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Entrepreneuriat / défaillances / Papin
Le rebond entrepreneurial, une question structurelle aux réponses multiples / Travailler sur les difficultés à accéder au prêt bancaire en cas de nouveau projet en fait partie
Au cœur d’une période marquée par la recrudescence des défaillances d’entreprises, accompagner et encourager le rebond des entrepreneurs apparaît comme un axe de travail prioritaire pour permettre au tissu économique français de poursuivre son renouvellement. C’est dans ce contexte qu’étaient organisées lundi, à Bercy, les Assises du Rebond, ouvertes par le ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, Serge Papin. "C’est mon premier discours ici à Bercy, et c’est pour parler du rebond et des entreprises en difficulté. Ça peut paraître étonnant et pourtant je ne crois pas. Le message est simple, nous devons raviver l’esprit d’entreprendre, coûte que coûte. Il y aura des revers, des accidents de parcours, nous le savons. Mais ce n’est pas une fin en soi", a-t-il indiqué.
D’autant que les défaillances "subies" ne sont pas le seul indicateur à surveiller, a rappelé Philippe Fourquet, secrétaire général du Portail du Rebond des entrepreneurs : "Il y a un réel besoin de soutien, car les chiffres ne sont pas bons. On parle souvent de défaillances, mais les radiations volontaires, qui sont des défaillances qui ne portent pas leur nom, ont aussi fortement progressé ces dernières années". Et de poursuivre : "Il faut changer le regard sur l’échec, qui est aujourd’hui stigmatisé. Il ne faut pas qu’il soit considéré comme rédhibitoire. Il faut également permettre aux entrepreneurs de ne pas avoir honte de demander de l’aide, ils ont souvent tendance à penser que leur leadership en sera abîmé".
Le fait est que l’échec fait finalement bien souvent partie du parcours entrepreneurial, ont rappelé les différents intervenants au cours de l’après-midi. L’émergence inattendue d’un concurrent ou bien la perte d’un fournisseur stratégique font partie de ces étapes pouvant conduire à l’extinction d’une entreprise. C’est au travers de ce prisme – soit celui de considérer qu’au-delà de l’effet de rattrapage post-Covid, les défaillances d’entreprises sont une composante structurelle et naturelle de la vie économique et que les difficultés ne sont pas des cas isolés, puisque chaque année en moyenne, depuis 2000, 1,4 % du tissu entrepreneurial disparaît en France – que Bpifrance Le Lab a choisi d’aborder le sujet en sondant 881 dirigeants d’entreprises à ce propos.
Risques intrinsèques
Des chiffres rappelant qu’entreprendre représente, par nature, des risques. Tout particulièrement dans le contexte économique actuel. Il est en tout cas ressorti de cette enquête que l’échec survient rarement de manière brutale : près des trois quarts des dirigeants n’ayant jamais vécu de procédure collective ont, malgré tout, déjà rencontré une ou plusieurs difficultés financières. Un sur deux a d’ailleurs déjà enregistré un résultat négatif. "N’importe qui peut être concerné, la culture financière des dirigeants peut également être assez faible. Il faut repérer les signaux faibles avant qu’ils ne s’aggravent", a rappelé Bao-Tran Nguyen, responsable du pôle étude du think tank de la banque publique d’investissement, lors de la présentation de l’étude cet après-midi à Bercy.
Il faut dire que l’enquête a également montré que nombre de dirigeants, par optimisme ou ténacité, tendent à nier leurs difficultés et à refuser l’aide extérieure. L’échec reste tabou, tandis que les patrons ne connaissent que mal les instances, les acteurs ou les dispositifs qui pourraient leur permettre de garder la tête hors de l’eau. Les tribunaux restent ainsi perçus comme des lieux de sanction, malgré les procédures préventives qu’ils permettent de mettre en place et l’augmentation des chances de rebond que leur recours permet d’amorcer. L’échec est aussi toujours perçu comme une faute personnelle.
La seule volonté des dirigeants ne suffit toutefois pas. Le rebond reste en effet un défi financier, remarque l’étude : 63 % des dirigeants ayant liquidé leurs entreprises se retrouvent en précarité financière et 60 % d’entre eux ont une caution bancaire personnelle à rembourser. De même, les entrepreneurs enclins à rebondir font généralement face à une réticence nette des acteurs bancaires. Près de 70 % des patrons dont l’entreprise est en redressement (non liquidée) peinent à obtenir un prêt. "La re-bancarisation est un obstacle structurel", a remarqué Bao-Tran Nguyen, relatant certains écueils pointés par les dirigeants reçus en entretien pour cette enquête, qui ont pu regretter que les primo-entrepreneurs puissent avoir davantage de facilité à se financer, "comme si leur expérience n’existait pas".
Un exemple
Un message corroboré par Claire Renaud, entrepreneure dans l’innovation industrielle thermique, ayant plusieurs créations d’entreprises à son actif. La première s’est éteinte du fait d’une radiation volontaire, la seconde a été liquidée judiciairement à sa demande – en raison de la crise sanitaire, alors même que l’essentiel de la clientèle de sa société était composé de professionnels de la restauration, ayant donc fermé du jour au lendemain. "C’est, à mon sens, un bon réflexe d’entrepreneure. Je ne suis pas allée chercher de Prêts garantis par l’État, ou d’argent supplémentaire, car je savais que je ne pourrai pas poursuivre mon activité. Il faut savoir fermer à temps. […] Je me souviens toutefois de la clé mise dans la serrure de mon usine, devoir tout arrêter, licencier, quand on a tout monté de A à Z, on n’imagine pas la violence que cela représente", a-t-elle souligné lors d’une table ronde.
Soucieuse de remonter en selle, elle a créé une microentreprise lors de cette liquidation, bataillé pour récupérer ses brevets pendant deux ans, vendu ses produits en prototype, retrouvé des clients. Elle est désormais titulaire d’un prêt d’honneur grâce au réseau "Initiative" pour financer son fonds de roulement, détaillé dans son business plan. Mais elle se retrouve pourtant dans l’incapacité de pouvoir le mettre à profit, ce dernier étant adossé à un prêt bancaire, qu’elle s’est vue refuser à cinq reprises. "Je n’ai toujours pas de financement. […] Au bout de cinq ans, une liquidation ne devrait pas poser de problème. […] Il manque un maillon essentiel à la chaîne du rebond, car le financement reste le nerf de la guerre. On peut avoir un projet solide, une expérience, une garantie bancaire, une activité lancée, mais si les portes se ferment au moment clé, cela ne sert à rien", a-t-elle regretté.
De ce fait, elle a par exemple pointé qu’il pourrait être utile de repenser un système où certaines banques s’engageraient à appréhender un dossier d’une manière différente, notamment grâce à une enveloppe spécifique, une fois qu’il aurait été validé par le Portail du Rebond des entrepreneurs. En clair, dès lors que les dossiers sont accompagnés, évalués, dont le passé est clair et méritant une deuxième chance, au travers de garanties et d’analyses spécifiques. Le Portail du Rebond des entrepreneurs est, pour mémoire, un groupement d’intérêt associatif, offrant une plateforme numérique commune aux entrepreneurs en difficulté.
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