération, l’entreprise pointe aussi une concurrence des nouveaux acteurs qui s’est accélérée.

Dans son document, l’entreprise met en avant sa stratégie de croissance reposant sur plusieurs piliers, parmi lesquels attirer de nouveaux consommateurs, étendre son offre à de nouvelles catégories de produits, ou renforcer sa chaîne d’approvisionnement. Elle estime également être avantagée par son échelle ou par son modèle opérationnel permettant « d’atteindre un équilibre optimal entre la diversité de la sélection des produits, la rapidité du renouvellement des modèles et l’efficacité de la gestion des stocks », entre autres.

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