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STMicroelectronics retrouve de la visibilité / Un cycle enfin plus lisible

Après une longue phase d’attente, STMicroelectronics entrevoit un redressement plus solide. Les marchés historiques repartent, les commandes se regarnissent et l’IA s’impose désormais comme un relais crédible de croissance.
Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général (Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)
Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général (Photo by Ludovic MARIN / POOL / AFP)

L’attente aura été longue, et plusieurs faux départs avaient fini par brouiller la lecture du cycle. Cette fois, pourtant, le creux que STMicroelectronics voyait se dérober de trimestre en trimestre semble bien derrière lui. Le groupe a dégagé au premier trimestre un chiffre d’affaires de 3,10 milliards de dollars, en hausse de 23 % sur un an, avec une marge brute de 33,8 %, légèrement au-dessus du point médian de sa guidance. Hors activité MEMS, ces microcapteurs électromécaniques rachetés à NXP, les revenus progressent encore de 21,4 %.

La marge brute s'établit à 33,8 %, là aussi légèrement supérieure aux attentes, grâce à un mix produit plus favorable et à une diminution des charges liées aux capacités non utilisées. Dans un secteur où les surcapacités ont pesé durablement sur les comptes, leur reflux, même partiel, traduit une normalisation de l'activité.

 

Les stocks enfin digérés

 

« Au premier trimestre, malgré l’incertitude macroéconomique, nous avons vu une amélioration de la demande, avec de solides prises de commandes et des stocks normalisés dans la distribution. », a résumé aux analystes Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général. La normalisation des stocks chez les distributeurs, longtemps identifiée comme le principal obstacle à la reprise, semble désormais actée. Le book-to-bill - rapport entre les commandes reçues et les livraisons - est ressorti nettement supérieur à 1 dans l'ensemble des marchés finaux et des régions. « Le carnet de commandes est maintenant bien chargé », a précisé le dirigeant, ajoutant que 85 à 90 % des commandes reçues au premier trimestre sont facturables sur l'exercice 2026, ce qui lui donne « la confiance que le second semestre pourrait retrouver sa saisonnalité habituelle par rapport au premier ».

 

ST trouve sa voie dans l’IA

 

Si la reprise des marchés traditionnels que sont l’automobile, l’industriel et l’électronique grand public, soutient ce redressement, un nouveau moteur retient surtout l’attention : l’intelligence artificielle. STMicroelectronics n’a pas le profil classique d’un fournisseur de l’IA. Le groupe ne fabrique pas les processeurs vedettes du secteur, mais s’est positionné sur une autre couche de valeur : alimenter, connecter et refroidir les data centers. Les revenus liés à cette activité, quasi inexistants il y a dix-huit mois, devraient dépasser « confortablement 500 millions de dollars » en 2026 puis franchir le milliard en 2027. « ST est désormais stratégiquement positionné pour capter le potentiel de croissance des nouveaux programmes liés à l’IA, en s’appuyant sur des technologies spécialisées pour accompagner l’évolution de l’infrastructure IA », a déclaré Jean Marc Chéry. L’accord pluriannuel de plusieurs milliards conclu en février avec Amazon Web Services en donne une illustration concrète.

Ce positionnement ne repose pas sur un seul client. Photonique sur silicium, microcontrôleurs haute performance pour modules optiques enfichables, gestion de puissance de 20 000 volts à 0,8 volt : autant de briques technologiques recherchées par un large éventail d’hyperscalers. Au premier trimestre, les revenus des équipements de communication et périphériques informatiques ont ainsi progressé de 41 % sur un an.

 

Des marges en reprise graduelle

 

Sur la question des marges, encore loin des standards historiques du groupe, le directeur financier Lorenzo Grandi, se veut optimiste.

« Je confirme que la marge brute progressera séquentiellement au troisième et au quatrième trimestre. » Pour le deuxième trimestre, la guidance au point médian vise 34,8 % en GAAP et 35,2 % en non-GAAP. Les freins persistants sont connus : des charges de sous-utilisation qui ne disparaissent pas encore complètement, et surtout l'effet temporairement pénalisant du plan de transformation industrielle. ST est en train de migrer ses lignes analogiques du 200 mm vers le 300 mm, et le carbure de silicium du 6 pouces vers le 8 pouces. « Nous sommes en plein milieu de cette transition, ce qui pèse un peu sur l'efficacité de nos fabs », a reconnu Grandi. Les bénéfices structurels de ces migrations - baisse des coûts unitaires, montée en capacité - ne se matérialiseront réellement qu'à partir de la fin 2027. L'objectif d'une marge brute à 40 % reste attaché au franchissement d'un seuil de 4 milliards de chiffre d'affaires trimestriel.

 

Une reprise plus diversifiée qu’hier

 

L’exercice 2026 s’ouvre sur une année de transition aux dynamiques multiples. L’automobile renoue avec la croissance (+15 % au premier trimestre), soutenue par l’intégration des capteurs MEMS rachetés à NXP, finalisée en février, et par les gains dans le carbure de silicium. L’industriel repart (+26 %), porté par la normalisation des stocks chez les distributeurs et des gains de parts dans les microcontrôleurs généralistes, segment où ST se dit numéro un mondial pour la cinquième année de suite. L’électronique personnelle, plus volatile, reste liée aux cycles des grands programmes clients. Quant aux satellites en orbite basse, autre relais mis en avant par la direction, ils doivent monter progressivement en puissance, avec plus de 3 milliards de revenus cumulés visés entre 2026 et 2028.

Seule ombre au tableau : les « capacity reservation fees », ces pénalités de réservation de capacités versées par certains clients, diminueront de 140 millions de dollars en 2026 par rapport à l'an passé, pesant mécaniquement sur le compte de résultat. Pas de quoi gâcher le soulagement des investisseurs. À la Bourse de Paris, l’action STMicroelectronics a signé jeudi la plus forte hausse du CAC 40, bondissant de 14,4 % à 42,85 euros.

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