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STMicroelectronics, l’éclaircie reste voilée / Le marché sanctionne une reprise encore trop graduelle
Le creux du cycle paraissait atteint, mais il n’immunise pas encore contre les déceptions. L’action STMicroelectronics chutait de plus de 10 % jeudi, malgré des résultats trimestriels globalement en ligne avec les attentes. Le fabricant franco-italien de semiconducteurs a enregistré au troisième trimestre un chiffre d’affaires de 3,19 milliards de dollars, légèrement supérieur au consensus de 3,17 milliards, en hausse de 15 % par rapport au trimestre précédent mais encore en recul de 2 % sur un an. Le redressement est bien engagé, mais il reste lent : les prévisions pour la fin d’année ont douché les espoirs d’un rebond plus franc, le groupe tablant sur 3,28 milliards de dollars de ventes au quatrième trimestre, en deçà des 3,35 milliards anticipés par le marché.
Sur le terrain de l’activité, les signes de reprise se multiplient. Le ratio de prises de commandes sur facturations repasse au-dessus de 1, confirmant un retour progressif de la demande. "Tous nos marchés finaux, à l’exception de l’automobile, sont désormais de nouveau en croissance sur un an", a souligné Jean-Marc Chéry, le président-directeur général, lors de la conférence avec les analystes. L’électronique grand public s’impose comme principal moteur du trimestre, avec des ventes en hausse de 40 % séquentiellement, tandis que les divisions industrielle et automobile ont progressé respectivement de 8 % et 10 %.
Une amélioration encore fragile
Les microcontrôleurs polyvalents renouent avec leur trajectoire ascendante, un signe que le marché des applications embarquées revient sur des niveaux plus équilibrés. L’activité industrielle se distingue par la vigueur des sous-segments liés à l’énergie et à la robotique, là où l’automatisation des usines reste atone. "Dans l’industrie, la visibilité demeure faible et les commandes se passent encore à court terme", a reconnu Jean-Marc Chéry. Dans l’automobile, la croissance séquentielle se poursuit mais reste bridée par la baisse des revenus liés aux réservations de capacités de production, un mécanisme mis en place durant la pénurie de semi-conducteurs et désormais en voie d’extinction.
Une situation que le cabinet Oddo BHF qualifie de "reprise lente mais tangible", même si beaucoup moins rapide qu’espéré - à en juger par la déception du marché. L’action STMicroelectronics chutait jeudi après-midi de près de 12 %, à 22,4 euros.
Le rebond opérationnel freiné par la restructuration
La marge brute s’est établie à 33,2 %, en légère amélioration séquentielle, portée par une meilleure efficacité industrielle. Cette tendance devrait se prolonger au quatrième trimestre, selon le directeur financier Lorenzo Grandi : "L’amélioration séquentielle de la marge brute au quatrième trimestre sera essentiellement tirée par un meilleur rendement industriel et la réduction des charges liées aux capacités inutilisées."
En revanche, le résultat opérationnel reste pénalisé par la réorganisation en cours du dispositif industriel. Il a intégré au troisième trimestre 37 millions de dollars de dépréciations, charges de restructuration et autres coûts liés au redéploiement de l’outil de production, ramenant la marge d’exploitation à 5,6 %, contre 11,7 % un an plus tôt. Le bénéfice net ressort à 237 millions de dollars, malgré un gain ponctuel de 79 millions sur instruments financiers. Le groupe conserve néanmoins une solide trésorerie nette de 2,61 milliards de dollars et un flux de trésorerie disponible positif de 130 millions. Dans le même temps, le plan d’investissement annuel a été ajusté légèrement en dessous de 2 milliards, afin d’adapter le rythme des dépenses au contexte de marché.
NXP, nouvel atout dans la transformation du groupe
Jean-Marc Chéry veut voir dans cette phase de transition la confirmation d’une inflexion durable : "Nous poursuivons notre trajectoire d’amélioration, avec des revenus désormais stabilisés sur un an et une marge en voie de redressement." Le dirigeant réaffirme les priorités du groupe : accélérer l’innovation, remodeler son empreinte industrielle et renforcer la génération de trésorerie.
Dans l’intervalle, STMicroelectronics continue d’étoffer son portefeuille. L’acquisition en cours de l’activité MEMS de NXP, pour un montant pouvant atteindre 950 millions de dollars, viendra compléter son expertise historique dans les capteurs et renforcer ses positions sur des marchés porteurs comme la robotique, les équipements médicaux et l’automobile. Une manière d’avancer dans la transformation du groupe, même au cœur du cycle bas.
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