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STMicroelectronics dans le grand accélérateur de l’IA / Le groupe relève brutalement ses ambitions dans les data centers

STMicroelectronics accélère dans l’IA. Le groupe franco-italien vise désormais environ un milliard de dollars de chiffre d’affaires dans les data centers dès 2026, porté par la demande des hyperscalers et par sa montée en puissance dans les composants de puissance et les interconnexions optiques destinés aux infrastructures IA de nouvelle génération.
(Photo by Romain Doucelin / NurPhoto / NurPhoto via AFP)
(Photo by Romain Doucelin / NurPhoto / NurPhoto via AFP)

Dans la ruée mondiale vers les infrastructures d'intelligence artificielle, STMicroelectronics (ST) accélère brutalement la cadence. Le groupe franco-italien a relevé mardi son ambition de chiffre d'affaires dans les data centers, désormais attendu autour d’un milliard de dollars dès 2026, porté par une demande qui ne faiblit pas chez les hyperscalers et par la montée en puissance des infrastructures IA de nouvelle génération.

Le changement de braquet est spectaculaire. Il y a à peine six semaines, lors de la publication de ses résultats trimestriels, ST promettait encore un chiffre d’affaires data centers « confortablement au-dessus de 500 millions de dollars » pour 2026 et « bien au-dessus de 1 milliard » pour 2027. Désormais, le groupe vise « environ 1 milliard de dollars » dès cette année et estime même que ce montant pourrait encore doubler en 2027, « en supposant que la dynamique actuelle se poursuive ».

A la Bourse de Paris, le marché s’est immédiatement emparé du sujet. L’action STMicroelectronics bondissait de 14 % à 67,5 euros mardi après-midi, retrouvant des niveaux plus vus depuis l’été 2000, au sommet de la bulle technologique. Depuis le début de l’année, le titre affiche désormais près de 190 % de hausse. La capitalisation boursière du groupe atteint 61,6 milliards d’euros, propulsant STMicroelectronics au rang de huitième capitalisation du CAC 40.

Une envolée qui traduit autant l’enthousiasme actuel autour de l’intelligence artificielle que la revalorisation spectaculaire des groupes capables de fournir les composants devenus critiques pour la nouvelle génération d’infrastructures numériques. Longtemps concentrée sur les fabricants de GPU ou les géants du cloud, cette prime IA commence désormais à irriguer toute la chaîne technologique des data centers.

 

Nouveau territoire

 

Ce statut est relativement nouveau pour STMicroelectronics. Longtemps perçu avant tout comme un fournisseur de semiconducteurs pour l’automobile et l’industrie, le groupe est en train de changer de dimension dans l’IA. ST s’est progressivement positionné au cœur de la transformation des infrastructures de calcul à haute performance, en ciblant notamment deux goulets d’étranglement technologiques devenus critiques : l’alimentation électrique des futurs data centers IA et les interconnexions optiques entre GPU.

C’est Rémi El-Ouazzane, président du groupe microcontrôleurs, circuits intégrés numériques et produits RF de ST, qui avait exposé en mars la logique industrielle de cette percée, articulant le positionnement du groupe autour de deux grands axes : l’alimentation électrique des futurs data centers IA, d’une part, et les interconnexions optiques à très haute vitesse entre GPU et serveurs, d’autre part.

Sur le volet puissance, la thèse repose sur une rupture architecturale majeure. Les racks de serveurs IA de nouvelle génération basculent progressivement vers une alimentation à 800 volts - contre 54 volts dans les systèmes traditionnels - afin d’absorber des densités de puissance qui se comptent désormais en mégawatts. Cette transition crée ce qu’El-Ouazzane qualifiait de « véritable point d’inflexion » pour ST, jusqu’ici relativement marginal dans l’alimentation des data centers. Le groupe y apporte ses technologies en carbure de silicium et nitrure de gallium, ses contrôleurs à isolation galvanique et ses microcontrôleurs STM32, couvrant toute la chaîne de conversion électrique, depuis le réseau jusqu’au processeur.

 

La révolution des interconnexions

 

Sur le volet connectivité, ST s’est engagé dans la photonique sur silicium, au cœur des transcepteurs optiques permettant à des milliers de GPU de communiquer entre eux à des débits devenus inaccessibles aux architectures cuivre traditionnelles. Le groupe produit les principaux composants de cet écosystème : circuits intégrés photoniques (PIC), circuits électroniques de pilotage (EIC) et microcontrôleurs de supervision. Il revendique déjà une position de leader mondial sur les EIC et ambitionne d’atteindre un statut comparable sur les PIC. Sa plateforme de photonique silicium PIC100, développée sur sa ligne de production 300 millimètres de Crolles, lui confère selon le dirigeant « un avantage concurrentiel unique » en matière de rendement, de performance et de montée en capacité.

El-Ouazzane chiffrait alors ce marché adressable à environ 230 millions de dollars par gigawatt d’infrastructure déployée, couvrant près de 400 références produit. Le dirigeant évoquait également un plan industriel visant à « plus que quadrupler » les capacités de production de photonique silicium d’ici 2027 par rapport aux niveaux actuels, avec des investissements déjà sécurisés par des engagements de réservation de long terme pris par plusieurs clients hyperscalers.

 

Amazon comme catalyseur

 

Derrière la révision annoncée mardi, un accord structurant joue d’ailleurs un rôle clé de catalyseur. En février, ST avait dévoilé une collaboration stratégique élargie avec Amazon Web Services autour d’un engagement commercial pluriannuel de plusieurs milliards de dollars destiné à soutenir une nouvelle génération d’infrastructures de calcul haute performance pour le cloud et les data centers IA. L’accord couvre un large éventail de composants développés par ST, depuis les technologies de puissance jusqu’aux solutions de connectivité à très haut débit.

STMicroelectronics avait d’ailleurs déjà fortement relevé ses ambitions lors de la publication de ses résultats trimestriels fin avril. Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général, expliquait alors que le groupe était « désormais stratégiquement positionné pour capter le potentiel de croissance des nouveaux programmes liés à l’IA ». Le relèvement annoncé mardi reflète la vitesse avec laquelle le cycle d’investissement mondial dans les infrastructures IA est en train de s’accélérer.

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