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Le brouillard de la politique économique française reste le risque majeur pour les TPE et PME / Même du côté des exportatrices

Les TPE et PME françaises ne semblent pas s’inquiéter excessivement des incertitudes entourant actuellement la politique commerciale mondiale. Peu exposées à l’export américain, elles restent surtout concernées par le manque de visibilité de la politique économique française. Une incertitude quant à son évolution jettant toujours un froid sur leurs intentions d’investissement, explique la dernière enquête trimestrielle de Bpifrance Le Lab et Rexecode. 
(Photo by Fr�d�ric Scheiber / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Fr�d�ric Scheiber / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

La tempête provoquée par les menaces de nouvelles barrières douanières américaines ne semble pas avoir frappé les TPE et PME françaises. Sur les près de 4 000 de leurs dirigeants ayant répondu à la dernière enquête trimestrielle de Bpifrance Le Lab et Rexecode, seuls 10 % d’entre eux indiquent en effet identifier leur relèvement et la guerre commerciale comme l’un des principaux risques pour l’année en cours. Pour cause : leurs entreprises n’y sont que peu exposées. Parmi les exportatrices de l’échantillon, elles ne sont que 12 % à réaliser une partie de leur chiffre d’affaires outre-Atlantique.

"Pour la très grande majorité d’entre elles, les États-Unis représentent une part minime au sein de leur chiffre d’affaires. En tout, seul 1,5 % de l’ensemble de l’échantillon y génère au moins 10 % de son chiffre d’affaires", nous indique Sabrina El Kasmi, responsable du pôle conjoncture-macroéconomie-risque pays de la banque publique d’investissement. "D’autant qu’au sein des entreprises exportant vers les États-Unis, certaines d’entre elles opèrent dans les services et ne devraient donc pas être soumises aux droits de douane ", poursuit-elle, alors même que 30 % d’entre elles n’anticipent pas d’impact de l’évolution des droits de douane.

Certes, elles sont en revanche plus nombreuses à prévoir de réduire leurs marges, à augmenter leurs prix de vente ou à voir leurs recettes diminuer que l’ensemble des TPE et PME, lorsqu’elles sont interrogées sur les principaux mécanismes d’influence d’une hausse des droits de douane. "Même pour celles qui sont exposées aux États-Unis, les sujets nationaux arrivent en haut de la pile des risques", nous fait remarquer le responsable des études économiques et de la conjoncture de Bpifrance, Baptiste Thornary.

 

Où se trouveront les 40 milliards d’euros d’économies ?

 

Car si les exportatrices vers les États-Unis, bien que ne redoutant donc pas d’impact excessif des droits de douane, identifient tout de même ces derniers comme l’un de leurs principaux risques courants pour l’année, le manque de visibilité en termes de politique économique en France est tout autant considéré. Et ce dans les exactes mêmes proportions (à hauteur de 44 %).

Le resserrement de la politique budgétaire nationale suit de très près, à 42 %. Une tendance alignée sur celle de l’ensemble de l'échantillon, ce dernier plaçant néanmoins, de son côté, la baisse de la demande en deuxième position de ses risques. "Les dirigeants sont bien conscients de la difficulté de réduire le déficit public. L’inquiétude porte donc sur les impacts que la recherche de 40 milliards d’euros d’économies aura sur leur activité, qu’il s’agisse d’un impact direct, comme une hausse des impôts pour les entreprises, ou d’un impact indirect, à l’instar d’une hausse de la TVA, qui pourrait peser sur une demande déjà ralentie", nous fait observer le directeur de l’évaluation des études et de la prospective de Bpifrance, Philippe Mutricy. Si l’impact attendu de ce contexte s’est quelque peu estompé au deuxième trimestre, par rapport au pic qui avait été atteint lors des trois mois précédents, celui d’une charge estimée forte reste le sentiment prévalent pour 53 % des patrons de TPE et PME (contre 61 % au premier trimestre).

L’incertitude politique diffuse depuis la dissolution de l’Assemblée nationale continue d'ailleurs toujours de peser sur les intentions d’embauches et d’investissements des patrons de TPE et PME françaises. Les secondes sont celles à se retrouver en première ligne, tandis que les perspectives d’annulation d’embauches ont été révisées à la baisse. Une dynamique qui pourrait, dans l’hypothèse, être mise en relation avec la nécessité de sauter sur l’occasion lorsqu’un talent recherché se présente. Un investissement dans un outil considéré comme obsolète peut, à l’inverse, être reporté de quelques mois.

 

Nuage sur le vert

 

"Ce qui coûte cher, en économie, est l’incertitude. Dans un contexte où les perspectives de demande inquiètent les dirigeants, ils ont besoin de visibilité. C’est ce brouillard se tenant devant eux qui les empêche de redémarrer ", résume Philippe Mutricy, pointant par ailleurs que les différents résultats de l’enquête ne permettent pas de décrire une dynamique de récession. Et qu’ils s’accordent finalement aux tendances de prévisions de croissance décrites par la plupart des organismes publics, soit entre 0,5 % et 0,8 %. "Les TPE et PME restent rentables, il n’y a pas de situation générale de destruction d’emplois", poursuit-il.

Bien qu’à des niveaux toujours bas en termes de solde d’opinion, les trésoreries seraient par exemple en train d’arrêter de se dégrader. En revanche, du côté des investissements et d’une manière générale, pas d’éclaircies à prévoir pour l’instant. La proportion des dirigeants à vouloir investir a reculé de deux points sur le trimestre (à 45 %), tandis que le solde d’opinion relatif aux montants investis s’est stabilisé à son plus bas niveau, en dehors de la crise sanitaire.

Et ce sont les investissements environnementaux qui devraient trinquer, puisque cette destination signe le plus fort retrait de 9 points sur un an parmi les motifs proposés (introduction de nouveaux produits ou services, modernisation des équipements, etc.), à 32 %. "Ils restent situés au-delà de leurs niveaux qui précédaient la crise sanitaire. Les années 2022 et 2023 ont été marquées par l’envolée des prix de l’énergie, certains investissements avaient pu être réalisés en avance de phase en raison de cette incitation qui est désormais moins d’actualité. Cela ne représente pas encore une cote d’alerte, mais cela reste un point d’attention. Il faudra attendre quelques mois avant de pouvoir savoir s’il s’agit d’une véritable tendance", remarque Baptiste Thornary.

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