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Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

exclusif L'année 2026 vue par... Henri Chabadel / Responsable des investissements de BlackRock pour la France, la Belgique et le Luxembourg

EXCLUSIF. Quelle forme affichera l’économie française en 2026 ? Le manque de confiance envers les institutions politiques se traduira-t-il par un nouveau recul de l’investissement des entreprises dans notre pays ? L’Europe trouvera-t-elle les moyens de donner un coup d’arrêt à la déferlante manufacturière chinoise ? Quelles conséquences aurait une possible mise sous tutelle de la Fed par Donald Trump ? L’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises se transformera-t-elle enfin en levier de croissance ?   Autant de questions que vous vous posez et auxquelles WanSquare tente de répondre chaque jour grâce aux éclairages de chefs d’entreprise, investisseurs et économistes.
Henri Chabadel - DR
Henri Chabadel - DR

Quel est votre scénario de croissance en Europe pour 2026 ? 

 

Notre scénario pour la croissance en Europe en 2026 est constructif, mais nuancé. Nous pensons que le continent est en train de combler une partie de son retard structurel grâce à plusieurs dynamiques positives. D’abord, la fragmentation géopolitique a créé une urgence nouvelle pour accélérer les réformes structurelles, et nous observons déjà des avancées concrètes, notamment avec la révision du Pacte de Stabilité et de Croissance (Stability and Growth Pact (SGP)) qui rend la politique budgétaire européenne plus flexible. Cette évolution permet aux gouvernements de poursuivre des objectifs stratégiques, comme le financement de la défense ou la transition énergétique, tout en maintenant une certaine discipline budgétaire.

Nous voyons également des opportunités dans certains secteurs, comme les infrastructures, les services financiers et désormais la santé, qui bénéficient de politiques publiques ciblées et d’un regain d’intérêt des investisseurs. Plus largement, la stabilité économique de la zone euro est un atout pour les actifs obligataires, et nous privilégions le crédit européen par rapport à d’autres régions.

 

Quel est le principal aléa autour de vos prévisions pour l'Europe ? Si les rapports Draghi, Letta et Noyer constituent des réponses à moyen terme pour donner un coup de fouet à notre compétitivité, existe-t-il des mesures clé en main pouvant être déployées afin de sauvegarder le tissu productif du Vieux continent ? L’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne sera-t-il une variable clé ?

 

Le principal aléa autour de nos prévisions concerne la capacité des gouvernements à mettre en œuvre ces réformes de manière efficace et à mobiliser l’épargne vers l’investissement productif. Même si des progrès sont réalisés, beaucoup reste à faire pour améliorer la compétitivité et le rendement du capital investi en Europe. Il faudrait en effet que des politiques plus favorables aux entreprises soient mises en place et que les marchés financiers soient plus développés pour que les performances récentes se poursuivent. Par ailleurs, la dépendance énergétique et les coûts élevés de l’électricité demeurent des points de vigilance, tout comme la rapidité d’exécution des plans budgétaires, en particulier dans le contexte de la transition énergétique et de la défense. 

Enfin, l’expansionnisme budgétaire de l’Allemagne est effectivement une variable clé. Cette impulsion budgétaire, si elle est bien exécutée, pourrait soutenir la croissance non seulement en Allemagne mais aussi dans l’ensemble de la zone euro, à condition que les investissements soient orientés vers des secteurs porteurs et qu’ils s’accompagnent de réformes structurelles.

 

Une bulle spéculative s’est-elle formée dans le secteur de l’intelligence artificielle ? Si oui, un éclatement pourrait-il mettre en péril la stabilité financière mondiale ?

 

Nous pensons que l'économie mondiale et les marchés financiers sont en pleine mutation sous l'effet de méga forces, notamment l'intelligence artificielle (IA). Le développement de l'IA pourrait être plus rapide et plus important que toutes les révolutions technologiques passées. Selon des estimations, les dépenses des entreprises dans l’IA pourraient atteindre entre 5 000 et 8 000 milliards de dollars dans le monde d’ici 2030, principalement aux États-Unis. Le thème de l'IA devient un sujet d'investissement actif permettant d'identifier de nouveaux gagnants à mesure que les revenus liés à l'IA se diffuseront dans l'ensemble de l'économie.

Les ambitions de dépenses en capital liées au développement de l’IA sont si importantes que "le micro devient le macro". Les revenus globaux pourraient justifier ces investissements, mais la part qui reviendra aux entreprises technologiques qui construisent l’IA demeure incertaine. C’est pourquoi elles pourraient ajuster leurs plans à mesure que la visibilité sur les revenus s’améliore et que les contraintes énergétiques se durcissent. Ces dernières pourraient ralentir le déploiement, mais aussi créer d’autres opportunités. C’est aussi important de noter que les dépenses liées à l’IA ont lieu aujourd’hui, tandis que les revenus arriveront plus tard. Et cela se produit dans un contexte où les bilans du secteur public sont déjà fortement endettés.

 

Pour la première fois depuis 2018, la Fed va avoir un nouveau patron. Après la nouvelle baisse de taux décidée le 10 décembre dernier, comment anticipez-vous l’orientation de la politique monétaire américaine en 2026 ?

 

Premièrement, la décision de la Fed de baisser ses taux a suscité trois dissensions au sein du Federal Open Market Committee, un record depuis 2019, révélant des divergences croissantes sur la trajectoire des taux. Jerome Powell a indiqué la fin des baisses "préventives" et un passage à une approche attentiste, soulignant la tension entre soutien à l’emploi et maîtrise de l’inflation. Deuxièmement, de nouvelles baisses dépendront de preuves claires d’un ralentissement du marché du travail. Powell anticipe une croissance de la productivité en 2026, mais prévient qu’un rebond de l’embauche ou de la confiance pourrait raviver les pressions inflationnistes.

Troisièmement, la Fed reste orientée vers des taux plus bas alors que d’autres banques centrales envisagent des hausses, accentuant le décalage mondial et l’incertitude pour 2026.

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