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Ces périls qui menacent la stabilité financière / La Banque de France n’est pas alarmiste pour autant
Prudence est mère des vertus. Le rapport de stabilité financière de la Banque de France est loin de s’alarmer pour le secteur financier hexagonal soulignant à quel point celui-ci était à même d’affronter des turbulences notamment grâce à des banques relativement peu exposées aux Etats-Unis, un peu moins de 10 % de leur actif, et à des réserves réglementaires plus que confortables. Pourtant Agnès Bénassy-Quéré, seconde sous-gouverneur de Banque de France, a souligné ce matin lors de la présentation du rapport de stabilité financière, à quel point l’émergence de nouveaux risques devait être prise au sérieux.
Les récents développements des cryptomonnaies stables ou stablecoins sont ainsi considérés comme présentant "des risques de contagion vers le secteur financier". La taille de marché reste certes limitée pour l’heure mais progresse de jour en jour et ce pour une capitalisation de quelque 241 milliards de dollars à date du 17 juin.
Cercle
Plus cette catégorie d’actifs va continuer à grandir et plus les risques associés pourraient bouleverser la stabilité financière. Un scénario est particulièrement redouté par l’institut d’émission ; il s’agit de celui où "en cas de perte de confiance, une fuite soudaine des investisseurs pourrait contraindre les émetteurs de stablecoins à liquider rapidement leurs actifs détenus en réserves, au risque de générer des tensions sur les marchés sous-jacents". Or il s’avère que les deux stablecoins dominant le marché ont leur réserve majoritairement composée "de titres du Trésor américain à court terme".
Ce n’est pas le seul biais par lequel le marché de la dette souveraine attire l’attention de la Banque de France, puisqu’il s’avère que les hedge funds ont un attrait de plus en plus important sur les titres émis par le G10 et notamment en Europe. Ces acteurs représentent près de 55 % des volumes échangés sur les titres souverains de la zone euro en 2023, la domiciliation extraeuropéenne d’une majorité de ces intervenants et l’opacité associée rendent dès lors plus compliqué l’évaluation des risques de stabilité financière.
Équilibre
Pour autant cette nouvelle dynamique ne comporte pas qu’uniquement des désavantages, étant donné que l’analyse des transactions sur dérivés et de financement sur titres ne met pas en évidence, pour les marchés souverains européens, de mise en oeuvre "systématique de stratégies de valeur relative de type basis trade (s’appuyant sur un écart entre le prix des titres et leurs contrats à terme) des hedge funds qui seraient similaires à ce qu’on observe aux États-Unis".
De quoi faire apparaître des effets bénéfiques à court terme tant cet appétit pour les titres souverains contribue à rendre le marché plus liquide et plus profond, au prix certes d’une volatilité pouvant subitement exploser. Il faut dire que les hedge funds sont essentiellement cantonnés au marché secondaire, devant recourir pour la France aux spécialistes en valeurs du Trésor pour intervenir lors des syndications. Combiné à une préférence des émetteurs souverains pour les investisseurs de long terme, cela explique qu’ils peuvent représenter la majorité de la demande mais "ne sont alloués que dans des proportions très faibles (de l’ordre de 1 % à 3 % des syndications menées par l’Agence France Trésor [AFT] depuis début 2024)".
Dégâts
Les canaux de transmission des chocs climatiques à destination du secteur financier ont également été observés de près par la Banque de France, notamment en ce qui concerne le risque de transition. Il s’avère que les actions sont les plus exposées au risque de réévaluation avec, en moyenne pondérée, des "corrections potentielles des marchés boursiers qui atteignent – 6,8 % dans le scénario delayed transition (caractérisée par une transition soudaine et retardée et à un risque de transition élevé ndlr), et – 4,2 % dans le scénario below 2°C (correspondant à une rigueur des politiques climatiques s’accroît progressivement et à un risque de transition modéré ndlr) pour l’ensemble des 26 000 entreprises de l’échantillon, couvrant ainsi l’essentiel des pays et des secteurs à l’échelle mondiale ". Ce qui correspond à une perte estimée à 2 900 milliards d’euros de capitalisation dans le premier scénario, et 1 700 milliards dans le second.
Là où à l’inverse les obligations d’entreprise présenteraient un risque de correction plus limité avec en moyenne, une dépréciation qui "est de – 1,5 % dans le scénario delayed transition et de – 0,5 % dans le scénario below 2°C, ce qui correspond à une baisse des encours de 69 milliards et 24 milliards d’euros respectivement". Les obligations souveraines seraient encore moins affectées, avec une dépréciation ne dépassant pas – 2,1 % et une perte potentielle qui est uniquement de 0,25 % dans le scénario delayed transition.
De quoi expliquer que les investisseurs français soient "exposés à un risque de correction modéré mais non négligeable, dans le scénario de transition désordonnée" et ce alors même que les modèles utilisés n’utilisent pas tous les canaux de contagion et d’amplifications liés à un choc climatique de transition. Tous ne tirent pas non plus leur épingle du jeu de la même façon avec des fonds d’investissement qui " présentent les pertes moyennes les plus importantes (environ – 3 % dans le scénario de transition désordonné par rapport au scénario de référence), principalement en raison de la part élevée d’actions dans leurs portefeuilles soit une dépréciation des encours sous gestion estimée à 29 milliards d’euros", là où les établissements de crédit (–1,5 %, soit 14 milliards d’euros) et les organismes d’assurance (–2 %, soit 28 milliards d’euros) souffriraient moins grâce à des portefeuilles contenant une plus grosse proportion d’obligations d’entreprises et souveraines.
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