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La banque de détail attendue solide au premier trimestre pour les établissements français / La baisse des taux pourrait tourner à leur avantage

Alors que la saison des résultats s’ouvre pour BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale, les banques françaises pourraient paradoxalement tirer parti d’un environnement plus incertain. Dans un contexte où la baisse des taux redevient une hypothèse plausible, la structure spécifique du système bancaire national pourrait favoriser les établissements tricolores.
Siège de la Société Générale - Photo by Ludovic MARIN / AFP
Siège de la Société Générale - Photo by Ludovic MARIN / AFP

Coup d’envoi imminent pour les résultats trimestriels des grandes banques françaises. BNP Paribas passera au révélateur ce jeudi 24 avril, suivie mercredi 30 par Crédit Agricole et Société Générale. Une salve de résultats que le marché aborde avec calme. "Les activités de détail, notamment en France et dans le crédit à la consommation, devraient être des points forts, tout comme les marchés globaux", anticipent les analystes de Deutsche Bank. Et si le segment Global Banking pourrait afficher un rythme plus modéré, "à l’international, la banque de détail et la gestion d’actifs devraient afficher une performance résiliente. Nous n’attendons pas de surprise sur les coûts, la qualité des actifs ou le capital, bien que les banques puissent se montrer prudentes sur les perspectives à court terme", ajoutent-ils.

De fait, le contexte de l’offensive tarifaire américaine complique la formulation des prévisions. D’autant que la visibilité reste limitée. Pour rappel, un droit de douane additionnel de 20 % sur certaines importations en provenance de l’Union européenne devait entrer en vigueur aux États-Unis le 9 avril 2025. Cette mesure a toutefois été suspendue pour 90 jours, soit jusqu’au 9 juillet 2025, afin de permettre des négociations supplémentaires entre les deux parties.

"L’imposition de droits de douane constitue un choc de croissance pour toutes les économies ", rappelle UBS. Ces surtaxes risquent de peser sur l’activité française. En mars, la Banque de France a d’ailleurs abaissé sa prévision de croissance de 0,9 % à 0,7 %, en invoquant les incertitudes liées à la guerre commerciale, alors même que l’ampleur des mesures américaines restait inconnue.

 

Inverse rate gearing à la française

 

Pour les banques tricolores, le tableau est toutefois plus nuancé. Si le ralentissement économique peut affecter leurs clients – et par ricochet leur activité –, certaines conséquences pourraient s’avérer plus favorables. "Des droits de douane américains plus élevés que prévu augmentent naturellement le risque de baisse des taux dans un premier temps", observe UBS. C’est ainsi que la Banque centrale européenne (BCE) a réduit il y a quelques jours son principal taux directeur de 25 points de base, à 2,25%.

Or, ce mouvement pourrait profiter aux établissements français. "Compte tenu du fonctionnement spécifique des marges nettes d’intérêt nationales françaises et de l’activité des banques elles-mêmes, nous pensons que leurs bénéfices augmentent avec la baisse des taux, toutes choses égales par ailleurs", précisent les analystes. En cause : la structure particulière du système bancaire hexagonal, peu sensible aux marges nettes d’intérêt, en raison du poids élevé des produits à taux réglementés.

Avec près de 934 milliards d’euros d’épargne logée dans des livrets réglementés, comme le Livret A, le coût de la ressource s’est envolé ces derniers trimestres avec la remontée des taux. Une détente monétaire permettrait donc d’en alléger la facture – et, in fine, de soutenir la rentabilité des banques.

Dans ce contexte incertain, les résultats trimestriels attendus dans les prochains jours seront scrutés de près. Selon Barclays, BNP Paribas devrait afficher un bénéfice net (hors coût des obligations AT1) de 2,74 milliards d’euros au premier trimestre, en baisse de 12 % sur un an et inférieur de 6 % aux attentes établies après les résultats du quatrième trimestre. Crédit Agricole SA est attendu à 1,67 milliard d’euros, également en repli de 12 %, tandis que Société Générale tirerait son épingle du jeu avec un bénéfice estimé à 1,23 milliard d’euros, en progression de 80 % sur un an, et supérieur de 4 % au consensus.

 

Le relais bientôt transmis chez Crédit Agricole SA

 

Côté solvabilité, les analystes de Barclays anticipent un ratio CET1 de 12,3 % pour BNP Paribas (soit 20 points de base sous le consensus), 13,2 % pour Société Générale (10 points au-dessus), et 11,9 % pour Crédit Agricole SA, en ligne avec les attentes.

Au-delà des seuls résultats, l’attention portera sur les commentaires des banques concernant l’impact des récentes incertitudes macroéconomiques : signes éventuels de ralentissement de l’activité, évolution de la qualité des actifs, et capacité d’ajustement des coûts en cas de pression sur les revenus ou les provisions.

Chez BNP Paribas, les analystes surveilleront la trajectoire du capital, la dynamique des revenus dans la banque de détail en zone euro, ainsi que la solidité des revenus de trading. Du côté de Société Générale, ils s’attacheront à la poursuite du redressement dans la banque de détail en France, à l’éventualité d’un rachat d’actions supplémentaires au deuxième trimestre, et à d’éventuelles annonces de réduction de coûts.

Crédit Agricole SA retiendra une attention particulière, l’événement prenant une dimension symbolique : il s’agira de la dernière publication trimestrielle de Philippe Brassac, qui passera le témoin à Olivier Gavalda lors de l’assemblée générale du 14 mai prochain. Outre de possibles nouveaux objectifs pour 2025, tout commentaire sur la stratégie en Italie sera suivi de près, alors que Banco BPM fait l’objet d’une tentative de rachat par UniCredit.

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