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Une recomposition sans heurts chez Rubis / Mais des équilibres de gouvernance en pleine évolution

L’apaisement est de rigueur, mais les équilibres changent. Avec l’entrée de Patrick Molis et d’Anne Lauvergon au conseil de surveillance, Rubis acte une recomposition discrète de sa gouvernance. Loin de tout baroud, les actionnaires les plus influents semblent avoir imposé leur voix sans conflit ouvert, dans un jeu d’influences désormais plus feutré.
Les dirigeants du groupe Rubis lors de l'assemblée générale du 12 juin 2025
Les dirigeants du groupe Rubis lors de l'assemblée générale du 12 juin 2025

Un an après l’échec d’une première offensive, les actionnaires jusqu’alors perçus comme contestataires - emmenés par l’homme d’affaires Patrick Molis, patron de la Compagnie Nationale de Navigation, récemment monté à 9 % du capital - ont cette fois obtenu gain de cause. Les nominations de ce dernier et d’Anne Lauvergeon, ancienne dirigeante d’Areva, au conseil de surveillance de Rubis, proposées dans une démarche coordonnée par la Compagnie Nationale de Navigation, ont été approuvées à la quasi-unanimité lors de l’assemblée générale du 12 juin, avec des scores respectifs de 99,72 % et 98,96 %.

Elles consacrent une recomposition de la gouvernance dont l’impact reste à observer. Mais le ton, dans la continuité du " dialogue constructif " et de la " qualité des échanges récents " salués fin mai par la gérance dans un revirement inattendu, s’est voulu résolument apaisé.

 

Une gouvernance plus ouverte au dialogue

 

Patrick Molis, désormais premier actionnaire de Rubis via la Compagnie Nationale de Navigation, s’est exprimé avec sobriété, saluant les avancées en matière de gouvernance. " Je les approuve et je les salue ", a-t-il déclaré, tout en estimant qu’il restait " encore un peu de travail ". Il a également tenu à rappeler son lien ancien avec le groupe, en rendant hommage à l’un de ses fondateurs, " qui a créé cette entreprise en partant de rien, en rachetant une petite société dont je m’occupais à l’époque, qui s’appelait la Compagnie parisienne des asphaltes et qui a été le cœur du développement de Rubis Terminal. " Cette entité, cédée en octobre 2024, a constitué l’un des piliers historiques du groupe et généré une plus-value significative lors de sa vente.

L’an dernier, l’homme d’affaires avait plaidé pour un renouvellement en profondeur du conseil de surveillance, estimant nécessaire d’en revoir la composition et les prérogatives. Dans une société en commandite par actions comme Rubis, où les associés commandités détiennent les rênes opérationnelles, le conseil de surveillance demeure en effet le principal levier d’influence pour les actionnaires minoritaires.

Sur ce terrain, Jacques Riou, l’un des deux dirigeants historiques, a mis en avant le travail accompli. Les prérogatives du conseil ont été " renforcées et formalisées, à l’image de ce qui se fait de mieux parmi nos pairs, notamment parmi les sociétés en commandite par actions du marché ". Désormais, certaines décisions stratégiques - tels que les investissements dépassant 100 millions d’euros ou les projets de réorganisation de la gérance ou de la commandite - doivent faire l’objet d’une consultation du conseil.

La nomination de Patrick Molis vient aussi réparer un déséquilibre. Pour la première fois depuis le départ de la famille Dassault du board en 2023, les principaux associés commanditaires (les actionnaires apporteurs de capitaux, mais sans pouvoir de gestion) sont de nouveau représentés au sein du conseil.

 

Le conseil de surveillance gagne en poids

 

Les tensions passées semblent donc bien dissipées, du moins en apparence. D’un côté, les actionnaires minoritaires les plus influents, à commencer par la Compagnie Nationale de Navigation (CNP), ont opté pour une approche plus constructive. De l’autre, Rubis semble avoir jugé risqué de continuer à faire bloc face à la pression croissante exercée par plusieurs actionnaires significatifs. Outre Patrick Molis, monté à plus de 9 % du capital, l’influence de Bolloré continue de s’exercer de manière feutrée. Quant à Dassault, son silence ne saurait être interprété comme un désintérêt.

Au milieu de ces amabilités, un esprit plus critique pourrait désormais gagner le conseil de surveillance. Que les deux nouveaux membres n’aient pas fait de vagues lors de l’assemblée ne signifie pas qu’ils s’abstiendront de faire entendre leur voix. " Croyez bien que je m’attacherai à défendre de façon extrêmement exigeante les intérêts de l’ensemble des associés commanditaires de cette très belle société ", a averti Patrick Molis.

Les critiques passées sur l’activité photovoltaïque ou sur le manque de transparence de certaines décisions n’ont pas été reprises frontalement. Mais le message est clair : les échanges au sein du conseil devraient se faire plus nourris.

 

Une transition managériale sous contrôle

 

Ce tournant intervient alors que Rubis prépare une nouvelle étape de son histoire. Les deux gérants historiques, Gilles Gobin et Jacques Riou, ont confirmé leur intention de quitter leurs fonctions exécutives en 2027. Deux gérants non commandités, Marc Jacquot et Jean-Christian Bergeron, ont été désignés pour les seconder dans cette phase de transition. " Nous nous sommes organisés pour que cette phase se passe dans les meilleures conditions, avec un accompagnement progressif des nouveaux gérants ", a précisé Clarisse Gobin-Swiecznik, l’autre gérante commanditée avec Gilles Gobin et Jacques Riou.

La succession, pensée pour s’inscrire dans la continuité, repose sur une longue période de cohabitation. Interrogés sur leur travail aux côtés des dirigeants historiques, les successeurs désignés ont insisté sur les bénéfices de cette transmission. " Cela fait plusieurs années que nous sommes associés, avec Gilles, Jacques, Clarisse, à des décisions, à des choix. Et nous fonctionnons très bien ensemble ", a souligné Marc Jacquot. " Leur présence à nos côtés va nous permettre d’affiner notre vision stratégique pour le futur de l’entreprise. "

 

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