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Burelle poursuit sa mue avec constance / Face aux vents contraires de l’automobile, l’immobilier et le capital-investissement gagnent en poids

Tout en restant fidèle à son socle industriel, la holding familiale Burelle renforce sa diversification. En 2024, ses activités hors automobile représentent un tiers de son actif net réévalué, reflet d’une stratégie tournée vers le temps long.
Laurent Burelle, le président-directeur général de Burelle SA - AFP
Laurent Burelle, le président-directeur général de Burelle SA - AFP

L’érosion de l’actif net réévalué (ANR) de Burelle SA s’est poursuivie en 2024. La société holding, fondée en 1957 et toujours majoritairement détenue par la famille Burelle, affichait au 31 décembre un ANR de 1,3 milliard d’euros, soit 746 euros par action. C’est une nouvelle baisse par rapport à fin 2023 (1,46 milliard d’euros, soit 830 euros par action), et bien en dessous des niveaux atteints en 2022 (1,6 milliard), 2021 (2,36 milliards) ou encore 2020, année record à 2,79 milliards d’euros.

Plus qu’un simple indicateur comptable, l’ANR révèle la valeur réelle des capitaux propres d’une holding et traduit sa capacité à créer durablement de la valeur.

Chez Burelle, cette valeur repose essentiellement sur sa participation dans OPMobility – nouveau nom de Plastic Omnium depuis 2024 – qui constitue le cœur industriel du portefeuille. Fondée dès 1946, bien avant la création officielle de la holding, cette entreprise d’équipements automobiles reste le pilier du développement industriel du groupe, notamment grâce à ses systèmes de gestion d’énergie.

Mais ce socle s’amenuise. En 2024, OPMobility ne représentait plus que 67 % de l’ANR de Burelle, contre 72 % un an plus tôt. Ce recul s’explique avant tout par la baisse de 16 % de la valorisation boursière d’OPMobility sur l’année, dans un contexte morose pour l’automobile mondiale (production en repli de 1,2 %) et marqué par des incertitudes persistantes sur la rentabilité du secteur. En cause : une transition technologique heurtée, où les constructeurs peinent à trouver leurs marques.

 

L’électrique cherche encore sa voie

 

"Depuis cinq ans, notre branche automobile OPMobility est en décroissance ", a reconnu mardi Laurent Burelle, président-directeur général de Burelle SA. "Je ne pense pas que cela s’inversera dans les trois prochaines années. Il faut que le marché se stabilise et comprenne la direction que nous prenons. Tant que les gouvernements pratiquent le stop-and-go technologique et législatif, les clients eux-mêmes ne savent plus ce qu’ils doivent acheter."

Une critique directe de la stratégie européenne du "tout électrique" à horizon 2035, dont le recul des ventes de véhicules zéro émission en 2024 a déjà entraîné un réaménagement du calendrier des pénalités liées aux émissions de CO₂, initialement prévues pour 2025. "La grande erreur des gouvernements européens a été d’imposer un biais technologique, comme s’ils en avaient la compétence", a poursuivi Laurent Burelle. "Ce n’est pas à eux de dire comment on doit atteindre l’objectif. L’objectif, c’est d’aller sur la Lune. On n’a pas dit avec quel moteur."

Dans ce climat incertain, OPMobility maintient néanmoins sa feuille de route stratégique, structurée autour de quatre axes : renforcer son leadership technologique dans les segments porteurs que sont l’électrification et le véhicule connecté ; rééquilibrer sa présence géographique, alors que la mondialisation laisse place à une logique plus régionale ; diversifier son portefeuille clients, en allant au-delà des grands constructeurs historiques ; et enfin, répondre à des besoins de mobilité plus larges que la seule voiture particulière.

" Le marché du passenger car ne retrouvera pas les taux de croissance d’il y a dix ans", a constaté Félicie Burelle, directrice générale déléguée. D’où la volonté du groupe "d’explorer de nouvelles voies, comme la mobilité urbaine ou la mobilité lourde, avec l’ambition de proposer des systèmes à plus forte valeur ajoutée", même sur des volumes moindres.

Autre élément de résilience, OPMobility est relativement protégé des droits de douane instaurés sous l’ère Trump. Grâce à la conformité aux règles d’origine de l’accord USMCA (United States – Mexico – Canada Agreement), la majorité de ses productions au Mexique et au Canada destinées au marché américain échappent à des surtaxes douanières. "Sur nos usines mexicaines, par exemple, c’est GM qui prend en charge la marchandise dès la sortie de nos lignes. Ce sont donc eux, et non nous, qui supportent le coût éventuel des droits de douane"", a-t-elle ajouté.

 

Un portefeuille moins dépendant de l’automobile

 

Face aux vents contraires, le groupe met en avant sa capacité à gérer "le temps long, voire le temps très long", selon les mots de Laurent Burelle, dans "le calme et la sérénité des vieilles troupes" que confère un ancrage familial fort. Une posture stratégique qui s’accompagne, depuis plusieurs années, d’un élargissement progressif du périmètre d’activité, au-delà du seul secteur automobile.

Cette diversification s’est concrétisée dès les années 2000 avec la création de Burelle Participations, dédiée à l’investissement dans des entreprises non cotées, notamment dans le capital-investissement, ainsi que par le développement de Sofiparc, la branche immobilière du groupe, chargée de la gestion d’un patrimoine diversifié.

Ces deux piliers extra-automobiles ont vu leur poids s’accentuer. "En 2024, notre activité Sofiparc a encore progressé et représente désormais 22 % de l’actif. Et Burelle Participations en représente 11 % ", a précisé Laurent Burelle. Soit un total de 33 % pour les actifs hors automobile, contre 28 % un an plus tôt.

Cette montée en puissance traduit certes la baisse relative de l’automobile dans le portefeuille, mais aussi un virage stratégique assumé. "C’est un fait que ces segments ont crû, mais leur poids a aussi augmenté du fait du repli de l’auto. Je pense que cela changera profondément notre activité", a-t-il souligné.

Le groupe se prépare donc à un avenir plus ouvert. " Que ce soit dans le capital-investissement, le capital-risque, dans l’immobilier ou au-delà de l’immobilier, dans l’eau, l’énergie, ou les nouvelles formes de propulsion – essence, batterie, hydrogène – nous explorons différentes voies."

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