Macro-économie / Taux
Macro-économie / Taux
BCE : sauf choc majeur, François Villeroy de Galhau voit la balance pencher vers l’accommodation d’ici à six mois / Le risque d’une inflation trop faible à ne pas négliger
"Le doute n’est pas un état bien agréable mais l’assurance est un état ridicule". En fin de matinée, à Florence, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a appelé Voltaire à l’aide, devant un parterre d’économistes de l’Institut universitaire européen, pour décrire l’état d’esprit devant être celui de la Banque centrale européenne (BCE) par ces temps agités.
Il y a deux semaines, le Conseil des gouverneurs de l’institution de Francfort a décidé de procéder à une nouvelle baisse de son principal taux d’intérêt directeur, de sorte qu’il s’établit à 2 %, un niveau que d’aucuns qualifient de neutre, c’est-à-dire qu’il ne constitue, en théorie, ni un frein, ni un soutien, à l’activité et donc à l’inflation. En parallèle, il s’avère que cette dernière évolue en ce moment à un rythme de 2 % par an, soit la cible visée à moyen terme par l’institut d’émission.
" Ce retour à la normale est une étape très positive ; pour autant, en ces temps encore anormaux, il ne signifie pas nécessairement la fin du voyage", a prévenu François Villeroy de Galhau, qui veut se garder de toute autosatisfaction et passivité. Il faut dire que nombre d’évènements chahutent l’économie mondiale et sont porteurs d’incertitude.
Le Français a cité la fragilisation du système commercial international lié au durcissement de la politique américaine sur les droits de douane et au mercantilisme de la Chine, les tensions affectant les marchés obligataires mondiaux ou encore celles en lien avec la géopolitique qui viennent d’entraîner une flambée des cours du pétrole. Cette dernière doit toutefois être relativisée pour la conduite de la politique monétaire, selon François Villeroy de Galhau. "Les anticipations d’inflation reflètent-elles un risque que des effets de contagion s’installent durablement ? Il n’en a pas été ainsi jusqu’à présent ; les mesures des anticipations d’inflation à moyen terme extraites des instruments de marché sont récemment demeurées clairement en dessous de 2 % pour 2026", a-t-il justifié. "La probabilité que l’inflation tombe en dessous de 1,5 % dans 5 ans est d’environ 40 % selon la valorisation des options basée sur l’inflation", a-t-il ajouté.
D’autre part, le grand argentier a rappelé que l’euro s’était apprécié de 11 % face au dollar depuis le début de l’année. "D’après nos élasticités, une appréciation de l’euro d’une ampleur de 10 % compenserait globalement l’effet inflationniste d’une possible augmentation de 10 euros du prix du baril du pétrole – ce dont nous sommes encore loin aujourd’hui ", a-t-il rapporté.
Ainsi, François Villeroy de Galhau a fait valoir qu’actuellement, le risque de ne pas atteindre la cible d’inflation de 2 % était perçu par les marchés comme étant plus important que celui de la dépasser.
Le banquier central s’est aussi penché sur les dernières projections de l’Eurosystème en matière d’inflation. Certes à l’horizon 2027, il est escompté qu’elle se situe à 2 %. Reste que le gouverneur souligne que ce chiffre est amplifié par "un effet haussier temporaire de l’inflation énergétique, reflétant l’introduction du nouveau système d’échange de quotas d’émission (ETS2). Cette mesure est souhaitable, mais le calendrier et les modalités de sa mise en œuvre sont loin d’être certains ".
François Villeroy de Galhau a tiré au moins une leçon de la présentation de son diagnostic. "L’évaluation actuelle suggère que, sous réserve d’un choc exogène majeur, notamment de possibles nouvelles évolutions militaires au Moyen-Orient, si la politique monétaire devait évoluer au cours des six prochains mois, cela pourrait plutôt être dans un sens accommodant", a-t-il déclaré.
Le patron de la Banque de France a de nouveau fait l’éloge de l’agilité en matière de prise de décision à laquelle il a associé trois principes. D’abord, la vitesse d’évaluation. "Dans des circonstances évoluant rapidement ou en cas de chocs complexes, la tentation existe toujours d’attendre de nouvelles données pour obtenir une vue d’ensemble plus large. Faire preuve d’agilité signifie mener cette analyse plus rapidement, en exploitant de nouvelles sources de données, en intégrant de nouveaux modèles issus des recherches les plus récentes, en examinant de nouvelles analyses de nos services sur les risques et les événements imprévus et en évitant l’excès de pensée de groupe", a-t-il précisé.
L’agilité n’est-elle pas contradictoire avec la doctrine de la BCE, héritée de sa revue de stratégie de 2021, qui veut que ses décisions doivent être aussi vigoureuses et ancrées dans la durée que nécessaire ? "Non, ce n’est pas le cas si ces signaux sont compris comme étant dépendants de la situation économique et si nous évitons tout enfermement. Si la situation économique change, la politique monétaire doit également évoluer, y compris dans son orientation symétrique, dans un sens comme dans l’autre. L’ancrage dans la durée n’a de sens que dans certains contextes économiques", juge François Villeroy de Galhau.
Enfin, agir avec célérité est parfois indispensable, a-t-il estimé, l’attentisme des Banques centrales pouvant à terme coûter cher.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

