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Talents / France / Syntec
Une coûteuse fuite des cerveaux français qui perdure année après année / Des milliers de jeunes diplômés quittent l’Hexagone chaque année
Un flot d’expatriation qui ne se tarit pas. Les chiffres du baromètre sur la fuite des cerveaux - publié par la fédération Syntec et l’institut Ipsos bva – relatent une dynamique qui ne s’essouffle pas tant en volume qu’en proportion. Ce sont ainsi près de 15 000 jeunes diplômés des écoles françaises d’ingénieurs et de management qui font ce choix chaque année, ce qui représente 10 % de leurs élèves en dernière année pour les premières et 15 % pour les secondes.
Cette proportion des élèves à partir n’a certes pas augmenté, il n’en est pas moins constaté qu’en volume les départs sont près de 23 % supérieurs à ceux d’il y a dix ans. De quoi expliquer que rapporté au financement public des écoles et classes préparatoires des expatriés annuels, on obtienne ce chiffre de près d’un milliard d’euros pour chaque promotion. Les raisons sont diverses pour expliquer un tel exode, on retrouve cependant un triptyque qui est plébiscité. Ce ne sont en effet pas moins de 73 % des "talents hautement qualifiés" interrogés qui considèrent que la France est en déclin, 74 % d’entre eux qui sont inquiets de sa situation économique et enfin 81 % de celle politique.
Jeunesse dorée
On comprend mieux cette dynamique d’expatriation lorsqu’on y ajoute près de 44 % de répondants qui estiment que les rémunérations nettes sont insuffisantes et 32 % à juger le marché du travail trop rigide. Le plus inquiétant est de relever que "le niveau d’expatriation est d’autant plus élevé que les profils sont plus qualifiés", les départs concernant près 19 % diplômés de l’École polytechnique en 2024 et 17,4 % de ceux de Centrale Supelec en 2022.
De quoi nourrir un sentiment de gâchis tant la qualité de la formation des actifs quittant l’Hexagone aurait pu bénéficier à l’économie tricolore. Laurent Giovachini, président de la Fédération Syntec, commente quant à lui ce baromètre en insistant sur "un risque de détalentisation. La France investit massivement pour former ses ingénieurs et ses managers. Il est urgent d’agir pour fidéliser ces talents indispensables à l’innovation, à la compétitivité, à la réindustrialisation et à la souveraineté de notre pays." La concurrence pour attirer de tels profils devrait selon lui conduire la France à rendre les conditions de rémunération a minima aussi attractives que chez nos voisins européens.
Conserver
Ceux qui ont choisi de ne pas partir immédiatement n’excluent pas pour autant de le faire à l’avenir avec 57 % des répondants (actifs et diplômés d’un bac + 5) envisageant "une expatriation dans les trois prochaines années, dont 21 % sérieusement ". L’Europe n’est pas la seule à attirer ces profils avec 29 % d’entre eux qui visent un départ au Canada et 17 % aux États-Unis. L’Allemagne – 16 % - et la Suisse – 22 % - figurent également en bonne place parmi les destinations privilégiées. Les talents tricolores ne font pas de faux-semblants concernant la mesure la plus à même de les convaincre de rester : la revalorisation de leurs rémunérations est plébiscitée à hauteur de 86 %.
Lorsqu’on s’intéresse aux raisons pouvant conduire à renoncer à un projet d’expatriation, on retrouve cette question de la rémunération ainsi que celle des raisons personnelles – liées aux proches principalement – en tête de liste et ensuite une batterie de mesures pouvant améliorer sa vie professionnelle. Qu’il s’agisse d’opportunités d’évolution de sa carrière, d’une fiscalité plus clémente ou encore de conditions de travail plus agréables.
Des mesures proposées notamment chez nos voisins pour faire revenir des talents étrangers ou locaux expatriés sont également avancées par Syntec. On y retrouve un projet de loi allemand consistant en "un abattement fiscal de 30 % du salaire brut pour les talents étrangers " ou une amélioration de 6 % des plafonds salariaux pour les doctorants, décidée par la Suisse. Tout n’est pas à jeter pour autant dans le modèle hexagonal avec près de 84 % des sondés qui voient au moins un des éléments du système social français constitue un avantage pour les travailleurs hexagonaux.
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