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L’offensive chinoise fait vaciller les industriels européens / Tandis que la France fait face à ses propres retards, notamment dans la robotisation
La sonnette d’alarme est régulièrement tirée par les dirigeants industriels européens, mais voici le phénomène désormais bien ancré dans les chiffres : les entreprises chinoises n’en finissent plus d’asseoir leur puissance sur le Vieux continent. Selon le dernier baromètre "L’industrie en mouvement", réalisé par la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, la Direction générale des Entreprises, Business France, France Industrie, la Banque des Territoires, Bpifrance et avec le concours de Rexecode, le déficit commercial européen vis-à-vis de la Chine a atteint un record de 300 milliards d’euros à la mi-2025… contre 110 milliards d’euros en moyenne entre 2010 et 2019. Une dynamique accentuée par les tensions commerciales exacerbées entre les États-Unis et l’Empire du milieu, accusant aussi le coup de la morosité de sa demande interne. Et qui réoriente ainsi sa production de masse vers le marché européen.
Sur les plates-bandes
Ce problème pour les entreprises du continent à de multiples racines. Il est la conséquence de deux chocs, le premier étant survenu au début des années 2000, à la suite de l’entrée de l’Empire du milieu dans l’Organisation mondiale du commerce. Le second émerge depuis le Covid et s’est structuré autour d’un nouveau triptyque, explique l’étude : les véhicules électriques, les batteries et les panneaux solaires. De plus, l’Europe souffre d’un écart de compétitivité croissant, puisque les prix à la production ont bondi de 30 % depuis la crise sanitaire. Ils sont à l’inverse restés stables en Chine. Il reste évidemment les pratiques de dumping chinoises. Et pas seulement : "La montée en gamme de la Chine s’opère sur les points forts de l’industrie européenne, ses entreprises prennent des parts de marché sur les produits où nous étions auparavant en pointe", a expliqué Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode, lors de la présentation du rapport.
Ce qui se vérifie notamment dans l’automobile ou dans la sidérurgie. A cette domination croissante sur le plan des technologies s’ajoute celle sur les terres rares. D’autant qu’à l’inverse de ce qui peut se produire à l’échelle européenne ou française, où les va-et-vient réglementaires sont souvent de mise, la Chine peut se targuer d’avoir la vision claire, grâce à une politique industrielle stable et cohérente dans la durée, a rappelé la chercheuse Anaïs Voy-Gillis, ayant coordonné les travaux du baromètre. Le sujet de la Chine est d’ailleurs d’autant plus problématique pour l’industrie française : si l’écart se creuse à l’échelle européenne, les échanges avec l’Empire du Milieu concentrent à eux seuls près de 60 % du déficit total de la France.
Écart franco-allemand
Le tableau tricolore n’est pourtant pas complètement sombre. Pour la sixième année consécutive, la France est restée première en Europe pour l’accueil d’investissements étrangers d’implantation ou d’extension de sites de production (415 projets recensés en 2024). Ses start-ups industrielles ont représenté 36 % des levées de fonds dans la French Tech l’année dernière, signe que la relève en la matière est bien engagée. De même, avec un chiffre d’affaires industriel de 1 250 milliards d’euros, l’Hexagone se classe au deuxième rang des industries européennes, à égalité avec l’Italie, chacune représentant 12,5 % de la production de l’Union européenne. En revanche, l’Allemagne fait nettement la course en tête (25 % des parts) et les investissements promis par son nouveau chancelier, Friedrich Merz, risqueraient de creuser d’autant plus l’écart.
Et puis, sur d’autres aspects, les différences entre les puissances industrielles du continent restent tout aussi marquées - notamment sur l’investissement manufacturier. Après une stagnation entre 2000 et 2016, il a grimpé de plus de 15 % entre 2016 et 2023, porté par la politique de l’offre. Mais une pression en la matière est apparue en 2024, qui ne s’est pas arrêtée depuis. Tout particulièrement, le segment clé de la robotisation montre des signaux inquiétants : la France n’avait installé que 4 900 robots en 2024, soit une baisse de 24 % par rapport à 2023. Cela correspond à un chiffre presque aussi élevé que l’Italie, mais bien loin derrière l’Allemagne et ses près de 27 000 robots industriels. À l’heure où la population vieillit et où les difficultés de recrutement et les coûts de la main-d’œuvre qualifiée ne s’estompent pas, le sujet du manque d’automatisation de l’industrie français se révèle toujours plus critique. D’autant que le récit ancré selon lequel la robotisation remplacerait les emplois est à prendre avec des pincettes. "Au début, cela peut permettre d’en sauver quelques-uns. Mais à moyen terme, les sites ferment car ils ne sont pas assez productifs", a indiqué Anthony Morlet-Lavidalie.
Des débats dommageables
Formation, disponibilités des compétences, coût du travail (notamment qualifié) et de l’énergie trop élevés, fiscalité sur la production (les impôts supportés par les entreprises françaises représentent 3,2 % du PIB, soit plus du double de la moyenne de la zone euro et quatre fois le niveau de l’Allemagne), inaccessibilité du foncier, complexité des procédures administratives… les poids qui pèsent sur la compétitivité des entreprises françaises restent nombreux. Et les freins à lever pour pouvoir enclencher une dynamique de réindustrialisation pérenne le sont tout aussi.
Car si les moyennes cachent nécessairement des disparités en fonction des secteurs, la tendance reste vacillante : certes, la part de l’industrie manufacturière dans le PIB se maintient autour d’un étiage de 10 %, mais à 9,6 % en 2024, elle s’affiche en recul de 0,2 % par rapport à 2023 et reste inférieure à son niveau d’avant-crise sanitaire. "La France reste une formidable puissance industrielle, malgré la conjoncture et les affres vécues au Parlement en cette période de débats budgétaires, qui envoient des signaux anti-entreprises. Certaines mesures, si elles étaient bien crantées dans le budget, seraient très dommageables. Et même si elles ne le sont pas, le débat public envoie de mauvais messages pour l’investissement et la réindustrialisation", a regretté de son côté le directeur général de France Industrie, Vincent Moulin-Wright.
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