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Rubis avance vers son assemblée générale dans un climat d’accalmie inattendue / La question de la succession reste à surveiller
Que se passe-t-il sur le titre Rubis ? L’action du spécialiste du stockage et de la distribution d’énergie vient de perdre 5 % en trois séances, effaçant une partie de l’élan spéculatif alimenté par l’approche de l’assemblée générale du 12 juin. Car ce regain d’intérêt, nourri par la perspective d’un affrontement sur la gouvernance, marque visiblement le pas.
Il y a peu encore, les investisseurs anticipaient une réunion sous tension, sur fond de montée au capital de la Compagnie Nationale de Navigation (CNN), le véhicule d’investissement de Patrick Molis. L’homme d’affaires, qui avait échoué de peu à faire adopter des résolutions hostiles lors de l’AG de juin 2024, était perçu comme le catalyseur d’un nouveau bras de fer. Le scénario de l’affrontement semblait écrit, d’autant qu’entre-temps, CNN est devenu le premier actionnaire du groupe avec plus de 9 % du capital, renforçant sa légitimité
À moins d’un mois du rendez-vous, le choc frontal semble pourtant s’éloigner. Plutôt qu’un durcissement, c’est un climat d’apaisement qui s’est installé. Les lignes ont bougé depuis la tentative, l’an dernier, d’imposer quatre représentants et de révoquer trois membres du conseil de surveillance – une offensive finalement repoussée de justesse.
Patrick Molis et Anne Lauvergeon bien placés pour entrer au conseil de surveillance
Cette année, CNN propose la nomination de deux personnalités, Patrick Molis lui-même et Anne Lauvergeon, pour trois ans au conseil de surveillance. Rubis a cette fois "accueilli favorablement" ces candidatures. Là où l’approche de CNN était qualifiée en 2024 d’"hostile et brutale", la gérance évoque désormais un "dialogue constructif" et salue "la qualité des échanges récents".
Le conseil de surveillance doit encore se prononcer le 21 mai, mais le soutien de la gérance rend leur adoption très probable. De fait, "cela tend à réduire l’attrait spéculatif" du titre, observe Oddo BHF, qui intégrait jusqu’ici la possibilité d’un changement forcé de gouvernance dans sa thèse d’investissement – allant jusqu’à remettre en cause le statut de société en commandite.
Une commandite aujourd’hui en transition. Les fondateurs Gilles Gobin et Jacques Riou, qui l’ont dirigée jusqu’à présent, ont prévu de quitter leurs fonctions à l’issue de l’AG de 2027. Pour accompagner cette échéance, Rubis propose la nomination de deux gérants non commandités, Jean-Christian Bergeron et Marc Jacquot, à compter du 1er octobre 2025, sous réserve de l’agrément des actionnaires le 12 juin.
Clarisse Gobin-Swiecznik joue également un rôle central dans la gouvernance actuelle. Gérante et co-gérante de Sorgema, la société gérante de Rubis SCA, aux côtés de son père Gilles Gobin, elle a été nommée à cette fonction en juillet 2023 dans le cadre du plan de succession des fondateurs.
Si le dialogue est désormais qualifié de constructif, CNN n’a pour l’heure pas communiqué sa position sur le plan de succession porté par la gérance. Impossible donc de savoir dans quel sens Patrick Molis votera s’agissant des nominations de Jean-Christian Bergeron et Marc Jacquot, pas plus que les autres actionnaires considérés jusqu’à présent comme contestataires : l’homme d’affaires Ronald Sämann, entré l’an dernier au conseil de surveillance et détenteur d’environ 5,58 % du capital, le groupe Bolloré via Plantations des Terres Rouges (5,05 %), ou encore la famille Dassault (5,7 %).
Un départ soudain qui interroge
Une chose est sûre, en revanche : le renouvellement du conseil de surveillance est en marche. Le départ soudain de Nils Christian Bergene, président depuis juillet 2023, en témoigne. Annoncé le 15 mai, moins d’un mois avant l’AG, ce retrait sans explication officielle a surpris. Il est remplacé par Marc-Olivier Laurent, jusqu’ici vice-président. Pour Oddo BHF, cette démission, en apparence déstabilisante, signale une avancée vers une plus grande indépendance du conseil, une revendication de longue date chez certains actionnaires.
Pour le bureau d’analyse, "la démission de Nils Christian Bergene, ainsi que la demande de nomination de M. Patrick Molis et de Mme Anne Lauvergeon (par la Compagnie Nationale de Navigation), montrent que la question de la gouvernance d’entreprise chez Rubis n’est pas réglée et qu’elle restera à surveiller lors de l’assemblée générale annuelle". En coulisses, les équilibres continuent donc d’évoluer. Reste à savoir si cette accalmie ne prépare pas la prochaine bataille : celle, encore à venir, de la succession.
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