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Reeves / Royaume-Uni / Budget
Un budget britannique qui rassure pour l’heure / Le gouvernement garde la confiance du marché
Une erreur qui n’a pas facilité la tâche de Rachel Reeves. La chancelière de l’Echiquier a en effet vu le prévisionniste indépendant qu’est le Bureau de responsabilité budgétaire (OBR) gaffer et dévoiler son appréciation du budget avant même que le discours pour le présenter ait eu lieu. Il semble que pour l’heure la sphère financière et celle politique soient quelque peu apaisées par la trajectoire dessinée par le gouvernement.
Des ruptures majeures sont pourtant relevées par les différents observateurs. John Plassard, associé et responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion, explique que ce budget "marque un tournant politique et économique majeur, avec 26 milliards de livres de hausses d’impôts, l’un des montants les plus élevés depuis les années 1970 ". Une mesure qualifiée de "discrète mais lourde" est relevée par ses soins, à savoir la prolongation jusqu’en 2031 des seuils d’imposition et de National Insurance puisqu’il considère qu’elle "fera entrer des millions de contribuables dans des tranches plus élevées ".
Tenir le cap
Les défis n’en demeurent pas moins nombreux pour le gouvernement et ce quel que soit l’horizon auquel on se place. Les équipes d’Oxford Economics constatent qu’il est question d’un effort de 17 milliards de livres sterling (0,5 % du PIB) au titre de l’exercice 2029-2030, or elles font valoir que prochaines élections générales sont prévues à cette date-là. De quoi les faire arguer qu’au vu d’économies reposant essentiellement sur "l’extension du gel du seuil fiscal et de la limitation de la générosité des sacrifices salariaux, et il y aura probablement une tentation de retarder voire d’abandonner ces mesures à l’approche de l’élection, d’autant plus que l’année cible des règles budgétaires sera à nouveau adoptée d’ici là".
L’annonce d’un coussin budgétaire de quelque 22 milliards qui est le plus important depuis 2022, a été pour l’heure un "élément décisif pour rassurer les marchés", explique John Plassard. Ces derniers ne semblent pas s’inquiéter pour l’heure des prévisions de croissance communiquée par l’OBR. Celles-ci font état d’une relative atonie avec une hausse annuelle oscillant entre 1,4 et 1,5 % jusqu’en 2030. Combiné à une fiscalité alourdie et à une inflation qui devrait rester tenace – de l’ordre de 2,5 % l’an prochain – le cocktail est particulièrement défavorable pour les revenus réels des ménages. D’autant plus que cette trajectoire reste suspendue à des investisseurs dont le responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion rappelle que s’ils "ont applaudi l’effort de discipline hier, scruteront désormais la capacité du gouvernement à maintenir une majorité cohérente tout au long du processus parlementaire". Les discussions au Parlement pourraient bien voir le Parti travailliste se diviser notamment sur la question de la justice fiscale.
Incertitude
L’analyste va jusqu’à souligner qu’un "seul faux pas dans les débats parlementaires pourrait rallumer les doutes sur la crédibilité politique et budgétaire du Royaume-Uni". Parmi les écueils listés par les équipes d’Oxford Economics on retrouve les conséquences des mesures fiscales, les contraintes qu’elles font peser sur les ménages modestes. Le passé récent tend à montrer que de "tels changements déclenchent souvent des changements de comportement", rendant dès lors toute projection de revenus beaucoup plus incertaine.
La soutenabilité politique des mesures est également posée et ce particulièrement au vu des réactions provoquées par le budget d’octobre 2024. Le choix qui est fait de faire reposer l’essentiel de l’effort sur les hausses d’impôts est quant à lui jugée comme à même de "renforcer la perception que le gouvernement manque de discipline interne pour réduire les dépenses". Andrew Goodwin, économiste en chef au Royaume-Uni pour Oxford Economics, n’est que peu optimiste au vu de la situation et considère que le scénario central est celui d’une "lente montée des primes de risque et une baisse de la livre. Cela pourrait se transformer en une perte de confiance plus soudaine, compte tenu d’une série de surprises défavorables potentielles". La Banque d’Angleterre n’est pas à l’abri de ce scénario, John Plassard arguant que la crédibilité de l’institut d’émission est désormais tout autant du fait de ses taux que de la discipline budgétaire britannique.
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