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Fusions & Acquisitions / M&A
Le M&A en France et en Allemagne en recul, mais des secteurs résilients / L'IT et la santé continuent de dominer les opérations transfrontalières
Ce devait être l’année de la reprise, ce fut celle du repli. Malgré l’espoir d’un rebond porté par le recul de l’inflation et l’amorce d’une détente monétaire, l’activité de fusions-acquisitions a décliné en 2024 en France comme en Allemagne, dans un climat de grande prudence stratégique. Une trajectoire à contre-courant du reste de l’Europe, où le marché du M&A a pourtant enregistré une légère progression sur l’année.
Les deux premières économies de la zone euro ont cumulé moins de 7 000 opérations, soit une baisse globale de 10 % par rapport à 2023, selon une étude comparative menée par PwC France. Un repli commun, mais à des vitesses différentes: le nombre de transactions a diminué de 3 % en France, contre 15 % en Allemagne. Des évolutions étroitement corrélées aux trajectoires économiques respectives des deux pays, puisque tandis que la France enregistrait une croissance modeste de 1,1 % en 2024, l’Allemagne connaissait une deuxième année consécutive de récession, avec un recul de 0,2 % du PIB.
Une contre-performance par rapport au reste du continent à mettre en lien avec un facteur commun aux deux pays : une instabilité politique inédite, venue se conjuguer aux fragilités économiques pour renforcer le climat d’attentisme des investisseurs. En France, la crise institutionnelle a pesé sur la confiance au second semestre. "L’instabilité politique, avec la dissolution de l’Assemblée nationale puis la démission du gouvernement Barnier, a fortement ralenti le marché durant la seconde partie de l’année", Olivier Lorang, directeur et responsable du German Business Group Transaction Services chez PwC.
En Allemagne, la rupture de la coalition gouvernementale, le limogeage du ministre des Finances, puis la convocation d’élections anticipées ont également nourri une incertitude prolongée, dans un pays déjà confronté à une croissance en berne.
Le volume d’opérations de capital-investissement en fort recul en France
Si le nombre d’opérations recule des deux côtés du Rhin, l’évolution de leur valeur moyenne diverge. En France, elle baisse, passant de 58 à 50 millions d’euros. En Allemagne, elle progresse au contraire sensiblement, atteignant 85 millions d’euros contre 57 millions l’année précédente. Une évolution traduisant un recentrage sur des actifs de plus grande taille ou de meilleure qualité, dans un marché devenu plus sélectif.
En France, la baisse globale de 3 %, à environ 3 200 transactions, masque en réalité un fort repli du private equity, contrastant avec la relative stabilité, voire la légère progression, des deals industriels. Les opérations de capital-investissement ont diminué de 21 % en 2024, tombant à 864, contre 1 099 un an plus tôt. "Si les taux d’intérêt ont légèrement baissé, facilitant l’accès au financement, le contexte macroéconomique, l’inflation et les tensions géopolitiques ont continué d’impacter le marché du M&A en France", explique Olivier Lorang.
"En 2024, les investisseurs se sont montrés prudents. Les processus transactionnels étaient longs et les due diligences approfondies. Les désaccords entre acheteurs et vendeurs sur les prix ont constitué un frein majeur aux transactions et un certain nombre d’opérations ont été reportées", poursuit-il.
A contrario, côté allemand, le nombre d’opérations de capital-investissement est resté stable, autour de 600. Surtout, le montant moyen par transaction s’est envolé de 24 %, pour atteindre 130 millions d’euros, se rapprochant du niveau record de 2020. En France, la hausse reste plus contenue, à 44 millions d’euros en moyenne, soit un gain de 7 %.
L’attractivité allemande en baisse mais toujours dominante
Autre différence notable entre les deux pays : la part des transactions transfrontalières reste plus élevée en Allemagne, où 55 % des opérations ont impliqué des investisseurs étrangers en 2024, contre 45 % en France. Mais les dynamiques sont inversées : le marché allemand enregistre un net repli sur ce segment, tandis que la France renoue avec la hausse. Après une forte baisse en 2023, le nombre de transactions transfrontalières y dépasse désormais son niveau de 2022.
"L’attractivité de l’Allemagne pour les investisseurs étrangers a souffert de la récession économique, et de l’instabilité politique des derniers mois de 2024. Néanmoins, la proportion d’investisseurs étrangers en Allemagne se maintient à un niveau supérieur au niveau français", commente à cet égard Olivier Lorang.
Les interactions d’investissement entre les deux voisins restent solides. En 2024, la France conserve sa troisième place parmi les pays investissant le plus en Allemagne, avec 127 opérations, derrière le Royaume-Uni (607) et les États-Unis (495). Elle progresse même dans le domaine du capital-investissement, passant de la cinquième à la quatrième position avec 54 transactions, derrière les États-Unis (158), le Royaume-Uni (71) et la Suisse (71).
À l’inverse, l’Allemagne recule d’un rang dans le classement des pays investissant le plus en France, malgré une hausse de 18 % du nombre d’opérations (67 en 2024). Elle est désormais devancée par le Luxembourg (73), tandis que le Royaume-Uni (717 opérations) et les États-Unis restent en tête. Dans le segment du capital-investissement, l’Allemagne conserve toutefois sa quatrième place derrière les trois mêmes pays.
Résilience du M&A franco-allemand
Surtout, indépendamment du recul global, les interactions entre la France et l’Allemagne sur le front des acquisitions et des investissements révèlent une résilience intéressante. Les chiffres de 2024 témoignent d’une stabilité remarquable. Si les entreprises françaises continuent d’investir davantage en Allemagne que l’inverse, l’augmentation des opérations réalisées par les investisseurs allemands sur des cibles françaises souligne un intérêt croissant, notamment dans des secteurs stratégiques comme l'IT, la santé et les nouvelles technologies.
Comme en 2023, ces trois secteurs dominent toujours les opérations transfrontalières franco-allemandes en 2024. En termes de volumes, la part de l’IT/New Tech a progressé de 26 % à 39 %, tandis que celle de l’industrie a reculé, passant de 17 % à 13 %. Le secteur Santé/Pharma, quant à lui, reste stable à 10 %. Toutefois, en termes de valeur des transactions, la hiérarchie change : la santé/pharma représente de loin la plus grande part, avec 52 % du total, grâce à l’augmentation de capital de Sartorius Stedim Biotech SA souscrite par Sartorius AG. Les nouvelles technologies suivent, avec des opérations telles que la levée de fonds de H Company.
Parmi les principales acquisitions d’entreprises françaises par des investisseurs allemands, on peut citer le rachat de See Tickets, filiale de Vivendi spécialisée dans la vente de billets, par CTS Eventim pour 300 millions d’euros, ainsi que l’acquisition de 100 % du capital de Unity SC, spécialisée dans la métrologie et l’inspection des semi-conducteurs, par Merck. Capmont a également racheté Marin’s International, filiale française de Quad/Graphics Inc. spécialisée dans les solutions d’affichage.
En revanche, la principale opération française sur une cible allemande a été l’acquisition de 90 % du capital d’OTRS, fournisseur de logiciels, par Easyvista SA.
Enfin, plusieurs acquisitions supplémentaires d’entreprises allemandes n’ont pas vu leur montant communiqué, telles que l’acquisition par Amundi de 0,7 % supplémentaire de Bayer, estimée à 184 millions d’euros, ainsi que 2 % supplémentaires de Covestro, pour un montant estimé à 177 millions d’euros.
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