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La réindustrialisation française cherche encore son véritable moteur / Un objectif unanime, comprenant de (très) nombreux leviers à activer pour y parvenir
La nécessité de réindustrialiser de la France est un consensus économique et politique. Si l’objectif est clair, les chemins à emprunter pour pouvoir l’atteindre sont tout aussi nombreux, a détaillé un panel d’intervenants invité à s’exprimer autour de la thématique lors de la Rencontre des entrepreneurs de France du Medef. Pour Anaïs Voy-Gillis, docteure en géographie et chercheuse associée au sein du CEREGE de l’IAE de Poitiers, si la tentative de réindustrialisation de la France commence à s’essouffler, c’est tout d’abord peut-être car l’ambition n’a pas été clairement définie. "L’industrie est un moyen au service d’un projet de société. On peut vouloir une industrie au service des questions de souveraineté, sociales et territoriales, de décarbonation…", a-t-elle indiqué.
Une clarification des ambitions qui permettrait ainsi d’y ajuster les moyens et de fixer un cadre plus clair pour ce faire, a ajouté la chercheuse, pointant que deux autres conditions semblaient aussi nécessaires à l’atteinte de ce projet : la redéfinition des règles du jeu, à l’intérieur d’un pays, afin d’être plus compétitif, ou vis-à-vis de l’extérieur, en évitant d’infliger des normes à nos industriels auxquelles les exportateurs ne sont pas soumis, par exemple. Et, enfin, la solidarité entre la commande publique et privée, mais aussi entre acteurs privés, avec des clients qui seraient prêts à mettre le prix pour des produits mieux-disants sur le plan environnemental.
Miser sur les compétences
Pour Bernard Fontana, le président-directeur général d’EDF, le but semble en tout cas clair : l’industrie est un enjeu de souveraineté. L’énergéticien, qui est en quelque sorte "l’industriel des industriels", a souligné son patron, s’attache à déployer massivement ses investissements en France ou encore à maîtriser ses technologies critiques. Mais Bernard Fontana l’a observé. L’un des plus grands challenges reste celui des compétences. "Il faut le traiter, mais c’est aussi une opportunité structurante qui amène des emplois qualifiés à tous les niveaux, pour les jeunes et les moins jeunes, et dans les territoires. Et dans l’industrie, un emploi en crée deux, quatre, voire six. L’industrie est alimentée par le progrès technologique, c’est aussi un facteur d’assimilation du progrès par la France", a-t-il indiqué. Chez EDF, cela se caractérise par le recrutement de 10 000 CDI par an, dont 80 % en France, s’est félicité Bernard Fontana.
Quid de l’attractivité du secteur, souvent pointé du doigt ? Cela peut s’opérer de manière naturelle sur certains territoires d’industrie, a indiqué Bernard Fontana, mais le travail doit aussi être réalisé par les industriels. Visites de sites, accueil de stagiaires… "Les principaux ambassadeurs, cela doit être nous. Les salariés, les partenaires sociaux. Il faut parler de notre fierté", a soutenu Bernard Fontana.
Particularité industrielle
Interrogé sur sa vision des facteurs clés de la réindustrialisation, Laurent Bataille, président de Schneider Electric France, est lui aussi revenu sur la question de la compétitivité. "Il y a quelque chose de spécial dans l’industrie, c’est que les produits voyagent. La concurrence est donc mondiale, ce qui n’est pas nécessairement le cas dans le reste de l’économie ", a-t-il observé. Un sujet de compétitivité coût, mais aussi de celle de la différenciation de la valeur ajoutée des offres, par exemple grâce à une électricité décarbonée disponible en France, qui pourrait permettre (ou permet déjà) aux industriels tricolores de se démarquer par une offre plus verte.
Selon lui, la deuxième condition de la réindustrialisation française serait celle des volumes, ce qui impliquera notamment d’accélérer sur l’intégration et l’unification du marché européen, mais aussi de protéger ce dernier. "Le score environnemental sur les véhicules électriques adopté pour les flottes d’entreprises crée des contraintes et encourage une fabrication plus locale", a-t-il remarqué, entre autres exemples d’initiatives de ce type. Enfin, la modernisation : "Statistiquement en France, une usine est 2,5 fois moins automatisée qu’en Chine et cinq fois moins qu’en Corée du Sud. Moins de digital veut dire moins de données, donc on ne peut améliorer les process et l’on manque de moyens pour améliorer les produits. C’est une priorité transverse, elle s’applique à l’ensemble des filières de l’industrie", a-t-il souligné.
Région et stabilité
Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine, a de son côté relevé l’importance de l’implication des politiques régionales dans ce projet de réindustrialisation, notamment au regard du plan "Usines du futur", lancé en 2014 dans la région. "36 % de l’emploi industriel net créé en France l’est en Nouvelle-Aquitaine", a-t-il assuré, observant d’ailleurs que la Nouvelle-Aquitaine n’avait pourtant pas une longue histoire industrielle, à l’inverse d’autres en France. "C’est une diversification, une écoute, une relation de confiance, la transformation des équipes de la région en une ingénierie bienveillante à l’égard des chefs d’entreprise, c’est la chaîne de valeur qui va de la recherche, à la formation, jusqu’à l’accompagnement à l’investissement", a pointé Alain Rousset, relevant par la même occasion l’importance de la mise à disposition de fonds propres pour les industriels, tout comme celle de l’amélioration des conditions de travail dans le secteur industriel, motrice, selon lui, de la productivité.
Prix de l’énergie, fiscalité, priorisation des industries pour l’ouverture de nouveaux sites alors que le foncier se fait rare… La liste reste longue. Mais l’industrie aurait aussi, et peut-être surtout, besoin de visibilité. Un sujet qui promet d’être remis sur la table à l’approche de la rentrée et de la présentation du projet de loi de finances pour 2026, a alerté Anaïs Voy-Gillis. "La compensation carbone est un levier de compétitivité pour tous les grands consommateurs d’énergie en France. À chaque budget, tous les élus se demandent s’il ne faudrait pas la remettre en question car cela permettrait de gagner de l’argent. Si vous supprimez la compensation carbone, alors vous tuez tous les sites électro-intensifs de France, ni plus ni moins". "L’industrie a besoin de stabilité, or nous sommes dans des politiques de stop-and-go en permanence", a regretté la chercheuse.
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